Cartulaire de l’Abbaye de Redon

PAR M. AURÉLIEN DE COURSON en 1863

Avant-propos

Le Cartulaire de Redon, légué à l’archevêque de Rennes par M. l’abbé Debroise, ancien bénédictin, se compose de cent quarante-deux feuillets en parchemin, accompagnés de deux feuillets de garde. Le manuscrit, écrit en minuscule du XIᵉ siècle, mesure environ 37 cm sur 29 cm. Il est rédigé au recto et au verso, avec un changement notable d’écriture à partir du folio 110. L’encre devient plus foncée au folio 126, et le nombre de lignes augmente. Les dernières chartes semblent avoir été transcrites par plusieurs mains différentes.

Le cartulaire présente de nombreuses lacunes. La première apparaît au folio 8 verso, suivi directement du folio 51 recto, soit une perte de quarante-trois feuillets contenant environ cent chartes. D’autres lacunes existent aux folios 78, 98, 131, 160 et 184. En tout, on estime que 115 chartes sont manquantes. Des fragments de ces documents, extraits d’autres collections ou d’un second cartulaire de Redon, ont été ajoutés en appendice.

Deux copistes principaux sont identifiés dans le manuscrit :

  • Judicael, témoin et rédacteur d’une charte datant de l’abbatiat de Péréuès (1045–1060)
  • Guégon, mentionné dans un acte de 1089

Après cette période, l’écriture devient plus uniforme et les abréviations se multiplient. Les surnoms ou qualités des témoins sont parfois ajoutés en interlignes.

Certaines chartes avaient déjà été publiées, en partie, par Dom Lobineau et Dom Morice dans les Preuves de l’histoire de Bretagne. Cependant, les extraits étaient souvent tronqués. L’édition actuelle présente les textes complets, révélant des passages essentiels pour comprendre les institutions, la langue et les coutumes de l’époque.

L’ouvrage est structuré en cinq grandes parties :

  • Les Prolégomènes
  • Le texte des chartes
  • Une notice latine sur l’abbaye de Saint-Sauveur de Redon
  • Les anciens pouillés des neuf diocèses de Bretagne
  • Les tables et index

Les Prolégomènes traitent de l’origine des Bretons, de leurs relations avec les Armoricains et les Francs, de la fondation de l’abbaye, et de la géographie historique et ecclésiastique de la Bretagne. Ils abordent aussi les subdivisions territoriales (pagi, trêves, commotes, etc.) et les vestiges antiques des peuples armoricains.

Une carte jointe indique les voies romaines, les limites des diocèses, des doyennés et des pagi, ainsi que les frontières de la langue bretonne aux IXᵉ et XIIᵉ siècles.

D’autres chapitres développent les résidences princières, les châteaux féodaux, les modes de navigation, les écluses et les voies publiques.

Les six derniers chapitres des Prolégomènes sont consacrés aux institutions, au régime féodal, à l’organisation judiciaire, à l’état des personnes et des terres, aux arts et métiers, aux redevances et services, ainsi qu’aux poids, mesures et valeurs.

Des éclaircissements complètent ou corrigent certains points. Ils incluent également des documents inédits, comme les mementos de la forêt de Brécilien.

Les tables de l’ouvrage comprennent :

  • La table des sujets des Prolégomènes et des documents de l’annexe
  • L’index chronologique des chartes
  • L’index général des noms, lieux, titres et dignités
  • L’index de l’appendice (fragments de chartes)
  • La table générale des différentes parties

Un dictionnaire géographique latin-français accompagne l’ensemble, avec les noms des localités et leur mention dans les documents. Un errata termine le volume.

Ce travail, commencé de longue date, a été retardé par plusieurs circonstances. L’auteur remercie chaleureusement ses collaborateurs, notamment MM. Audren de Kerdrel, de la Borderie, de Blois, Le Jumeau de Kergaradec, Pol de Courcy, et Léopold Delisle, commissaire érudit qui a supervisé la publication.

Paris, le 1ᵉʳ novembre 1862

Chapitre I — Origine des Bretons et migrations

I. Anciennes populations de l’île de Bretagne : Les Belges, les Bretons, les Kymri.

les Belges, les Bretons, les Kymri.

Mon intention n’est pas de rechercher à quelle époque l’île de Bretagne reçut ses premiers habitants. Laissant de côté les temps qui précédèrent la période historique, j’essayerai seulement de mettre en lumière les faits à peu près certains que nous ont transmis les principaux historiens de l’antiquité. C’est Jules César, le mieux informé de tous, que je vais d’abord interroger :

« L’intérieur de la Bretagne est habité, dit-il, par des peuples nés, selon la tradition, dans l’île elle-même, et le littoral, par des Belges qu’y avait attirés l’amour de la guerre et du pillage. Ces derniers ont presque tous conservé, dans leur nouvelle patrie, le nom des cités d’où ils sont sortis… Parmi les Bretons, les Cantii, qui habitent le bord de la mer, sont de beaucoup les plus civilisés ; leurs mœurs diffèrent à peine de celles des Gaulois. »

Ainsi, selon César, la Bretagne, primitivement habitée par des populations réputées autochtones, aurait été, plus tard, envahie par des Gallo-Belges qui s’établirent sur le sol conquis. Cette opinion, Tacite l’adopte également comme la plus vraisemblable :

« Quels ont été, dit le grand historien, les premiers habitants de la Bretagne, des indigènes ou des étrangers ? C’est ce qu’il est difficile de savoir dans ces pays barbares… À tout prendre cependant, il est à présumer que les Gaulois ont occupé le littoral voisin du leur. Les cérémonies religieuses y sont nées des mêmes superstitions ; le langage diffère peu. »

Voici maintenant un troisième témoignage, celui du vénérable Bède, l’homme le plus savant de son siècle, et qui connaissait à fond les origines de la nation bretonne :

« Primitivement, l’île de Bretagne eut pour habitants les Brittones, dont elle a reçu son nom, et qui, sortis du tractus armoricanus, s’adjugèrent les régions méridionales du pays. »

De ces textes rapprochés, il est permis de conclure qu’à une époque dont il est impossible de fixer la date, Albion fut d’abord occupée par des tribus détachées des premières peuplades établies en Gaule ; et que, après un laps de temps plus ou moins considérable, d’autres tribus, parties des mêmes rivages, c’est-à-dire des contrées occupées par les Belges, vinrent s’emparer de la lisière maritime allant du pays de Kent aux promontoires de l’ouest.

Le mot Belgae, mal interprété par quelques savants allemands, a fait croire que les Belges, en général, étaient des Germains. C’est une grave erreur, à laquelle on eût échappé si l’on s’était souvenu que la description de la Gaule, dans les Commentaires, est purement géographique. César, se fondant sur le témoignage des Rèmes, déclare que la plupart des peuplades de la Belgique descendaient des Germains, mais d’un autre côté, il affirme clairement que la commune origine des Gaulois et des Belges est établie, notamment lorsqu’il écrit que, de tous les Gaulois, les Belges sont les plus braves, parce que voisins des Germains, ils leur font continuellement la guerre.

Il serait difficile de trouver un texte qui établît plus catégoriquement que les Belges n’appartenaient pas à la même nation que les Germains. Il existe, d’ailleurs, d’autres preuves à l’appui de cette opinion , et je demande la permission de les énumérer ici très sommairement.

Preuves complémentaires :

I. LesTectosages, reconnus comme Gaulois par tous les historiens, et les Vénètes armoricains, qui faisaient aussi partie de la Celtique , sont appe- lés Belges, les premiers par Cicéron et par Ausone, les seconds par Strabon.

II. Peu d’années avant l’expédition de César en Gaule, les Suessiones avaient eu pour roi Divitiac, qui régnait en même temps sur la Bretagne, et dont le nom, tout gaulois, indique clairement l’origine

III. Saint Jérôme, dans son Commentaire sur l’Epître de saint Paul aux Galates, déclare formellement que ces Calâtes parlaient à peu près la même langue que les Trévires; et pourtant, de tous les peuples belges, aucun ne fut plus souvent que ce dernier envahi par les tribus germaines.

IV. Il est incontestable que les noms d’hommes, de peuplades et de lieux étaient à peu près les mêmes chez les Belges insulaires et continentaux que chez les Gaulois de la Celtique. Or, comment ne pas admettre , d’après cela, je ne dirai pas, si l’on veut, l’identité, mais la proche parenté des deux peuples?

V. Enfin , la profession du druidisme , chez les Belges comme parmi les Celtes^, dans la Gaule comme dans l’île de Bretagne, achève de démontrer que l’origine des Belges est toute gallique*. Je ne sache pas, en effet, que personne jusqu’ici ait cru pouvoir attribuer aux Germains la même religion qu’aux Gaulois.

Maintenant, étant admise la très-proche parenté des Gaulois et des Belges, une autre question se présente: les Belges doivent-ils être considérés comme les descendants des Cimbres? Malgré les savantes dissertations publiées dans ce sens, j’avoue que je ne saurais admettre le système. En effet, si les Belges étaient des Cimbres, pourquoi les écrivains grecs et latins ne donnent-ils ce nom h aucune peuplade de la Gaule ou de l’île de Bretagne? Ce n’est pas tout : l’histoire rapporte que les Cimbres exerçaient de continuels brigandages de ce côté-ci du Rhin , et qu’ils n’eurent pas d’adversaires plus persévérants que les Belges. Or, un tel antagonisme, prolongé pendant tant de siècles, ne rend-il pas peu vraisemblable la commune origine des deux peuples? Comment admettre, d’ailleurs, que l’un d’eux, abjurant tout à coup de séculaires inimitiés, ait poussé l’abnégation jusqu’à échanger son nom contre un nom déshonoré’?

Quant aux Belges de l’ile de Bretagne, leur origine cimbrique ne repose pas, selon moi, sur des fondements plus solides. Non-seulement ce nom de Kymri, dont le patriotisme gallois a fait tant de bruit, ne se trouve ni dans César, ni dans Tacite, ni dans Dion Cassius, ni dans Hérodien, ni dans aucun géographe grec ou latin; mais il y a plus: vous le chercheriez en vain dans les auteurs qui ont écrit sur la Bretagne depuis la chute de l’empire romain. Saint Gildas, qui était né dans fîle, n’y a vu que des Britanni et des Domnonii; le vénérable Bède, qui savait tant de choses, ignorait ce- pendant qu’il y existât des Kymri; et c’est chose toute simple, puisqu’ils n’ont paru dans l’histoire qu’à une époque relativement moderne. En effet, c’est après le triomphe définitif des Anglo-Saxons qu’un petit nombre de clans bretons, réputés étrangers dans leur propre pays’^, durent s’associer pour défendre le coin de terre où ils s’étaient réfugiés; et c’est alors qu’ils

furent appelés Kymri, c’est-à-dire hommes du même pays, compatriotes, de cym, avec, et de hro, pays. Ici l’étymologie ne saurait être contestée, car c’est dans les antiques coutumes de Galles que nous la trouvons : Il Le Cymro, y est-il dit, est l’homme libre d’origine, c’est-à-dire issu de «père et de mère Cymri, sans aucune tache de servage ou d’esclavage, sans (I aucun mélange de race ‘. »

On le voit donc, le mot Cymro servait à désigner l’état mais nullement la nationalité d’une personne. A Rome, le civis optinio jure, c’est-à-dire le citoyen investi du privilège de porter les armes et d’assister aux assemblées, s’appelait Qairiie : le Cymro n’était pas autre chose. Mais le mot, je le répète, remontait à une époque si peu reculée’, que les clans bretons, qui, du v au vii siècle, vinrent occuper une grande partie de la presqu’île armo- ricaine, ne purent l’y transporter avec tant d’autres noms empruntés à la mère patrie. Aussi, Sidoine Apollinaire, Jornandès, saint Gildas, le con- tinuateur de la chronique du comte Marcellin, Grégoire de Tours, Marius d’Avenches, Fortunat, Gurdestin, Éginbard, Ermold le Noir, ne parlent- ils que des Britanni ou des Brittones ^. Or, ce silence sur les Kymri ne prouve- t-il pas qu’enti’e leur nom et celui des Cimbri existait une simple analogie de sons, qui n’implique nullement l’identité de race entre les Bretons et les Cimbres?

II. Les Bretons après la conquête romaine. Ils passent dans l’Armorique

J’ai raconté ailleurs l’histoire des Bretons insulaires sous la domination romaine. Asservis les derniers par les maîtres du monde, ils eurent l’honneur de secouer le joug les premiers. En 409, se voyant livrés sans défense aux insultes des Barbares, ils chassèrent leurs chefs romains et se proclamèrent indépendants’. On sait quel fut, pour les malheureux Bretons, le résultat de cette levée de boucliers. Peu d’années s’étaient à peine écoulées, et déjà, ayant conscience de leur faiblesse, ils imploraient In pitié de l’empereur. Deux fois cet appel fut entendu, et deux fois les troupes impériales réussirent à rejeter de l’autre côté du mur de Sévère les Pictes et les Scots dont l’audace s’accroissait toujours. Mais, lorsque les Romains durent enfin quitter ces rivages, ils déclarèrent aux Bretons qu’il ne fallait plus compter sur les secours de la métropole. Les levées nombreuses ordonnées par les derniers empereurs avaient trop affaibli la population de l’île pour qu’elle pût résister longtemps à des attaques incessamment renouvelées. Assaillis, vers 446, par les Pictes unis aux Barbares de la Scotie, les malheureux insulaires supplièrent Aëtius de leur prêter quelque assistance : «Les Barbares, disaient-ils, nous poussent vers la mer, et la mer

« vers les Barbares; nous n’avons qu’à choisir entre la mort par le fer ou ((par les flots » Ce cri de détresse émut sans doute le général romain; mais l’empire était alors menacé de tous les côtés, et la Bretagne dut aviser à se défendre elle-même. Ce fut alors qu’un Brenin appelé au commandement suprême du pays conçut la fatale pensée d’invoquer, contre les Pictes et les Scots, l’assistance d’une troupe de guerriers païens dont il avait pu apprécier le courage. Le succès parut d’abord justifier la politique du prince; mais bientôt on s’aperçut, dit saint Gildas, que la mission de ces terribles alliés était moins de défendre que d’opprimer la Bretagne. Les victoires faciles qu’ils avaient remportées sur les Pictes n’attestaient que trop la faiblesse des Bretons. De là des exigences que rien ne pouvait assouvir, et des menaces qui devaient bientôt se traduire en agression. Peu d’an- nées plus tard, en effet, l’île tout entière devint le théâtre d’une lutte effroyable. Les murailles des colonies s’écroulaient, dit Gildas, sous les coups redoublés du bélier; l’épée frappait les colons, les clercs, les prêtres; et les places publiques offraient l’horrible spectacle de tours, d’autels renversés, de cadavres abandonnés à l’avidité des oiseaux de proie . Au milieu de ces calamités , les Bretons semblèrent parfois se retremper par l’excès même de leurs infortunes. Mais les invasions se succédaient comme les flots de la mer. Attaqués de tous les côtés à la fois, privés de leurs chefs les plus braves, ils sentirent enfin faiblir leur courage, et un jour vint où l’ennemi, comme un torrent de feu, balaya tout devant lui. Les clans dispersés s’arrêtèrent à des partis divers. Les uns, malgré leur terreur, ne voulurent pas abandonner le sol natal. Cachés au fond des bois , dans les montagnes . au milieu de rochers inaccessibles, ils y traînaient une vie à tout instant menacée. D’autres, épuisés par la faim, tendaient les mains aux vainqueurs, résignés à une perpétuelle servitude. Mais la majeure partie des vaincus [magna pars incolaram^) allèrent chercher un refuge sur le continent. «Us «s’embarquaient, dit saint Gildas, en poussant des cris de désespoir [cum « alulata magno), et, tandis que le vent gonflait leurs voiles, ils faisaient en- « tendre sur les flots les lamentations du Psalmiste : « Seigneur, vous nous «avez livrés comme des agneaux à la boucherie, et vous nous avez dispersés « parmi les nations*. »

Il ne faut pas inférer, toutefois , des récits du saint abbé de Rhuys que ,

les misérables restes de la nation bretonne furent transportés tout d’un coup sur les plages armoricaines. Il est certain, au contraire, que les émigrations se prolongèrent pendant près d’un siècle et demi, suivant les vicissitudes de la lutte héroïque soutenue par les Bretons sur quelques points de leur territoire. La bataille de Crayfort, gagnée par les Saxons en 457 , avait eu pour résultat la conquête du pays de Kent. C’est peu de temps après, selon toute probabilité, que l’angle sud-ouest de la péninsule armoricaine reçut une colonie de Cornuvii chassés par les Barbares de la station militaire de Pons-Elii. Ces Cornovii, réunis aux habitants de la cité de Corisopito, vinrent fonder ensemble, dans un coin du pays des Osismes, un petit état qu’ils appelèrent Cornovia ou Cornohia, et dont la capitale, en souvenir de la ville d’où les avaient expulsés les Saxons, fut aussi nommée Corisopitum

Riothime, RiwalI,Fracan,Conolhec,princes insulaires autour desquels s’étaient groupés un certain nombre de clans fugitifs, débarquèrent aussi, vers la même époque , le premier sur les bords de la Loire, les trois autres sur les côtes septentrionales de la péninsule. Nous aurons à raconter ail- leurs, avec quelques détails, l’histoire de ces divers établissements. Bornons-nous de constater ici que c’est peu de temps après la bataille de Charford, perdue par les Bretons en 508 que la presqu’île reçut ses plus nombreuses colonies d’exilés. En 513 ou 514 , un second Riwal , fils d’un prince de la Domnonée insulaire, abordait en effet, avec une flotte très nombreuse, dans le pays des Coriosolites. Ce territoire était alors occupé par des pirates frisons; mais Riwal marcha contre eux, les força de remonter sur leurs barques, et fonda ainsi, sur le continent, un autre royaume de Domnonée, dont les terres furent partagées h l’amiable entre les Bretons et les indigènes armoricains. On peut croire que c’est à cet événement que fait allusion Eginhard, historien très-bien renseigné, lorsqu’il rapporte qu’une (grande partie des habitants de l’île de Bretagne abandonnèrent leur patrie envahie par les Anglo-Saxons, pour venir s’établir, aux extrémités de la Gaule, dans le pays jadis occupé par les Coriosolites et par les Vénètes. Il est à présumer que ce dernier peuple avait reçu sur son territoire, dès la fin du v » siècle, quelques-unes des tribus bretonnes que Sidoine Apollinaire place dans le voisinage de la Loire. Mais c’est au début du VI siècle qu’il est fait mention, pour la première fois, d’un comte du Bas Vannetais, nommé Guéroc ou Waroc I. Quant au pays de Léon, la Vie de saint Paul-Aurélien est le premier document où l’on nous apprenne que des Bretons y existaient, vers 620, sous l’autorité d’un prince nommé Withur.

III. De la péninsule armoricaine pendant l’occupation romaine. — De l’alliance des Francs et des Armoricains. — Conséquences de celle alliance pour les Bretons.

Cinq peuplades gauloises occupaient , à l’époque de la conquête romaine, le territoire de la presqu’île nommée aujourd’hui Bretagne. C’étaient les Redons, les Curiosolites , les Osismes , les Vénètes et les Nannètes.

Après la défaite de la flotte vénète , la péninsule tout entière s’était soumise au ioug. Les vainqueurs, pour asseoir leur domination, sillonnèrent le pays de routes stratégiques, établirent des postes fortifiés dans toutes les positions militaires de quelque importance, et s’efforcèrent, autant qu’il était en eu, de substituer la civilisation romaine aux mœurs et aux institutions gauloises. On a beaucoup vanté les bienfaits dont les maîtres du monde dotèrent nos ancêtres vaincus. Sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, l’exagération doit être évitée. Pendant huit années, la Gaule, traversée en tous sens par les armées romaines, avait eu à subir les calamités d’une guerre d’extermination , et deux millions de ses défenseurs avaient été tués sur les champs de bataille ou emmenés en esclavage. Rançonnée, pillée par ses vainqueurs elle n’en fut pas moins condamnée, la guerre finie, à leur payer une contribution de huit millions de sesterces . Mais, en échange de son indépendance, disent les historiens, elle reçut de ses maîtres deux

bienfaits inestimables : les lois romaines et la paix intérieure.
Il est certain que, grâce aux institutions des vainqueurs et au repos qu’elles donnèrent à la Gaule, d’importantes améliorations, de nombreux travaux d’utilité publique y furent exécutés. Des municipes s’élevèrent, des écoles publiques s’ouvrirent dans la plupart des villes importantes; et telle fut l’ardeur avec laquelle les chefs de l’aristocratie gauloise adoptèrent la langue, le costume, les mœurs des conquérants, que, dès le règne d’Auguste, s’il faut en croire Strabon, les vieilles coutumes gauloises ne se re- trouvaient plus que de l’autre côté du Rhin. Les tyerns gaulois, dès lors, vécurent beaucoup moins dans leurs domaines. En dissolvant les collèges druidiques, Claude précipita cette révolution. Admise au droit de cité, sous Caracalla, la Gaule devint bientôt à demi romaine^.

Tacite rapporte avec quelle facilité son beau père Agricola réussit à faire adopter aux Bretons les mœurs et la corruption romaines. Les Gaulois, dont l’esprit était beaucoup plus cultivé, firent naturellement des progrès encore plus rapides dans cette voie «qui les devait conduire à la servi- tude » » La presqu’île armoricaine se couvrit d’élégantes villas. Les ruines de Corseul attestent que, durant les premiers siècles de la conquête, d’importantes constructions s’élevèrent dans le pays.

Cependant il faut se garder de croire que la prospérité matérielle se soit maintenue au delà du règne des Antonins. Si quelques villes du midi telles que Narbonne, avaient conservé une partie de leur puissance commerciale, le reste de la Gaule était en proie à la misère et à la servitude, conséquences inévitables des règlements qui asservissaient l’ouvrier à son travail et des impôts qui pesaient si lourdement sur les classes laborieuses. Dès la fin du III siècle, des écrivains clairvoyants avaient fait entendre de sévères avertissements. L’esprit de système a taxé d’exagération les généreux chrétiens qui, prenant en pitié les populations ruinées, dénonçaient avec énergie les meurtrières exactions du lise. Mais lorsqu’on a lu, avec un peu d’attention, quelques pages du Code théodosien sur les terres abandonnées, l’on est bien force de reconnaître la fidélité des peintures navrantes d’un Lactance ou d’un Salvien.

On sait que la plupart des villes, restées ouvertes durant la paix romaine, durent s’enclore de murs, vers la fin du iii° siècle. La misère, amenée par la cherté des denrées, régnait dans l’intérieur de ces villes, tandis que, au dehors, la guerre civile et les Barbares amoncelaient les ruines.

Pendant la longue anarchie qui suivit la captivité de Valérien , la situation de la Gaule devint intolérable -. En moins de sept années , Posthumus et son fils, les deux Victorinus, Laelianus, Marins, Tétricus avaient tour à tour occupé, dans la Gaule, le trône des Césars. Une femme, surnommée la mère des Camps, avait même exercé le pouvoir souverain. Mais bientôt ce fut la sol- datesque qui gouverna, en réalité, sous les noms de quelques princes successivement assassinés, et dont le dernier, dégoûté de l’anarchie militaire, livra son armée et sa personne à l’empereur Aurélien, dans les plaines de Chàlons. La Gaule, déjà dépeuplée par les proscriptions de Maximien et par les impôts qu’il y avait établis’, vit une partie de son territoire saccagée par des mains gauloises. Autun , qui avait appelé Claude , fut pris et pillé par les soldats de Tétricus. Alors l’excès de la souffrance amena l’un de ces terribles soulèvements populaires qu’on voit éclater à certaines époques sinistres de l’histoire. Les paysans abandonnèrent les champs, et, réunis, sous le nom de Bagaudes, en bandes nombreuses, ils portèrent partout le fer et la flamme. Maximilien , à la tète de ses légions, put écraser facilement, sur les bords de la Marne, ces masses indisciplinées; mais les désastres qu’elles avaient causés étaient irréparables.

«Les champs, dit un écrivain qu’on n’accusera pas, comme Lactance. «d’être un ennemi de l’empire, les champs, dont le produit ne paye jamais u les frais de culture, sont forcément abandonnés; ils le sont aussi à cause de la misère des cultivateurs qui, écrasés de dettes, ne peuvent ni diriger les «eaux ni couper les bois. Aussi tout un territoire, autrefois habitable, est « il aujourd’hui hérissé de broussailles , ou empeste par des marécages . . . «Que dirai-je de l’état des autres cités du pays, dont la vue, tu l’as avoué, « César, t’a arraché des larmes ? A partir du point où la voie de Belgique «fait un coude, la route militaire elle-même est si rocailleuse, les pentes «en sont si rapides, que les charrettes à moitié pleines ou même vides ni y peuvent à peine passer . »

Constantin, à la vue de cette effroyable dévastation, donna de l’argent à la ville d’Autun , et envoya , pour la repeupler, un grand nombre d’artisans enlevés à la Bretagne, après la défaite de Carausius . En 335, à la suite d’une irruption de Germains en Gaule, Julien écrivait aux Athéniens : « Le nombre des cités dont les murailles ont été détruites s’élève à «quarante-cinq, sans compter les châteaux forts et les postes moins importants .

La péninsule armoricaine, dont le sol était, en grande partie, couvert de forêts, et qui, outre les ravages du fisc et de la bagaudie, avait eu à subir de continuelles descentes de pirates sur ses côtes, la péninsule devint l’un des pays les moins peuplés de la Gaule. Procope rapporte, en effet, qu’au v VI siècle, de nombreux essaims d’hommes, de femmes et d’enfants quittaient l’île de Bretagne, pour aller s’établir dans l’Armorique, contrée la plus déserte du pays des Francs . Cette dépopulation de la presqu’île armoricaine précisément à l’époque où les Anglo-Saxons conquirent file de Bretagne, explique très-bien la facilité avec laquelle les Bretons fugitifs furent ac- cueillis sur le continent. Ermold le Noir, malgré la haine nationale qui l’anime contre les exilés, est obligé de reconnaître, lui-même, qu’ils furent reçus comme des hôtes par les Gallo-Romains de l’Armorique. Cette bonne harmonie régna pendant quelque temps entre les deux peuples. Alliés l’un et l’autre aux Romains, ils combattirent plus d’une fois les Barbares sous les mêmes enseignes. Riothime n’avait pas hésité à intervenir, avec ses douze mille Bretons, dans la lutte d’Anthémius contre Euric, roi des Wisigoths ‘^. Les exploits de Gradlon, comte de Cornouaille, sur les bords de la Loire, ravagés par des pirates saxons, témoignent aussi de la solidarité qui existait alors entre les deux nations, pour la défense du pays :

«Le front ceint d’une couronne, Gradlon, vainqueur des guerriers du « nord , n’avait de rivaux ni en gloire ni en puissance La Loire elle-même avait été témoin de ses hauts faits ; car, sur les bords de ce fleuve «il avait coupé la tête à cinq chefs de guerre, pris le même nombre de «vaisseaux et triomphé dans cent combats! »

Mais, après la mort d’Egidius, lorsque les Armoricains, suivant l’avis de leurs évêques, se furent décidés non-seulement à se confédérer mais même à se fondre avec les Francs, les Bretons, on le conçoit, durent s’éloigner d’anciens alliés qu’ils allaient bientôt avoir pour ennemis. C’est dans les pays de Rennes et de Nantes, et dans la partie orientale de l’ancien pagus venetensis, que la lutte s’engagea entre les Gallo-Francs du pays de Romanie, et les Bretons, dont le territoire, dès le VI siècle, avait reçu le nom de Bretagne.

Cet antagonisme entre les Bretons, si jaloux de leur autonomie, et les Armoricains, son mis et mêlés aux Francs, dérange le système de D.Morice, qui prétend faire régner sur la péninsule tout entière, dès le IV siècle, le fabuleux Conan Mériadec. Mais les récits qu’on va lire donneront pleinement rai- son à Dom Lobineau, dont l’opinion, assise sur une base vraiment historique, mérite seule de faire autorité.

IV. Lutte des Bretons et des Gallo-Francs durant la période mérovingienne.

Clovis, après son alliance avec les cités armoricaines, y avait été accepté comme l’héritier des empereurs romains en Gaule. De là, chez tous les descendants du vainqueur de Tolbiac, la pensée bien arrêtée de placer un jour sous un même sceptre tous les pays situés entre le Rhin, les Alpes, les Pyrénées et la mer. D’un autre côté, chez les Bretons chassés d’Albion par des peuples germains, existait d’inébranlable volonté de défendre jusqu’à la mort, contre les Francs, l’indépendance que leur avaient ravie, de l’autre côté du détroit, les éternels ennemis de leur race. Néanmoins, et quoi qu’en aient pu dire l’abbé Gallet et D. Morice. aucun conflit n’éclata entre les deux peuples sous le règne de Clovis. Les Francs, rap- porte Ermold le Noir, étaient alors engagés dans des guerres plus importantes, et les Bretons ne refusèrent point, plus tard, de reconnaître la suprématie nominale des rois mérovingiens, pourvu que ces princes respectassent leur indépendance nationale. On sait qu’en 56o le roi Clotaire envahit la Bretagne et qu’il y livra bataille à Chramne et à Conober, l’allie du malheureux prince; mais, après cette expédition, la paix fut rétablie, et elle se maintint pendant près de seize ans. Le partage de l’héritage de Clotaire entre ses quatre fils, Charibert, Contran, Sigebert et Chilpéric, ce partage, en brisant l’unité de l’empire franc, fit naturellement ajourner toute pensée de conquête en Bretagne. Dans les arrangements qui intervinrent entre les jeunes princes, après la mort de leur père, il est à remarquer que la souveraineté immédiate des territoires de Rennes, de Nantes et de Vannes fut transportée du royaume de Paris au royaume de Sois- sons, qui appartenait à Chilpéric , le dernier des fils de Clotaire. Il est donc permis de supposer que l’inexpérience du jeune prince fut l’une des causes qui poussèrent Waroch, comte du Bas-Vannetais , à prendre les armes contre les Francs. Childéric , à cette nouvelle , donna l’ordre à ses généraux de faire marcher contre les Bretons les troupes de la Touraine, du Poitou, du Bessin, du Maine, de l’Anjou et de plusieurs autres pays. Les Francs allèrent asseoir leur camp sur les bords de la Vilaine. Waroch se tenait avec ses troupes sur la rive opposée, comme pour disputer le passage à l’armée ennemie; mais, pendant la nuit, rassemblant ses bandes, il traverse le fleuve en silence , tombe sur les Saxons de Bayeux et les extermine en grande partie. Cependant, trois jours après, le rusé Breton se hâtait de faire la paix avec les généraux de Chilpéric, s’engageant, par ser- ment, à rester fidèle au roi et même, ajoute Grégoire de Tours, à restituer aux Francs la ville de Vannes, si l’on consentait à lui en confier le gouvernement. En retour, il promettait de payer, chaque année, et sans sommation préalable, tous les tributs auxquels la ville était assujettie. L’affaire ainsi conclue, les Francs se retirèrent; mais Waroch , infidèle à ses promesses, chargea En- nius, évêque de Vannes, de demander à Chilpéric de meilleures conditions. L’évêque ayant été exilé par le roi , Waroch se mit à ravager les environs de Rennes, bridant, pillant, emmenant les habitants en captivité. Le duc Beppolen, auquel le roi Gontran, tuteur du fils de Chilpéric, devait confier plus lard le gouvernement des trois cités d Angers, de Nantes et de Rennes, fut, envoyé contre les Bretons et dévasta par le fer et par le feu quelques parties du pays rennais; mais cela ne fit, à ce qu’il paraît, qu’exciter leur fureur^. Peu de temps après, le comté nantais subissait les mêmes dévastations. En vain saint Félix, évêque de Nantes, essaya-t-il de mettre un terme à ces calamités : les Bretons s’engagèrent à réparer le dommage; mais, selon l’usage, dit Grégoire de Tors, ils ne firent rien de ce qu’ils avaient promis. Allié à Vidimacle, qui semble avoir été le chef des Bretons établis sur la pointe de terre située entre l’embouchure de la Loire et celle de la Vilaine, soutenu secrètement par la reine Frédégonde, Waroch envahit de nouveau, vers 887, le territoire des Nanmètes, où tout fut mis à feu et à sang. A la première nouvelle de cette incursion, Gontran envoya une armée en Bretagne, avec ordre à ses généraux de tout passer au fil de l’épée, si les Bretons ne se hâtaient de réparer le mal qu’ils avaient fait. Effrayés, Waroch et Vidimacle souscrivirent à toutes les conditions; et le roi Gontran leur ayant envoyé des ambassadeurs qui les rejoignirent sur la limite du pays de Nantes (in terminum namneticum), ils confessèrent franchement leurs méfaits : «Nous savons bien, dirent-ils, que ces cités appartiennent aux fils de Clotaire.. . Aussi nous empresserons-nous de réparer le dommage que « nous leur avons causé contre toute justice »

L’affaire terminée de la sorte, les ambassadeurs francs se retirèrent; mais ils n’étaient pas de retour à la cour de leur maître, que déjà les Bretons avaient recommencé leurs incursions. Cette fois, ils vinrent faire la vendange dans les vignobles nantais, et le vin récolté transporté dans le pays de Vannes. Ces violences , qui comblaient la mesure , excitèrent chez le roi Gontran la plus vive indignation. Cependant, son armée déjà rassemblée et prête à marcher, il ne bougea pas, dit Grégoire de Tours.

Deux ans plus tard, de nouveaux ravages sur les territoires de Rennes et de Nantes forçaient Gontran à diriger contre les Bretons une armée formidable, commandée par ses deux meilleurs généraux, les ducs Ebrachaire et Beppolen. Ce dernier périt dans les marais de l’Oust, où l’avait attiré une habile manœuvre de Waroch; l’autre, évitant l’ennemi, réussit à gagner la ville de Vannes. Là, l’évèque Rëgalis, à la tête de son clergé et des habitants de la ville, se présenta devant le duc; et, après avoir prêté serment entre ses mains, il lui adressa ces paroles remarquables : «Nous n’avons « rien à nous reprocher envers les rois nos seigneurs , car jamais nous n’avons eu la présomption de nous élever contre leur puissance; mais, tenus en captivité par les Bretons [in captivitate Britannoram posili), nous subis- «sons le joug d’une lourde servitude’. »

Ce texte, l’un des plus curieux que Grégoire de Tours nous ait transmis, suffirait, à lui seul, pour établir les deux points essentiels que nous nous proposons de démontrer, savoir, que la presqu’île armoricaine ne fut pas d’abord occupée tout entière par les clans venus de l’île de Bretagne, et qu’après le traité de 697, les Armoricains des comtés de Rennes, de Nantes et du Vannetais oriental, furent traités en ennemis par les Bretons, leurs anciens alliés. La thèse, hâtons-nous de le dire, n’est pas nouvelle : elle est consignée dans l’Histoire de Bretagne de Dom Lobineau, dont nous ne faisons guère aujourd’hui, tous tant que nous sommes, que mettre en relief et compléter les savants aperçus : « Les contrées de l’Armorique occupées «’ par les Bretons, dit le grand bénédictin, furent toute la côte septentrionale, où sont les diocèses de Saint-.Malo, de Dol , de Saint-Brieuc, les pays «de Tréguier, de Léon et de Cornouaille, et une (jrande partie du territoire ude Vannes. La ville de Vannes et celles de Nantes et de Rennes, avec leurs ‘(territoires, demeurèrent donc aux anciens peuples de l’Armorique. Le peu de (< communication qu’ils eurent avec les Bretons, dans la suite, fait juger qu’ils ne les souffraient s’établir chez eux qu’à regret, tout leurs anciens alliés qu’ils «étaient; mais les Bretons vinrent en assez grand nombre pour prendre de force la position du pays, si l’on eût refusé de la leur accorder de bonne Ki grâce))

Ces assertions , contestées, de nos jours, par quelques savants plus versés dans l’étude de l’archéologie que dans celle de l’histoire , ont été naguère discutées avec talent par l’un des érudits les plus distingués de la Bretagne. Les arguments d’un autre ordre qui se produiront durant le cours de notre travail achèveront, croyons-nous, de placer l’opinion de Dom Lobineau au-dessus de toute espèce de controverse.

Chapitre II — Fondation de l’abbaye de Redon et premières institutions religieuses de la Bretagne

I. Les Bretons sous les Carlovingiens. — Avènement de Nominoë. —Fondation de l’abbaye de Redon.

A la suite d’une bataille très-sanglante, dont Frédégaire n’indique même pas le résultat, mais qui a été décrite au XV siècle par Le Baud, avec la même précision que s’il eût pris part à l’action *, à la suite, dis-je, de cette bataille, Waroch et son fds disparaissent de l’histoire. Il est probable que les Francs, peu de temps après, réussirent à reprendre Vannes, car on lit dans un catalogue des évêques de cette ville qu’elle avait pour comte, au vu’ siècle, un certain Ogier, dont le nom n’est assurément pas breton.

En 597, Théodebert et Théoderic, les deux héritiers de Childebert, ayant guerroyé contre Clotaire II et battu ses troupes en diverses rencontres, ce dernier céda à l’un des vainqueurs une partie de ses états, et h l’autre tout le territoire renfermé entre la Seine, la Loire et l’Océan , jusqu’à la frontière des Bretons. «Ces mois jusqua’à la frontière des Bretons vont voir, (Il dit judicieusement Dom Lobineau , que Clotaire n’avait ni ne prétendait «aucun droit de souveraineté sur la nation bretonne. Ce qu’il cédait à h Théodoric, par cet article, c’était le domaine et la souveraineté des évéchés de  » Nantes, de Rennes, et ses droits sur la ville de Vannes ^ »

On a vu plus haut que cette dernière ville avait été, dès l’origine, un objet de convoitise pour les Bretons du Bas-Vannelais , qui sentaient la nécessité de porter leur frontière jusqu’à la Vilaine. Sous Waroch II , l’antique oppidum vénète fut plusieurs fois enlevé aux Francs. Mais il n’est guère probable que les Bretons en aient conservé la possession aussi longtemps qu’on l’a supposé^, puisque, selon Dom Lobineau, un comte franc, vers le milieu du vif siècle, gouvernait la ville. Par quel heureux concours de circonstances les Bretons réussirent-ils, plus tard, à s’en emparer? Nous l’ignorons absolument. Il est certain seulement que la place était entre leurs mains en l’année 753, où le roi Pépin le Bref la vint reprendre à la tète d’une armée . S’il fallait en croire l’Annaliste de Metz, les Francs, victorieux dans cette expédition , auraient fait la conquête de toute la Bretagne. Mais le fait n’est pas exact. C’est, en effet, dans la seconde moitié du règne de Charlemagne, en 786, que, pour la première fois, les Francs tentèrent sérieusement do subjuguer les Bretons. «Ce peuple, tributaire des rois «francs, dit Éginhard, s’était soumis, bien qu’à contre-cœur, à leur payer une redevance. Mais, en ce temps-là (ann. 786), il refusa de le faire, et « Audulfe, chef de la table du roi, reçut la mission, qu’il accomplit avec «une rapidité merveilleuse, de réprimer l’audace de cette nation perfide. » Un autre chroniqueur rapporte que ce même Audulfe pénétra au cœur de la péninsule et s’empara de la plupart des châteaux et des places de guerre de l’ennemi. Il est certain, pourtant, que ni l’occupation du pays ne fut alors plus étendue, ni la soumission du peuple plus effective qu’elles ne l’avaient été en 753, sous Pépin le Bref, puisque c’est treize ans plus tard, à la suite d’une brillante expédition du comte Guy (799), que, pour la première fois, au dire d’un auteur contemporain, la Bretagne fut conquise tout entière par les Francs. Cette conquête, au surplus, dut être elle- même à peu près illusoire, car les Bretons, dont le patriotisme n’est que mobilité aux yeux d’Eginhard, se lassèrent vite du joug de l’étranger et reprirent les armes en 81 1 . Ce nouvel acte de perfidie aurait été , s’il faut en croire le biographe de Charlemagne , presque aussitôt réprimé par l’armée franque victorieuse. Mais l’assertion ne doit être acceptée qu’avec une grande réserve; car un autre écrivain, lui aussi contemporain des faits qu’il raconte, semble attribuer la pacification de 811 moins aux exploits des Francs qu’à l’habileté politique d’un certain Géraud, abbé de Saint-Wandrille qui,

envoyé par son maître dans l’île de Jersey, auprès d’un chef breton nommé Amwarith, le décida à faire la paix. Quoi qu’il en puisse être de cette conjecture, il est permis de croire, du moins, que les victoires des Francs furent moins décisives qu’on ne le prétend. Et, en effet, l’année même où mourut le grand empereur fut signalée par la révolte de Jarnithin, prince du Broerech, auquel, selon l’usage, le commandement suprême des troupes avait été décerné. Cette entreprise n’eut pas de suites; mais, quatre ans plus tard , à la voix d’un nouveau chef nommé Morvan , toute la Bretagne courait aux armes. A l’exemple de son père, Louis dépêcha vers le pentyern l’abbé d’un monastère voisin. Mais Witchard fut moins heureux dans sa mission pacifique, que ne lavait été l’abbé Géraud. L’empereur dut venir lui-même, à la tête d’une armée formidable, combattre les rebelles, qui lui firent d abord éprouver un échec .

La lutte recommença quelques semaines plus tard. Louis, cette fois, put arriver facilement jusqu’à Vannes, où il tint une assemblée générale. De là, le prince, entrant sur le territoire breton, alla asseoir son camp sur les bords de l’Ellé. Morvan, dont les troupes étaient éparpillées dans les bois, au milieu des broussailles, derrière les rochers, guettait l’occasion de

tomber sur l’ennemi à l’improviste , lorsqu’il périt de la main d’un obscur soldat franc. Cette mort mit fin à la guerre. Mais , quatre ans plus tard , elle éclatait de nouveau, sous la conduite d’un autre pentyem nommé Wiomarc II. «Après l’équinoxe d’automne, dit Eginhard, les comtes de la Marche bretonne entrèrent sur les terres du rebelle , et tout y fut ravagé par le fer et par le feu -. » Ces excès ne firent, à ce qu’il paraît, qu’ajouter aux proportions de la révolte; mais la répression en dut être ajournée à cause d’une grande famine qui désolait la Gaule ‘. Au commencement de l’automne suivant, l’empereur, ayant rassemblé de tous les côtés des forces considérables, prit le chemin de Rennes, ville voisine des frontières de la Bretagne, dit Eginhard. L’armée impériale, divisée en trois corps, traversa, sans s’écarter jamais des grands chemins, la péninsule tout entière, et soixante jours lui suffirent pour dompter l’insurrection. La paix conclue, la plupart des t)’erns bretons se rendirent à l’assemblée d’Aix-la-Chapelle, où parut Wiomarc’h lui-même, « ce perfide qui avait semé tant de troubles dans son pays, et qui, «par une obstination insensée, avait provoqué la colère de l’empereur. » Louis témoigna une grande bienveillance au guerrier breton qui avouait,

être venu se livrer, plein de confiance, à la merci du monarque. Wiomarc’h, comblé de présents, fut autorisé à rentrer chez lui avec tous les chefs de sa nation; mais, à peine de retour dans son domaine, «il rompit la foi promise, pour retomber dans la perfidie ordinaire à sa race ; et il ne cessa de « faire tout le mal possible à ses voisins , employant le pillage et l’incendie « jusqu’au jour où il fut cerné et tué, dans sa propre demeure, par les «hommes du comte Lantbert»

A cette nouvelle, les Bretons découragés mirent bas les armes, et leurs principaux chefs allèrent, selon l’usage, renouveler au César germanique des serments tant de fois oubliés. C’était à Ingelheim, cette année-là, que Louis le Débonnaire tenait son plaid générai. Or, parmi les tyerns que les comtes de la Marche bretonne devaient présenter à l’empereur, dans son pa- lais aax cent colonnes^, se trouvait un jeune homme auquel le Cartulaire de Redon semble attribuer une haute origine*, mais dont aucun acte éclatant n’avait jusqu’alors signalé la carrière. Cet étranger se distinguait-il de ses compagnons par quelque qualité remarquable, ou bien se recomman- dait-il seulement à la bienveillance impériale par l’éclat de sa naissance et le rang qu’avaient occupé ses ancêtres? L’histoire se tait sur ce point. Mais quelques mots d’Ermold Nigel autorisent à penser que l’espoir de maintenir les Bretons dans le devoir, en les plaçant sous l’autorité d’un chef national et respecté , fixa sur Nominoë le choix du prince. Eclairé sur le caractère d’un petit peuple qu’il était moins difficile peut-être d’exterminer que d’asservir, Louis se flattait sans doute qu’un jeune prince breton lui serait un utile auxiliaire dans l’œuvre qu’il poursuivait, œuvre de fusion comme celle qui s’était accomplie, sous Clovis , entre les Francs et les Ar- moricains-. Mais Dieu qui se joue des vains projets de l’homme, réservait

d’autres destinées au nouveau duc des Bretons. Ce qu’avaient vainement tenté les Waroch, les Jarnhitin, les Morvan, les Wiomarc’h, il devait, lui, l’exécuter, à force de courage , de sagesse et de persévérance.

II. La Bretagne sous Nominoë. — Saint Conwoion. — Fondation de l’abbaye de Redon.

Imposer aux Bretons, si jaloux de leur indépendance, l’autorité d’un chef élu par f empereur; amener tous les petits princes qui se partageaient la péninsule à reconnaître, dans une certaine limite, un pouvoir supérieur; enfm, contraindre, en même temps, et les Bretons à ne plus sortir de leurs frontières, et les Francs à respecter désormais le territoire de leurs voisins, c’était là, certes, l’œuvre la plus difficile qui se pût imaginer. Cependant, grâce à une habileté consommée, Nominoë parvint assez vite, d’une part, à faire reconnaître son pouvoir pnr les tyerns, ses compatriotes, et, d’autre part, à tenir en bride les chefs francs des Marches de Bretagne, qui s’é- taient habitués à traiter le pays en terre conquise. L’empereur, malgré les calomnies de ses courtisans, dont félévation de Nominoë avait profon- dément blessé l’orgueil, appuyait avec la plus généreuse confiance tous les actes de sou jeune lieutenant. En 83o, toutefois, un comte de Barcelone, «homme fort attaché aux intérêts de fempereur, mais encore plus à « ceux de l’impératrice »

Bernard ,récemment nommé à la plus haute charge de la cour, réussit un instant à persuader au monarque que Nomi- noë le trahissait. Excité par l’astucieux chambellan qui setait promis de faire donner le comté de Vannes à l’une de ses créatui’es, l’empereur avait quitté Aix-la-Chapelle pour aller prendre le commandement d’une armée dans les Marches bretonnes’. Bernard, dévoré d’impatience, pressait Louis de faire diligence. Son ardeur immodérée donna l’éveil aux grands de l’empire. Les uns s’imaginèrent qu’il ambitionnait le royaume d’Aquitaine, d’autres qu’il voulait faire périr l’empereur, pour partager son trône avec l’impératrice. Ce quil y a de certain, c’est que des murmures s’élevèrent, et que, prenant pour prétexte le mauvais état des chemins, les milices rassemblées se débandèrent »-.

Pendant ce temps, Pépin s’avançait à la tête de ses troupes, annonçant hautement l’intention de traiter Bernard en ennemi. On sait que l’empe- reur, dépouillé de sa couronne, fut emprisonné par ses fils, et qu’il ne reprit, quelques mois plus tard, l’exercice du pouvoir que pour subir la honte d’une nouvelle déposition en 833. Nous aurons à raconter avec quel éclat se manifesta, dans ces circonstances, la fidélité de Nominoë envers le vieil empereur; nous mettrons en lumière les curieuses protestations que ren- ferme le Cartulaire de Redon. Mais, comme c’est entre la première et la se- conde déchéance de Louis le Débonnaire que fut fondée l’abbaye de Saint- Sauveur, le moment est venu, ce semble, d’en raconter les origines.

Il y avait à Vannes, du temps de l’évêque Régnier [Rajinanus), un jeune prêtre aussi célèbre par ses vertus que par ses talents^. Conwoion, c’était ie nom qu’il portait, — était né à Comblessac, paroisse du diocèse de Saint-Malo, et son père, nommé Conon, descendait, selon l’hagiographe, d’une famille sénatoriale. Élevé, bien jeune encore, à la dignité d’archidiacre, Conwoion prit de bonne heure en dégoût ses honneurs, sa renommée; et, un jour, accompagné de cinq prêtres auxquels il avait fait part de son désir de vivre au désert, il quitta la ville épiscopale. Après avoir cherché quelque temps une solitude où, loin du bruit, il pût se livrer à l’étude de la vraie philosophie ‘, Convi^oion s’arrêta près du confluent de l’Oust et de la Vilaine, dans un lieu nommé Roton’-‘, auquel de hautes collines servaient comme d’enceinte fortifiée^. Ravis de la sauvage beauté de ce site, les six futurs bénédictins résolurent d’y planter leur tente, et Conwoion, ayant appris que le territoire appartenait à un mactiern nommé Ratwih’, se rendit auprès du prince dans sa résidence de Lis-Fau, située dans la paroisse de

Sixt-le-Martyr. Ralwili, qui, dans ce moment-là , tenait , selon l’antique usage, ses assises au bord d’une fontaine, accueillit avec faveur la requête des moines. Séance tenante, il leur concéda le terrain de Rolon, ce à quoi consentit gracieusement son fils Catworet, en présence de CatwaJlon, de Mainworon et de cinq autres témoins dont les noms indiquent clairement l’origine bretonne*. Maistouslesseigneursdesenvironsnesemontrèrentpas,tant s’en faut, aussi généreux envers les moines. Certains tyerns, qui appartenaient probablement à la parenté de Ratwili, s’efl’orcèrent , an contraire, d’ellrayer les bons moines et de les faire déguerpir ». Pour couper court à ces machi- nations, Conwoion fut obligé d’en appeler à Nominoë lui-même, qui tenait alors sa cour à Botnnmcl ‘. Louhemel se présenta donc devant le lieutenant de l’empereur, et là, au milieu d’une nombreuse assistance, il s’exprima en ces termes : « C’est de la part de Conwoion, mon abbé, et des moines, nos «frères, que je viens ici vous demander, au nom de Jésus-Clirist, protection et assistance. Etablis en un lieu désert, nous voulions y bâtir un «oratoire, où, chaque jour, nous pussions invoquer Dieu pour le salut de la Bretagne entière. Mais nous avons pour voisins des tyerns chez lesquels «n’existent ni la crainte de Dieu ni le respect des hommes, et qui s’opposent, autant qu’ils peuvent, à notre dessein. Et pourtant, ce n’est ni la «crainte de la misère, ni l’envie de nous créer des richesses mondaines, «mais uniquement le désir de gagner le Ciel qui nous a rassemblés dans ce lieu solitaire . »
A ces mots, Illoc, l’adversaire des moines, se leva furieux : —« Prince, s’écria -t-il, ne prêtez pas l’oreille aux calomnies de ces enjôleurs : le lieu qu’ils occupent m’appartient par droit héréditaire.»

Ces paroles excitèrent chez Nominoë la plus vive indignation: —«Penses- II tu donc, ennemi de Dieu, dit-il, qu’il vaille mieux livrer cette terre à des impies et à des larrons qu’à des hommes de bien prêtres et moines.

Il dont la vie se passe à prier Dieu , chaque jour, pour le salut du monde ? » Cette foudroyante apostrophe ferma la bouche à Illoc. H sortit de la salle, la rage dans le cœur, et plus résolu que jamais de tirer des moines la vengeance la plus éclatante. Ayant en effet rassemblé les membres de sa parenté, il convint avec eux que les habitants de Roton seraient chassés, et même, s’ils résistaient, tués sur place. Mais, au moment oii la troupe se disposait à exécuter la sentence, le récit d’une guérison miraculeuse, opérée par les serviteurs de Dieu, vint jeter la terreur dans l’âme de leurs enne- mis; et, à partir de ce jour, dit l’hagiographe , aucun d’eux n’osa plus rien

entreprendre contre les moines de Roton .
Régnier, évêque de Vannes, et Richouin, comte de Nantes, furent pour

le monastère de Saint-Sauveur des ennemis plus persévérants et beaucouiJ plus dangereux. L’un ne pardonnait pas à saint Conwoion, qu’il avait comblé de ses faveurs, d’avoir quitté Vannes et entraîné au désert l’élite du clergé de la ville; l’autre en voulait à l’abbé de Redon d’être l’ami, et, jus- qu’à un certain point, l’auxiliaire d’un homme dont la haute fortune humi- liait son orgueil. Conwoion ne ressentit que trop les effets de ce double ressentiment. En 882, il s’était rendu près de l’empereur, au palais de Joac, en Limousin, pour y faire confirmer la donation de Ratvvili; mais à peine avait-il exposé sa requête, que Régnier et Richouin, dans le but de la faire échouer, dirent à fempereur :  » Fermez l’oreille , ô César, aux dis- II cours de ces moines, car le lieu qu’ils vous demandent est un point des «plus importants pour la sécurité de votre empire. » A ces mots, dit l’hagiographe, l’empereur ressentit une violente colère, et il ordonna qu’on chassât les moines de sa présence’. Quelques mois plus tard, à Tours, Conwoion. accompagné du vénérable Condeloc, se présentait de nouveau, avec d’autres

visiteurs bretons, dans la salle ou siégeait l’empereur. Il n’avait pas encore ouvert la bouche et déposé ses présents, qu’il recevait l’ordre de sortir du palais. Ce double échec ne découragea pas saint Conwoion ‘^. En rentrant dans son logis , il dit simplement à Condeloc : « Dieu , qui tient dans ses Il mains le cœur des rois, n’a pas voulu nous ouvrir celui de l’empereur; « rendez-vous donc, cher frère , sur le marché , et y vendez la cire que nous « avions apportée pour le prince. Cela fait, ils s’en retournèrent tristement à leur monastère, où, quelques mois plus tard, Nominoë, accompagné des principaux seigneurs de Bretagne, vint visiter le saint édifice’. Il y fut reçu d’une façon vraiment royale. Conwoion et tousses moines, allant au-devant de lui, l’accueillirent avec toutes sortes d’honneurs, et le ramenèrent à l’abbaye en chantant des hymnes et des cantiques. Ce jour-là, ajoute l’hagiographe auquel nous empruntons ces détails, Nominoë ressentit dans son cœur ane grande joie ; et, ayant consolé les moines, il leur promit de leur faire du bien tous les jours de sa vie^

Avant de quitter le monastère, le prince, qui venait d’apprendre la déposition de Louis, à Saint-Médard de Soissons (833), n’hésita pas à ratifier, au nom de l’empereur détrôné , la concession que ce dernier avait toujours refusé d’approuver; et il y ajouta le territoire de Ros qu’environ- naient les deux rivières d’Oust et de Vilaine^.

J’ai eu occasion de faire ressortir, dans un autre ouvrage , la hardiesse mais, en même temps, la profonde habileté de Nominoë en cette circonstance. Si, d’un côté, le prince faisait violence, en quelque sorte, à la volonté hautement exprimée de fempereur, de fautro, il manifestait ou- vertement, en face des fils rebelles de Louis, et sa fidélité et son dévoue- ment à son vieux maître. Ces sentiments éclatent en effet dans la charte de concession rédigée dans fabbaye de Redon, le 14 des kalendes de

juillet, étant commencée la vingt et unième année du règne de Louis ^ : «Considérant, y est-il dit, les chagrins et les tribulations qu’éprouve en ce moment l’empereur Louis, notre souverain, nous avons concédé aux moines «bénédictins de Roton le territoire appelé Ros, etc. et cette aumône nous u l’avons faite à l’intention de notre maître, afin que, grâce aux prières des «moines, Dieu daigne lui venir en aide*.»

Nominoë comptait si bien que sa conduite dissiperait les injustes préven- tions suscitées contre lui et contre ses protégés par Bernard , Ricouin et Régnier, qu’avant de quitter Redon il invita saint Conwoion à se joindre à l’ambassade qu’il envoyait à Louis pour le complimenter sur sa délivrance. Ce fut dans le palais impérial d’Attigny que les deux envoyés furent reçus par le monarque. Cette fois, au lieu d’ennemis puissants saint Conwoion rencontra deux évoques de Bretagne, dont l’un, de race gallo-franque , ne lui prêta, il est vrai, aucune assistance, mais dont l’autre, Breton d’origine, prit en main sa cause avec un grand zèle’. Cette inter- vention d’Ermor, évoque d’Alet, fut couronnée d’un plein succès. L’empereur, éclairé par le prélat, se rendit à la prière et à l’intervention de son fidèle Nominoê, et, par un diplôme solennel, il fit cession à l’abbaye de Saint-Sauveur de la paroisse de Bain et de celle de Langon.
Deux ans plus tard (836), la discorde s’étant mise entre les Bretons et

les Francs, parce que ceax-ci voulaient, selon leur coutume, occuper toute la Bretagne à main armée^, Nomiuoë dut envoyer des ambassadeurs à Louis le Débonnaire pour demander s’il autorisait de telles invasions^. Conwoion , qui accompagnait la députation, fut accueilli, cette fois encore, avec une grande bienveillance par l’empereur. Le prince , malgré les machinations d’un cer- tain comte Gonfroi, qui se flattait d’obtenir l’investiture du comté de Vannes^, accéda à toutes les demandes de l’abbé de Redon, et les trois paroisses de Renac, Platz et Arthon furent ajoutées au domaine de l’abbaye.

La persévérance de Nominoë , la résignation calme et sereine de saint Con- woion avaient donc enfin triomphé de tous les obstacles. Depuis ce jour, la prospérité du grand monastère alla toujours croissant; les donations y affluèrent de tous côtés’, et, parmi les princes du pays, ce fut à qui y vien- drait prendre l’habit monastique, consacrer à Dieu quelqu’un de ses enfants, ou marquer la place de son tombeau.

III. L’abbaye de Redon après la mort de Louis le Débonnaire. — Conquêtes de Nominoé. — Le monastère de Saint-Sauveur sous Erispoë et ses successeurs.

On a rendu hommage, et c’était justice , à la fidélité dont Nominoë ne cessa de donner des preuves à Louis le Débonnaire , son bienfaiteur. Mais il faut avouer, pour rester tout à fait dans le vrai, que les moyens mis en œuvre par le libérateur de la Bretagne ne répondirent pas toujours au noble but qu’il sut atteindre. Dans deux circonstances importantes, à l’avènement de Charles le Chauve et dans l’affaire des évêques expulsés de leurs sièges sous prétexte de simonie, la conduite du prince ne fut pas, tant s’en faut, à fabri du reproche. Le testament de Louis le Débonnaire attribuait, comme on sait, à son fils dernier né la possession de la Gaule sous la suprématie de Lothaire. Or, Charles le Chauve, ayant fait demander à No- minoë s’il voulait le reconnaître pour roi , reçut du prince une réponse affirmative : «Le duc breton, dit Nithard, historien très-bien informé envoya, « d’après favis de son conseil , des présents au roi Charles , et s’engagea , par «serment, à lui être fidèle à l’avenir-. » Nominoë n’était pas prêt, sans doute, et il lui fallait gagner du temps. Mais un tel acte suffît pour faire apprécier le caractère de l’homme: c’était, avant tout, un politique ;il le montra

bien , un peu plus tard , dans sa lutte contre les évêques gallo-francs dont il voulait se débarrasser.

Ce serait ici le lieu de raconter et la longue histoire des prélats simo- niaques, et celle de l’établissement de plusieurs sièges et d’une métropole dans le nouveau royaume de Bretagne. Mais le récit de cette grave affaire où saint Conwoion servit, sans s’en douter, d’instrument à la politique de Nominoë, trouvera plus loin sa place. Aussi bien devons-nous achever de faire connaître, dans un même tableau, par quelle série de luttes héroïques

les diocèses de Rennes et de Nantes, avec la partie orientale du pagus vene- tensis , furent, définitivemeut unis à la Bretagne.

Après la sanglante bataille de Fontenai , où le sang breton ne fut pas épargné ^ Nominoc jugea que le moment était venu de secouer le joug. Allié au franc Lantbert, qui, n’ayant pu obtenir le comté Nantais^ s’était, de dépit, jeté dans la révolte, Noniinoë s’empara d’une grande partie du pays de Rennes, tandis que son collègue, vainqueur sur les bords de l’Isac, étendait ses conquêtes au sud de la Loire. Cbarles le Cbauve, informé de cet évé- nement, et jugeant qu’une démonstration était nécessaire , vint camper aux portes de Rennes, à la tête d’une grande partie de ses troupes. Mais, à l’approcbe des Bretons, il se retira en toute hâte, remettant à plus tard sa vengeance. Ce fut seulement en 8A5 que le roi des Francs, avec l’armée la plus formidable qui eût jamais envahi la péninsule, vint livrer bataille aux Bretons non loin des murs de l’antique monastère de Ballon, dans la paroisse de Bain. Tout le monde a lu la description et sait le résultat de cette grande bataille, qui dura deux jours entiers et valut à Nominoë la couronne de Bretagne^. L’année suivante, Charles le Chauve eut la tentation de prendre sa revanche; mais il se décida prudemment à traiter avec les Bretons , dont l’indépendance fut alors pleinement re- connue.

A l’époque où s’accomplirent les grands événements dont il vient d’être parlé (8/16-8/19), ‘3 limite qui séparait les Bretons des Gallo-Francs leurs voisins se pouvait indiquer, assez exactement, par une ligne idéale qui, partant de l’embouchure du Couesnon et passant à Montfort-la-Canne, venait aboutir à la ville de Vannes. Mais, durant les trois années qui s’écoulèrent de 8/19 à 85 1 , Nominoc ajouta au territoire breton les comtés de Rennes,

de Nantes et de Retz, ce qui constitua le duché de Bretagne, tel qu’il existait, sous le nom de province, avant la Révolution de 1789.

Ce fut en 850, après l’inique expulsion d’Actard du siège de Nantes, que Nominoë se décida à guerroyer de nouveau contre Charles le Chauve.

En quelques semaines , la ville et le comté de Rennes furent conquis , l’Anjou ravagé et sa capitale prise d’assaut. «Mais les Nantais, aussi bien que ceux «de Rennes, étaient trop français, dit D. Lobineau, pour ne pas donner de «l’exercice aux Bretons. Ils se liguèrent ensemble en faveur de Charles, et « ils furent assez habiles pour tromper Nominoë. Pendant que ce prince , se « reposant sur la fidélité de ces deux villes , étendait ses conquêtes dans le «Maine et dans l’Anjou, Charles, appelé par ceux de Rennes et de Nantes, «enti’a pour la troisième fois en Bretagne, se rendit maître de ces villes «sans aucune résistance et y mit de fortes garnisons . »

On le voit donc, au milieu du ix » siècle, comme au temps de Waroch et de l’évêquc Régalis, les habitants de Rennes et de Nantes faisaient corps avec ia nation franque, et la domination bretonne leur semblait un joug dur à porter-.

Cependant, attaqué sur ses derrières, Nominoë s’en revint, h marches forcées, vers Rennes, qu’il emporta sans coup férir, si grande était la ter- reur de la garnison, quifut envoyée prisonnière en Breta(]ne^. De Rennes, l’ar- mée bretonne marcha sur Nantes dont les défenseiu’s, commandés par un comte franc, nommé Amauiy, se rendirent au premier choc. Les forti- fications de ces deux villes furent démantelées, afin d’en maintenir les habitants dans le devoir, et Nominoë, débarrassé de toute inquiétude de ce côté, recommença, avec une inexprimable furie , disent les chroniques franques, ses conquêtes dans le Maine. L’année suivante, le roi breton réunit ses tioupes à celles du comte Lantbert, pour attaquer Charles le Chauve au cœur même de ses états. Il traversa rapidement l’Anjou et le Vendômois, et il se disposait à entrer dans le pays charlrain, lorsque la mort vint l’arrêter. Cet événement excita une grande joie parmi les Francs,

qui voulurent y voir un châtiment de Dieu , justement irrité contre le persécuteur du clergé et le spoliateur des églises^. Cette croyance populaire est consignée dans la plupart des chroniques du temps. Les unes prétendent que le héros breton tomba sous le glaive d’un ange; les autres racontent qu’au moment où le prince se disposait à monter à cheval , saint Maurille, évêque d’Angers, se montra fout à coup, et que, lui ayant reproché tous ses crimes, il le frappa de son bâton et l’étendit sans vie-. Les jugements des Bretons sur le libérateur de leur patrie furent naturellement tout autres. Les moines de Redon, qui, l’année précédente, avaient irrité Nominoë, en faisant confirmer par Charles le Chauve les privilèges de leur abbaye*, ne se montrèrent pas ingrats envers leur fondateur : le corps du héros fut enseveli, avec un pieux respect, dans l’église du monastère.

Cependant, délivré du vainqueur de Ballon et se flattant de laver, par

une victoire, la honte de ses défaites, Charles le Chauve était entré en Bre-

tagne pour la quatrième fois, à la tète d’une armée nombreuse^. Erispoë, ,

qui venait de succéder à son père, n’hésita pas, bien qu’inférieur en forces, à attendre fennemi de pied ferme. On ignore en quel lieu se livra la ba- taille, mais il est certain qu’elle se termina par la défaite des Francs, qui avaient pris l’habitude , dit la Chronique de Fontenelles , de fuir devant les Bretons®. Privé d’une partie de son armée, dont plusieurs chefs étaient restés sur le champ de bataille, Charles le Chauve fit proposer la paix à son jeune vainqueur, qui l’accepta, mais à des conditions assez dures pour le vaincu. Erispoë reçut, en effet, finvestiture des comtés de Rennes, de Nantes, de Retz », et le roi des Francs dut lui confirmer, en outre, tout ce que Nominoë avait conquis dans le Maine et dans l’Anjou. De là cette for- mule finale de plusieurs chartes de notre Cartulaire, qui se réfèrent à la se- conde moitié du IX siècle : Fait…. à….. le…. , Erispoë (ou Salomon) gouvernant toute la Bretagne jusqu’à la rivière de Maine^»

A cette époque, les Bretons, si longtemps cantonnés dans leur pays. firent des pointes de divers côtés. Depuis 826, le territoire situé entre la ville de Vannes et la Vilaine , et toute la partie inférieure du fleuve depuis Langon , étaient , en quelque sorte , habités par un peuple nouveau. Ce serait une erreur de croire, toutefois, que rassimilation des Gallo-Francs et des Bretons y ait été immédiate. Un curieux passage de la vie de saint Con- vvoion prouve, au contraire, que, plusieurs années après les conquêtes de Nominoë, il existait, entre Vannes et la Vilaine, des populations qui, sans

interprètes, se faisaient entendre des Francs, et qui, dans l’occasion, prenaient parti pour eux contre les Bretons.

C’était en 851 : les troupes de Charles le Chauve, comme on l’a vu plus haut, avaient envahi la Bretagne. Or, tandis que le vaillant Erispoë se préparait à mener à l’ennemi ses guerriers accourus de toutes parts, il arriva que deux tyerns, en quête l’un et l’autre de butin, vinrent prendre gite dans un village de la paroisse de Peillac. Avertis qu’il y avait des Bretons en ce lieu , les Francs s’y rendirent pendant la nuit , et en occupèrent toutes

,

les issues. Le matin venu, un habitant du village, s’avancant vers les soldats, leur dit : « Si vous cherchez les Bretons, sachez qu’ils sont là-bas, dans «ujieaire, cachés dans de la paille.» Les Francs se dirigèrent de ce côté, et, ayant découvert les deux seigneurs, ils les tuèrent à coups d’épées, je- tèrent leurs cadavres dans le chemin , et mirent en un lieu apparent leurs têtes séparées du tronc.

On peut juger, d’après ce récit, si conforme aux faits rapportés plus haut, du crédit qu’il faut accorder à certain écrivains, dont l’érudition peut être très-variée, mais qui, ne voulant voir que des Gallo-Romains et ensuite des Gallo-Francs dans la péninsule armoricaine, se sont imposé la singulière mission de prouver, maigre les témoignages formels des Sidoine Apollinaire, des Grégoire de Tours, des Fortunat et de tant d’autres, qu’il n’y a jamais eu de Bretons en Bretagne.

IV. L’abbaye de Redon depuis l’avènement d’Érispoë (851), jusqu’à la mort d’Alain le Grand (907). — Invasions normandes et destruction de la Bretagne.

ependant la péninsule armoricaine, si souvent ravagée par les hommes du nord, allait devenir leur proie. En 843, soixante-sept vaisseaux normands, partis des rivages de la Neustrie, se montrent tout à coup devant le bourg de Batz. De là, remontant la Loire, ils arrivent sous les murs de Nantes, où les habitants des contrées voisines et même de plusieurs villes situées au loin étaient venus, en très grand nombre, chercher un refuge contre les barbares^. C’était le jour de Saint-Jean-Baptiste; l’évèque Gunhard était à l’autel, célébrant les saints mystères, lorsque les pirates, brisant à coups de hache les portes de la cathédrale, s’y précipitèrent comme des bêtes fauves’. Leur aveugle fureur n’épargna personne; mais, vers la fin du jour, fatigués de carnage, ils transportèrent sur leurs vaisseaux les trésors entassés dans l’église*, et s’éloignèrent à toutes voiles.

Moins de dix ans après, une autre troupe, qui venait de ravager les bords de la Seine jusqu’à Rouen, remontait la Loire sous la conduite d’un chef nommé Godefroid, et Nantes, cette fois encore, tombait aux mains des pirates. Ceux-ci, après le sac de la ville, s’étaient réfugiés, avec un énorme butin, dans une île de la Loire, lorsque d’autres Normands, commandés par Sidric , vinrent les assaillir avec un renfort de Bretons dont ils avaient réclamé l’assistance. Les assiégés, comprenant tout le péril de leur situa- tion, prirent un parti qui les sauva : ils livrèrent à la bande de Sidric la moitié de leur butin, et, au point du jour, les deux flottes, au grand étonnement des Bretons, mirent à la voile. Celle de Sidric prit le large et retourna dans la Seine; mais les navires de Godefroid, cinglant vers l’embouchure de la Vilaine, remontèrent le fleuve, et vinrent jeter l’ancre en face de l’abbaye de Redon. Déjà les pirates se disposaient à enfoncer les portes du monastère, lorsqu’un violent orage éclata tout à coup. Les Nor- mands, se croyant poursuivis par la colère divine, envoyèrent à l’abbave de riches présents, et firent allumer devant les autels une grande quantité de cierges. Le lendemain, ils décampèrent, après avoir placé des gardes autour du saint édifice pour le garantir contre toute insulte. En revanche,

ils portèrent le fer et la flamme dans les autres parties du pays de Broerech. Le comte l^ascweten, à la suite de plusieurs combats malheureux, tomba entre leurs mains, et ils ne consentirent à le relâcher, grâce à l’intervention des moines de Redon, qu’après avoir reçu de ces religieux un cahce d’or avec sa patène de même métal . Courantgen, évêque de Vannes, avait subi le même sort; mais sa captivité se prolongea plus longtemps. La présence d’Erispoë, de Pascweten et de Salomon, à Vannes, précisément h la même époque, semble indiquer que cette ville avait été sérieusement menacée par les Normands. Ceux-ci, néanmoins, ne tardèrent pas à quitter le pays, qui, pendant quelques années, fut délivré de leurs incursions. Mais ils reparurent en 868. Abandonnant le comté nantais, où ils s’étaient, pour ainsi dire, établis à poste fixe, ils entrèrent dans la Vilaine et ruinèrent, cette

fois, le monastère de Redon. Salomon, campé à Avessac [in procinctu belli, dit notre Cartulaire), maintint, pendant plusieurs mois, les Normands en respect. Mais , l’année suivante , il lui fallut acheter, au prix de cinq cents vaches, une paix dont l’un de ses lieutenants, l’héroïque Gunvand, ne voulut pas subir la honte.

Après la destruction de Saint-Sauveur, Conwoion vint solliciter de Salomon un lieu de refuge pour ses religieux. Le prince qu’obsédait sans cesse ,

l’image d’Erispoë frappé, par son ordre, au pied des saints autels, accueillit avec empressement les moines fugitifs. Espérant, k force de charité, se faire pardonner son forfait, il donna à l’abbé de Redon le palais de Plélan, et voulut que, non loin de là, s’élevât un grand monastère [monasteriam non ignobile), qui porterait le nom de monastère de Salomon.

En 869, après la mort de saint Conwoion, Rilcant, son successeur étant venu solliciter du prince la confirmation de tous les dons et privilèges dont il avait comblé la nouvelle abbaye, Salomon s’empressa d’ac- céder à ce vœu. Dans la charte dressée à cette occasion , le roi énumère avec complaisance les présents qu’il a faits au monastère, où l’abbé Conwoion et la reine Guenwreth avaient été naguère enterrés’. Ce sont d’abord les reliques de saint Maxent, «dont la perte a été un deuil pour l’Aquitaine (I etquiserontunegloirepourlaBretagne; »puis, un calice d’or d’un travail merveilleux, pesant dix livres et orné de trois cent treize pierres précieuses, avec une patène, de même poids, où cent quarante-cinq pierres fines sont incrustées; un évangéliaire recouvert d’or artistenient ciselé, et orné de cent vingt pierres précieuses; une petite châsse en ivoire indien, remplie de reliques, et sortant des mains d’an ouvrier consommé; une grande croix d’or, d’un travail exquis et sur laquelle sont enchâssées trois cent soixante et dix pierres fines; une chasuble de drap d’or, présent de Charles le Chauve au roi de Bretagne, son compère^; enfin, outre bien d’autres présents, trois cloches d’une grosseur extraordinaire [mirœ macjnitudinis). Cette curieuse énuméra- tion n’est pas un hors-d’œuvre ici : elle atteste que la Bretagne, vers la fin du IX siècle et avant de devenir la proie des Normands, n’était pas, tant s’en faut, un pays misérable et barbare.

Cependant, ni les fondations d’abbayes ni les aumônes aux pauvres et aux églises ne pouvant calmer ses remords, Salomon avait fait vœu d’aller chercher à Rome , qui était alors le refuge des grands pécheurs repentants , l’absolution de son forfait. Ce projet fut soumis aux états du pays; mais le roi, n’ayant pu obtenir leur assentiment, parce que les Normands ravageaient, en ce moment-là, le littoral breton, voulut acquitter son vœu d’une autre façon. Il envoya au pape une statue d’or de même taille que lui, une couronne enrichie de pierreries, qui valait neuf cents sous, sans compter

beaucoup d’autres présents tels que chasubles , étoffes de laine de diverses couleurs, peaux de cerfs, etc. En retour, Salomon sollicitait de la bienveillance du souverain pontife quelque relique de saint pour son monastère de Plélan. Cette requête fut favorablement accueillie. Le pape Adrien envoya au monarque le bras de saint Léon, qui avait eu les yeux crevés et la langue coupée par les Romains.

Tandis que ces choses se passaient en Bretagne, le chef des Normands de la Loire, Hastings, était allé recruter dans le nord de nouvelles bandes. A son retour, le pirate, qui, selon la Chronique de Saint Florent, professait une sorte de christianisme, résolut de se créer un établissement fixe dans le royaume des Francs. La ville d’Angers, admirable position militaire qui, dominant le cours de la Mayenne, offrait aux Normands l’avantage d’une station centrale, fut choisie par Hastings comme le poste le plus important pour lui. En 878, les pirates remontent donc la Loire, et, entrant dans la Mayenne, ils viennent planter leurs échelles sous les murs d’Angers. La ville fut emportée sans coup férir, caria plupart des habitants, saisis de terreur, avaient pris la fuite. Maîtres d’une position d’où ils pou-

vaient braver toutes les attaques, les Normands y font venir leurs femmes et leurs enfants. Les fossés de la ville sont élargis, les murailles réparées; puis, quand leur repaire est devenu inexpugnable, les pirates recommen- cent leurs dévastations dans les contrées voisines du fleuve.

Charles le Chauve, en apprenant, selon l’énergique expression des chroniques, que cette peste avait pénétré dans les entrailles du payas, envoya des messagers convoquer, par tout son royaume, les hommes en état de porter

les armes. A l’appel du monarque , Salomon accourut. On sait que ce prince , à l’exemple de César en Espagne, fit creuser par ses soldats un large fossé au-dessous du niveau de la Mayenne, et que les eaux de la rivière, se pré- cipitant dans ce canal, laissèrent à sec la flotte normande. L’occasion était belle pour délivrer ses sujets du fléau qui les désolait; mais Charles le Cliauve, dominé par une honteuse cupidité ‘, consentit à traiter avec les assiégés, et ceux-ci, sans être inquiétés, purent se retirer dans une île de la Loire.

Salomon revint dans ses états couvert de gloire. Mais cette gloire ne dé- sarma point ses ennemis : meurtrier d’Erispoë, il périt de la même mort que lui. A celte nouvelle, Charles le Chauve publia un capitulaire dans lequel il revendiquait la possession du royaume de Bretagne, auquel, di- sait-il, la nécessité des temps l’avait obligé de renoncer^. Cette revendication, toutefois, n’aboutit à rien : les états du grand Nominoë restèrent entre les mains de Gurwand comte de Rennes, de Pascweten comte de Vannes,

et de plusieurs autres petits princes respectivement indépendants, tels que les comtes de Cornouaille , de Léon, de Poher, etc. Malheureusement l’ambition qui avait animé contre Salomon les comtes de Rennes et de Vannes les poussa bientôt à se combattre l’un l’autre. La guerre civile désola la Bretagne. Battu par un rival dont la seule présence vaut une armée, Pascweten appelle les Normands. Gurvvand, avec une poignée d’hommes, est partout vainqueur; mais il meurt au milieu de son triomphe. Pascweten lui survit, pour périr assassiné par les Normands : juste punition d’une alliance impie avec les oppresseurs de son pays.

Plusieurs actes du Carlulaire de Redon mettent en scène les deux princes. Un jour, en 875, le comte de Rennes était venu prier Dieu dans l’église du monastère de Plélan , où avait été enseveli le corps da roi Salomon , sa victime. Poursuivi sans doute par le souvenir de son crime, le héros concéda aux serviteurs de Saint-Sauveur et de Saint-Maxent une partie de la paroisse de Pléchatel, dont l’autre moitié avait été donnée à la même abbaye par Salomon, pendant l’année et à l’époque où. Gurwand et Pascweten poursuivaient

ce prince et le mettaient à mort . Ainsi le même repentir amenait le mem-lrier de Salomon à compléter une ancienne donation du meurtrier d’Érispoë.

Les largesses de Pascweten envers l’abbaye de Redon furent nombreuses et importantes. En 876, après la mort de sa femme Prostlon, le comte, étant venu prier au tombeau de cette princesse, dans l’église de Saint- Sauveur, déposa sur l’autel une croix d’or et des vêlements ecclésiastiques d’un grand prix; le même jour, il livrait aux moines, en toute propriété,

les deux domaines de Ranhocar et de Rancaranton, situés l’un et l’autre dans la presqu’île de Guérande, où les Bretons, je l’ai dit plus haut, semblent avoir pris pied dès la fin du V siècle.

La haine qui avait animé Pascweten et Gurwand se transmit, non moins ardente, à leurs héritiers. La guerre civile, suite naturelle de leurs intérêts opposés, s’étant rallumée, plus implacable que jamais, les Normands réus- sirent à s’emparer de tout le territoire qui s’étend de la Loire jusqu’au Blavet. Resté seul, en face de l’ennemi, sur le champ de bataille où Judicaël, le petit-fils d’Erispoë, avait été conmie enseveli dans un glorieux triomphe 5, Alain , comte de Vannes , livTa aux Normands un furieux combat sur les bords de la Vilaine. La victoire fut complète, et quatre cents pirates à peine, sur quinze mille, réussirent à regagner leur flotte-. Cet éclatant fait d’armes valut à Alain le surnom de Grand » et le fit accepter pour roi par la Bretagne entière. L’indomptable énergie de ce grand homme, quand

tout cédait autour de lui , força les Normands, chassés de la Loire et de la Vilaine, à regagner enfin les bords de la Seine^. Durant les joui’s de paix que tant d’héroïsme avait assurés à son pays, Ahiin le Grand, ce père de la patrie, comme le nomme un moine contemporain’, avait coutume d’habiter le château de Rieux ou une autre maison forte [castram Sei] située dans la paroisse de Plessé. Or, un jour que le prince était à Rieux, se reposant des fatigues de la guerre-, on vint lui annoncer tout à coup que son fils Guéroc touchait à ses derniers moments. Alain, qui avait éprouvé ^ combien étaient efficaces les prières des moines de Redon , recourut à leur intercession pour sauver l’enfant; et, tandis que fabbé Fulchric et ses religieux invoquaient Dieu, prosternés devant l’autel, le duc, plein de foi en la miséri- corde divine, faisait don à Saint-Sauveur des deux paroisses de Marzac et de Macérac.

Le comté de Nantes, en raison du voisinage de la Loire, était alors l’une des contrées où les Normands avaient accumulé le plus de ruines. Pas une église, pas un monastère n’y étaient restés debout. Alain le Grand, grâce au concours de l’évêque d’Angers, dont il sut honorer le zèle », entreprit de rendre au diocèse nantais une partie de sa splendeur. Non-seulement il lui restitua toutes ses anciennes possessions et lui accorda la jouissance de tous ses droits antérieurs, mais il lui donna, en outre, deux abbayes dont l’une s’élevait aux portes mêmes de Nantes et dont l’autre, nommée Canabiac, était située dans le Cotentin.

La mort d’Alain le Grand, qui arriva en 907, fui pour la Bretagne le signal d’effroyables désastres. A cette nouvelle, les Normands, dont les incursions avaient cessé depuis 891, accoururent, et leur fureur, dit la

Chronique de Nantes, recommença à bouillonnera De tontes les invasions celle-là fut la plus terrible: devant elle, ajoute le viei] historien, la Bretagne trembla d’épouvante^ Et cependant, pas un prince, pas un chef de guerre ne se leva pour combattre. Les rois de France, énervés et sans courage, ne savaient plus se défendre^. Quant aux fils d’Alain Re-bras héritiers dégénérés d’un grand homme, ils avaient déserté le champ de bataille *. Villes, églises, monastères, tout fut livré aux flammes. Alors se renouve- lèrent, sur les rivages de la péninsule, les scènes de désolation dont l’îie de Bretagne avait été le théâtre aux V et VI siècles. Les comtes, les mactierns, cherchèrent un refuge en France,en Bourgogne,en Aquitaine’^. Matuédoi, comte de Poher et gendre d’Alain le Grand, s’enfuit, avec son fils et avec ses vassaux, chez Adelstan, roi des Angles ». De leur côté, les moines quit- tèrent le pays, emportant les reliques de leurs églises, qu’ils voulaient dé- rober aux profanations des Normands*. Le corps de saint Magloire fut transporté à Paris , celui de saint Corentin à Marmoutier, celui de saint Guénolé à Montreuil-sur-Mer, celui de saint Samson à Orléans, et enfin ceux de saint Méen et de saint Judicaël à Thouars, puis à Saint-Florent de Sau- mur. L’histoire de la translation jusqu’à Auxerre du corps de saint Maxent, que des religieux de Redon allaient rapporter aux Poitevins , lorsque les Nor- mands leur barrèrent le passage, cette histoire, longuement racontée dans notre Cartulaire, n’est pas l’un des épisodes les moins curieux de fOdyssée des moines fugitifs de ce temps-là .

Tandis que princes, nobles et prêtres se réfugiaient ainsi sur la terre étrangère, les populations rurales étaient livrées sans défense à toute la rage des Normands ». Pour peindre au vif les suites d’un tel abandon, l’une

de nos chartes emploie ces mots : Britannia destracta est. Et en effet, partout où avaient passé les Normands, pas une babitation n’était restée debout, pas une voix humaine ne se faisait entendre ‘. La péninsule, livrée en proie aux pirates par le comte Robert, frère du roi Eudes, devint un vaste désert comme au temps de Procope. Aussi, des antiques institutions apportées sur le continent par les Bretons insulaires, la trace se peut-elle à peine retrouver dans les chartes postérieures à la mort d’Alain le Grand. La langue bretonne, parlée, avant l’occupation normande, dans les sept dio cèses de Dol, de Saint-Malo , de Saint-Brieuc, de Tréguier, de Léon, de Cornouaille, de Vannes, et dans la presqu’île de Guérande, recula vers l’occident et ne fut plus en usage, comme l’indique la carte placée en tête de ce travail, qu’à l’ouest d’une ligne qui court de l’embouchure de la Vi- laine à la rivière de Châtelaudren , pour aller de là aboutir à la mer^, entre Etables et Saint-Quay.

V. L’abbaye de Redon depuis le retour d’Alain Barbe-Torte jusqu’à la prise de Redon par Jean IV. (Années 937-1364)

Cependant l’an 1000, objet de la terreur universelle, avait sonné. Les populations, rassurées sur l’existence du monde, et, en même temps, déli- vrées du fléau des invasions normandes, reprirent courage au travail. Bientôt les campagnes désertes se repeuplèrent. Les églises furent recons- truites, les murailles des villes et des châteaux relevées. En même temps que le duc et les seigneurs, les moines étaient rentrés dans leur patrie. Ce fut grâce à leur exemple et à leur charité que la classe rurale, abattue et ruinée, put se remettre à l’œuvre. Entourés de tout ce qu’il y avait d’hommes

pieux et énergiques dans le clergé, ils entreprirent, sans hésiter, une œuvre dont le succès semblait à peu près impossible’. Les forêts, qui avaient remplacé les cultures, furent défrichées; les maisons rebâties; les vignes, les arbres fruitiers, les vergers replantés’-. Les miracles accomplis par les moines des V et VI siècles étaient presque égalés.

Ce fut l’abbé Catwallon, frère du duc Geoffroi I, qui, après ces temps difficiles, reçut la mission de réparer les désastres accumulés depuis plus d’un siècle sur le monastère de Redon. Chargé par son prédécesseur, fabbé Maynard, de fadministration de Belle-Ile, où les Normands avaient exercé d’horribles ravages, Catwallon y avait déployé une intelligence et un dé- vouement admirables. Dans ses nouvelles fonctions, il lui fut donné, grâce à la renommée de ses vertus que rehaussait féclat d’une naissance illustre, de rendre à Saint-Sauveur une partie de son ancienne splendeur. Les Nor- mands, nous l’avons dit, n’avaient laissé debout à Redon que les murs de l’antique monastère. Catwallon eut donc à remplir, sur les bords de la Vilaine , à peu près la même tâche que Félix , moine de Fleuri , dans la pres- qu’île de Rhuys. Des terres concédées à saint Conwoion et à ses successeurs par la piété des princes et des seigneurs, la plupart étaient devenues stériles; le reste avait passé entre des mains laïques. L’abbé Maynard, le prédécesseur de Catwallon, avait dû s’occuper, avant tout, durant son administration de faire restituer à l’abbaye les biens usurpés par les seigneurs. D’un

autre côté, il avait fallu repeupler de colons des domaines à peu près aban- donnés depuis plus d’un demi-siècle. Cette double tâche accomplie, il était nécessaire de reconstruire le monastère qui menaçait ruine. Pour se pro- curer des ressources, tout fut mis en œuvre par Catwallon. A sa demande, la petite paroisse de Guernvidel lui avait été concédée par Junkeneus, archevêque de Dol ; il obtint ensuite du duc Alain III , son neveu , la resti- tution de la paroisse d’Arzon, qui, depuis la donation d’Alain le Grand, avait été enlevée à l’abbaye de Redon ‘.

Vers le même temps, l’île de Saint-Gutwal, dans la rivière d’Entell, devenait aussi la propriété de Saint-Sauveur. Ici nous demandons la permission de transcrire quelques lignes d’une des chartes les plus curieuses de notre Cartulaire. La scène se passe ,
cette presqu’île de Quiberon (Keberoen) dont les antiques forêts ont disparus

depuis longtemps, mais où, en 1087, le duc Alain III, avec ses principaux officiers, venait se livrer au plaisir de la chasse.

Dans l’intérêt des hommes du temps présent et des siècles futurs , il «nous paraît utile de raconter, par écrit, la visite de l’abbé Catwallon dans «l’île de Saint-Gutwal , où, depuis la destruction de la Bretagne par les Normands, habitait un homme honorable nommé Gurki. Or, sur l’ordre et « d’après la volonté da duc Alain, auquel on donnait aussi le titre de roi, (d’abbé Catwallon vint demander à Gurki, avec beaucoup de douceur et 11 d’humilité, si, dans l’intérêt du salut de son âme, il n’avait pas la pensée de faire don de son île aux moines de Saint-Sauveur.A ces mots,Gurki frémit d’indignation [exhorruit) car c’était un homme farouche Normand de race,

,

et qui portait toujours des vêtements de laine blanche’-. Toutefois, Dieu «aidant, et grâce aux exhortations du pieux Catwallon, Gurki finit par «octroyer de cœur ce qu’on lui demandait, c’est-à-dire la propriété perpé- «tuelle de l’île de Saint-Gutwnl, avec ses dépendances. Et cette concession M fut accordée avec d’autant plus de bonne grâce que l’abbé et les moines «avaient admis Gurki, comme un des leurs, dans la fraternité de leur église. « Néanmoins ce même Gurki désira conserver une partie de l’île de Saint- « Gutwal , qu’il fit séparer de l’autre partie par un retranchement et par «un fossé. Le terrain réservé devait revenir aux moines quand Gurki ne « serait plus •’. »

Après cette donation ariachée, non sans peine, au farouche descendant des destructeurs de la Bretagne, l’abbé Catwallon dut recourir à un expédient assez singulier pour se procurer l’argent nécessaire à la reconstruction de son monastère. Il donna à l’un des moines de son couvent la mission de faire le négoce des vins avec l’Anjou. Mais, comme le duc de Bretagne était alors en guerre avec Foulque-Nerra, comte d’Anjou, Catwallon flit obligé de solliciter, pour son mandataire, la protection de la comtesse Hildegarde

de laquelle il obtint sans peine la faveur de faire transporter des vins en Bretagne, sans payer aucune espèce de droits.

Avant de transmettre sa charge à un successeur, Catwailon put se réjouir de voir son œuvre à peu près accomplie. Pérénès et Almod ne furent des administrateurs ni moins zélés ni moins habiles. L’abbaye de Redon, pendant leur gouvernement, qui se prolongea pendant plus d’un quart de siècle, vit s’accroître considérablement son revenu par de nombreuses do- nations ‘. Un seul prélat, Quiriaque, évêque de Nantes, essaya de mettre obstacle à cette prospérité. Il avait cependant confirmé, dès 1062, toutes les donations faites au monastère de Redon dans son diocèse; mais, s’étant brouillé plus tard avec Almod, il crut devoir révoquer cet acte. Sur la plainte de l’abbé de Saint-Sauveur, faffaire fut portée en cour de Rome. Almod y sut si bien plaider sa cause, qu’une sentence de déposition frappa Quiriaque. L’abbé de Redon fut moins heureux, et cela devait être, dans le procès qu’il intenta aux moines de Marmoutier pour les chasser du prieuré de Béré, fondé à la porte de Chàteaubriant par un seigneur de ce nom.

Aainqueurs d’abord et mis en possession de Béré, les moines de Saint-Sau- veur durent, à leur tour, céder la place à leurs rivaux. Le procès dura qua- rante-sept ans et ne se termina, en 1110, au concile de Nantes, où le légat du Saint-Siège l’avait déféré, que grâce à la modération et au désintéressement des rehgieux de Marmoutier. L’abbé Guillaume, qui gouvernait ce mo- nastère, offrit en effet aux moines de Redon divers domaines en compensa- tion de Béré. L’éloquence de Robert d’Arbrissel, qui tonna, en plein concile

contre les querelles scandaleuses des serviteurs de Dieu les uns contre les autres, amena un accord auquel le légat et les divers prélats donnèrent toute leur approbation.

Cependant, en 1112, le duc Alain Forgent, sentant sa fin approcher, avait pris la résolution de terminer dans la solitude une vie dont il s’était déjA proposé d’expier les fautes en allant combattre les infidèles en Palestine. La retraite du prince à Saint-Sauveur de Redon donna naissance quelques

,

années plus tard , à de violents débats entre les moines de cette abbaye et ceux de Sainte-Croix de Quimperlé. En 1026, le duc Geoffroi I »‘ avait donné à Saint-Sauveur, où son frère Catwallon était moine, l’île de Guedel’^, enlevée récemment au jeune comte de Cornouaille, Alain Caignard. Or, ce prince, peu d’années plus tard, ayant fondé, au confluent de l’Isole et de l’Ellé, une abbaye en l’honneur de la sainte Croix, lui concéda le même domaine de Belle-Ile, dont il avnil obtenu la restitution du duc Alain III, en récompense d’un service important 3. Cette donation n’avait rencontré aucune opposition de la part des moines de Redon, puisque parmi les témoins signataires de l’acte figure l’abbé Catwallon, qui concourut avec joie, est-il dit dans la charte, i’i faire élire pour abbé de Sainte-Croix un moine de son couvent, le pieux Gurloès *. Cependant il paraît que la prise de possession de l’île par le comte de Cornouaille ne se put eflectuer pacifiquement, et que, dans le conflit, cent vingt des ser- viteurs de Saint-Sauveur furent tués ou blessés. Restés maîtres du terrain les religieux de Quimperlé gouvernaient paisiblement leur île depuis plus

d’un demi-siècle, lorsque, en 1117, Hervé, abbé de Redon, s’avisa tout à coup de revendiquer Guedel pour son abbaye. Le droit, on en a pu juger, était manifestement du côté de Sainte-Croix. Mais Hervé comptait sur la souveraine protection du jeune duc Conan III, qui, élevé pour ainsi dire à l’ombre du monastère où Alain Fergent habitait encore ‘, devait être porté d’entraînement à tout accorder aux compagnons de son père-. Conan, en effet, n’hésita pas à donner gain de cause aux moines de Redon, et à les faire remettre, de vive force, en possession de Relie-Ile^. Le prince alla plus loin : abusant de son autorité, il ne craignit pas de défendre aux moines de Quimperlé d’en appeler, contre lui, au jugement du Saint-Siège*. Mais le légat du pape, Gérard, évêque d’Angoulême, n’en défendit qu’avec plus d’énergie la cause de la justice. Le prélat fit signifier à l’abbé de Redon l’ordre de quitter Belle-Ile, dans le délai d’un mois, sous peine de dépo- sition pour lui et d’interdit pour son abbaye. Hervé n’ayant tenu compte de l’avertissement, la double sentence fut prononcée. En même temps, le duc recevait du légat une lettre dans laquelle il lui déclarait, avec ménagement

mais non sans fermeté, que le glaive de saint Pierre se lèverait sur lui s’il persistait à suivre de pernicieux conseils ^. Conan, ramené par les exhorta- tions de sa pieuse mère, la duchesse Ermengarde , se décida enfin à ne plus soutenir, seul contre tous, une cause détestable. Il rompit avec Hervé, et, s’étant rendu à Redon, il y déclara , dans une assemblée où se trouvaient sa mère, sa sœur Havoise, les évéques de Quimper, de Rennes, de Nantes et de Vannes, qu’il tenait pour non fondées les prétentions de l’abbé de Redon , et qu’il restituait Belle-Ile à ses légitimes possesseurs^. Cette noble conduite ne fut pas imitée par Hervé. Forcé d’abandonner Belle-Ile, il refusa de res- tituer les revenus qu’il y avait perçus depuis fexpnlsion des moines de Quimperlé. Le concile de Reims, devant lequel ce nouveau procès fut porté

donna gain de cause à Quimperlé; mais Hervé, ne tenant aucun compte ni de cette décision ni des menaces du Saint-Siège, aima mieux, disent, il est vrai, ses adversaires, être privé de l’exercice de sa charge et de l’usage des sacrements que d’accepter une sentence dont lui seul contestait l’équité.

Lorsque, au sein des ordres monastiques, de telles luttes éclataient, on peut juger à quelles violences devait être exposée l’Eglise , de la part d’hommes de guerre grossiers et avides. Chaque fois qu’un événement de quelque gravité venait agiter la société, c’était à qui en profiterait pour mettre la main sur les biens des moines. Les mactierns, c’est-à-dire les chefs héréditaires des paroisses, ne savaient pas toujours eux-mêmes résister à la ten- tation. Nous voyons, par exemple, dans le Cartulaire de Redon, un tyern nommé Ratfred profiter de l’espèce d’interrègne qui suivit le meurtre d’Erispoë pour s’emparer audacieusement des propriétés de l’abbaye dans la paroisse de Bain ‘. Cet esprit de rapine s’accrut naturellement à la suite des invasions normandes, lorsque les églises devinrent elles-mêmes la proie des seigneurs laïques. Plus tard, même dans ce XII siècle, qui passe avec raison pour le plus religieux du moyen âge, nous retrouvons, à quelques nuances près, et le même amour du pillage et la même absence de respect pour les lieux les plus vénérés. Parmi les seigneurs dont l’abbaye de Redon eut à déplorer tout particulièrement les violences, durant cet âge d’or de la foi catholique, il faut citer, en première ligne, Olivier de Pontchàteau et Savari, seigneur de Donges. Le premier, homme d’un naturel féroce, sanguinaire^, s’était fait le chef d’une troupe de bandits, qui comptait dans ses rangs plusieurs barons du voisinage. C’était le pays de Redon qu’ils avaient choisi comme le principal théâtre de leurs brigandages.

Indigné des atrocités qu’on lui dénonçait , Conan III n’hésila pas à mar- cher contre Pontchàteau, qui s’était barricadé, avec sa bande, dans l’église même de Saint-Sauveur. Cet édifice, souillé par d’horribles profanations, fut assiégé comme une place forte et enlevé d’assaut par l’armée du duc. Celui-ci se crut obligé de déployer contre les principaux coupables une grande sévérité : Pontchàteau fut enfermé à la tour de Nantes’; Savari paya ses méfaits par la perte de son château ruiné de fond en comble.

Une lettre adressée au pape par le duc Conan III, peu de temps après les événements dont on vient de lire le récit, atteste que de graves désordres s’étaient introduits dans cette partie de la Bretagne, et que le prince se sentait impuissant à les réprimer : » Les méfaits des habitants de cette con- (itrée, écrivait-il au souverain pontife, se sont tellement accumulés, qu’il (ne m’est plus possible d’exercer, comme il conviendrait, ma mission de «gardien des églises; à vous donc, Très-saint Père, de faire justice des «malfaiteurs’ !» Le légat du Saint-Siège, Gérard, évêque d’Angoulème, fut chargé d’assembler un concile en Bretagne pour mettre un terme à un tel débordement d’iniquités, et, le 23 octobre 1127, Hiidebert, archevêque de Tours, consacra de nouveau l’église de Saint-Sauveur, avec l’assistance de Guy, évêque du Mans; de Hamelin, évoque de Rennes; de Donoual, évêque d’Alet; de Galo, évêque de Léon, et de Robert, évêque de Cor- nouaille. Les plus illustres personnages du pays, prêtres et laïques, avaient voulu prendre part à cette grande solennité : c’étaient le duc de Bretagne et sa mère; les abbés de Saint-Mclaine, de la Chaume, de Saint-Gildas-des- Bois; GeoU’roi et Alain, vicomtes de Porhouet; Even, seigneur d’Elven; Jarnogon, fils de Riou; Payen, seigneur de Malestroit; Guethenoc de Rieux; Savari de Donges; Garsire de Retz; Geoffroi de Chàteaubriant; Séné- brun de Bain; Haimon de la Guerche; Raoul de Montfort, et enfin Olivier de Pontchàtcau lui-même, qui, mis en liberté sur la prière de l’abbé de Redon, la veille seulement de la réconciliation de l’Eglise, y vint déclarer qu’il donnait à Saint-Sauveur la seigneurie de Ballac avec toutes ses dépendances ^.

L’abbé Hervé, après tant d’épreuves, pouvait espérer qu’il finirait en paix sa carrière. Mais non; cinq années s’étaient à peine écoulées depuis la grande cérémonie dont nous venons de parler, et déjà Pontchàteau , en- traîné par d’anciens compagnons de débauches, avait recommencé sa vie criminelle. A la tète d’une troupe de bandits , il exerça d’horribles ravages sur les terres de l’abbaye, dans la paroisse de Mouais, et dissipa en d’ignobles plaisirs les cinq cents sous qu’il avait retirés de son butin ‘. Long- temps insensible à toutes les plaintes comme à toutes les menaces , Olivier de Pontchâleau recula cependant devant les foudres de l’Eglise. L’excom- munication lancëe contre lui par Brice, cvêque de Nantes, le terrassa. Il confessa ses fautes, et, pour les réparer, il donna aux moines qu’il avait tant de fois pillés la terre de Brengoen^, ou de la vallée boisée’, dans la paroisse de Pirric.

Nos lecteurs, en parcourant les chartes assez nombreuses où il est parlé des violences exercées par certains seigneurs contre les moines, remarque- ront sans doute un fait caractéristique : c’est le profond sentiment de foi qui se retrouvait toujours au fond du cœur de ces hommes de sang et de rapine. Si rudes, si orgueilleux, si indomptables qu’ils fussent, presque tous craignaient le jugement de Dieu*, et ne voulaient pas mourir dans l’impé- nitence finale. La moindre circonstance suffisait pour les amener à rési- piscence. A l’appui de cette assertion, j’ai cité, dans un autre ouvrage^, la lutte de Tlionias de Saint-Jean contre les moines du Mont Saint-Michel. Thomas, qui se faisait construire une forteresse, avait mis au pillage non- seulement les forêts de Nérum, de Crapalt, de Bivie, qui appartenaient à l’abbaye du Mont Saint-Michel, mais encore les fiefs de plusieurs vas- saux du monastère. Les moines, avertis de ces dévastations, composèrent aussitôt une prière, ou plutôt une litanie, qui se chantait à fautel de l’ar- change saint Michel, et dans laquelle ils invoquaient Dieu pour faire cesser les méfaits du chevalier. A cette nouvelle, Thomas de Saint- Jean, plein de colère et en même temps d’effroi^, courut à l’abbaye, suivi de ses frères et de ses nombreux vassaux. Il demanda aux moines pourquoi ils élevaient ainsi la voix contre lui et contre ses frères. Les religieux, étran- gers à toute crainte », lui répondirent , Parce que, contre toute justice, tu

as envahi les terres de l’Église et dévasté ses forêts. » Ces paroles suffirent pour désarmer le coupable : il se jeta aux pieds des moines et implora leur pardon, déclarant «qu’il ne voulait pas affaiblir la puissance de cette sainte «Eglise qui avait été sa mère et sa nourrice ^ »

Quelque chose de semblable se passait presque toujours entre les abbés de Redon et les seigneurs dont ils avaient eu à subir les violences -. La plupart du temps, les coupables, accompagnés de leurs parents et de leurs amis, venaient, au pied de l’autel, confesser leurs fautes avec une franchise et une humilité vraiment touchantes. Voici, par exemple, comment s’exprimait, en 1144 , un chevalier blessé à mort tandis qu’il mettait le feu à des moissons, dans la paroisse de Plélan : « Moi, misérable, indigne de vivre sur (lia terre et d’être reçu dans le ciel; moi qui, depuis l’adolescence, n’ai «cessé de provoquer, par mes crimes, la colère de mon Créateur et de limon Rédempteur moi qui ai fait souffrir des maux sans nombre aux « Vassaux de cette abbaye de Saint-Sauveur, je m’abandonne, je me livre. Il je me conlie au Seigneur, pour être jugé non par sa justice, mais par sa Il miséricorde^.

Longtemps cet esprit de foi avait été, de la part de nos ducs bretons, une sauvegarde pour les églises du pays; mais il n’en fut plus ainsi lorsque, après le meurtre du jeune Arthur par Jean-sans-Terre, Alix, l’héritière du duché, eut épousé Pierre de Dreux, surnommé Maucierc. Sous ce prince despote et rusé, la noblesse et le clergé, qu’il avait eu fhabileté de diviser, furent en butte à toutes sortes de violences et d’exactions. En vain le Saint- Siège lança-til ses foudres: Mauclerc n’en eut souci, et il persista dans ses méfaits jusqu’au jour où, forcé de céder la couronne à son fils majeur, il quitta la Bretagne pour aller combattre les infidèles dans la Terre-Sainte.

Jean I », dit le Roux , sut mieux résister que Maucierc à la violence de son caractère; mais, chez lui, la volonté n’était pas moins absolue, ni l’avidité moins insatiable. Ses officiers, qu’il n’hésitait pas à désavouer dans l’occasion , sans cesser cependant d’exciter leur convoitise , mirent la main sur les revenus de l’abbaye de Redon , et finirent par tout enlever, jusqu’aux ornements de l’église. «Il y en a qui prétendent, dit la chronique manuscrite qu’ils fouillèrent dans la terre avec tant d’adresse qu’ils trouvèrent ,,

« les trésors que les religieux y avoient cachés, laissant ce pauvre lieu en une «désolation extrême, l’ayant entièrement détruit, en ayant chassé l’abbé et «contraint les moines à prendre la fuite et abandonner le monastère qui « demeura à la discrétion de ces pillards un assez long temps pendant lequel

,

«plusieurs barons et seigneurs du pays s’emparèrent des plus belles terres « et possessions du couvent, qu’ils annexèrent à leurs revenus ‘. » Celte persécution dura jusqu’à l’an 1286, et lorsque, à cette époque, l’abbé Daniel et ses religieux purent rentrer dans leur monastère, grâce à l’intervention du pape Alexandre IV, ils n’y trouvèrent que des ruines. Redon était redevenu, comme au ix° siècle, une sorte de désert peuplé de bêtes fauves ‘\ Mais la piété des fidèles vint en aide, avec une ardeur admirable’, à la détresse des moines. Parmi les bienfaiteurs de l’abbaye, la chronique cite, en pre- mière hgne, une comtesse Agnès, dont la charité se montra inépuisable. Mais quelle était cette comtesse Agnèsi’ «Je regrette fort, dit l’auteur de «la notice, que, dans les chartriers du monastère, il ne soit fait mention «que du nom de cette dame, sans lui donner autre qualité que celle de «comtesse, ni dire d’où elle estoit*. »

Relevée de ses ruines dans la dernière moitié du xnf siècle, l’abbaye de Saint-Sauveur n’avait pas tardé à recouvrer une partie de son antique splen- deur. Malheureusement, de nouvelles révolutions vinrent mettre un terme à cette prospérité. En 1341 , Jean III, duc de Bretagne, étant mort sans hé- ritier direct, son frère, Jean de Montfort, s’était adjugé la couronne. Mais un compétiteur n’avait pas tardé à descendre dans l’arène : c’était Charles de Blois, qui revendiquait le duché du chef de sa femme, Jeanne de Pen- thièvre, et dont les droits avaient été reconnus, à Conflans, dans une as- semblée convoquée par ordre du roi de France.

La Bretagne devenait ainsi le champ de bataille où, pendant près d’un quart de siècle, allaient se débattre les intérêts opposés de la France et de l’Angleterre. Par malheur, dans ce duel acharné, l’abbaye de Redon prit parti pour celui des deux champions dont la fortune devait trahir la cause. Saint-Sauveur était alors gouverné par Jean de Tréal , homme remarquable et dont la famille était alliée au\ Rieux, aux Malestroit , aux Cliâteaubriant. Persuadé que le droit n’était pas du côté de Montfort, l’abbé de Redon n’avait point hésité à se prononcer en faveur de Charles de Blois. Ce fut là, pour sa communauté , la cause de calamités sans nombre : « Ceux de Redon

11 dit l’un des chroniqueurs de l’abbaye , furent les premiers qui se ressen- « tirent de ces temps malheureux; car, s’estant déclarés pour Charles, le droit duquel sembloit le plus apparent, les soldats s’approchèrent de Redon, s’en rendirent les maistres, entrèrent de force en l’église, pillèrent « tout ce qu’ils peurent y rencontrer, emportèrent l’argenterie de la sacristie net commirent mille autres sacrilèges, profanant de rechef ce lieu sacré, «prétendant le fortifier comme une place desjà acquise au comte leur mais- (1 tre ; de plus, ils s’emparèrent des terres et possessions de l’abbaye, chas- « sèrent les fermiers des métairies, ravirent tout ce qu’ils y rencontrèrent, «abbatirent les boys de haulte futaye, et commirent toutes les insolences 1′ qu’onsepeutimaginer.Ilsretournèrentparaprèsenl’abbaye,enlevèrent Il les meubles du monastère, chassèrent les religieux, desquels ils en mal- « traitèrent quelques-uns, se saisirent de la personne de l’abbé, qu’ils constituèrent prisonnier avec quelques siens religieux , comme rebelles à Testât, «après avoir commis mille excès sur leurs personnes, et ne les voulurent «rendre sans une grosse rançon qu’ils imposèrent sur le dit abbé, lequel, « estant fort connu à cause de sa famille, fut élargi sous la caution de plusieurs seigneurs qui le piégèrent o ses religieux ^. »

De retour à son monastère « qu’il trouva presque réduict au mesme estât Il que du temps de l’abbé Daniel , » Jean de Tréal établit un impôt de douze deniers par livre sur les marchandises apportées à Redon, impôt dont le pro- duit fut appliqué « à clore la ville de bonnes et fortes murailles, el à fenlourer «de bons fossez pour oster le moïen aux ennemis de la surprendre-.»

Ces bonnes et fortes murailles empêchèrent en effet Redon d’être surpris et pillé, une seconde fois, p;ir les routiers anylais qui servaient sous la banniere de Montfort. Mais elles n’arrêtèrent pas la marche triomphale du prince. Après la bataille d’Auray, en 1364 , Montfort s’étant présenté devant Iledon à la tête de son armée, Jean de Tréal sortit de la ville, « accompagné de «quelques religieux et de quelques habitants principaux; puis, ayant fait «fermer les portes derrière lui, il alla au-devant du duc, et prononça «une harangue si remplie d’éloquence qu’il gaigna les bonnes grâces du «prince, lequel promit audit abbé, aux religieux et habitants de Redon, de «leur maintenir, garder et accomplir les libertés, noblesses , franchises , droits net diverses coutumes, tant de leur église et monastère que des habitans et « demeurans en la dicte ville, faubourgs et territoires. . . ‘; après quoy, les portes de la ville estant ouvertes, le duc fist son entrée solennelle à Redon, H et fut reçu par l’abbé, les religieux et les habitans, avec tout le contento- « ment possible et tesmoignage d’une réjouissance publique^. »

Depuis ce jour, Jean de Tréal jouit de toute la faveur du duc, qui l’appela dans son conseil d’état, et ne cessa de se montrer le fidèle gardien des privilèges de Saint-Sauveur.

VI. La ville de Redon, ses institutions municipales, son industrie, son commerce.

Les mots franchises , libertés, noblesses, ont été prononcés tout à l’heure; c’est donc ici le lieu de dire quelques mots de la manière dont la bourgeoisie et les classes ouvrières étaient organisées à Redon, sons le gouver- nement des ducs de Bretagne et des rois de France.

Je crois avoir établi ailleurs, quoique d’une façon par trop sommaire , les points assez importants que voici ;

I. L’histoire de Bretagne n’offre point d’exemples de communes révoltées, venant imposer des lois à une aristocratie tyrannique.

IL Le mot commune n’est écrit dans aucune charte de Bretagne; le régime municipal n’y a été fondé qu’au commencement du XV siècle.

III. Avant l’établissement de ces municipalités, dont l’organisation était bien plutôt ecclésiastique que civile*, les intérêts soit des bourgeois, soit des paysans, étaient gérés par des fabriqueurs nommés par le général de la paroisse ^.

Toutes les recherches auxquelles je me suis livré, dans ces derniers temps, sur les communautés de villes, et sur celle de Redon en particu- lier, sont venues confirmer mes assertions d’il y a vingt ans. Nulle trace, en effet, de municipalité romaine ni de commune jurée en Bretagne, pendant le moyen âge. Mais plusieurs documents attestent que, pour n’avoir point conquis de libertés communales, les armes à la main, nos bourgeois n’en jouissaient pas moins de certaines franchises. Ces franchises étaient certainement très modestes; mais elles suffisaient aux populations dans un temps où l’Eglise exerçait un si puissant empire, même dans la vie civile »

et où la plupart des villes, du moins en Bretagne, n’étaient, en réalité, que de petites forteresses, des places de refuge, dans lesquelles l’autorité militaire devait naturellement prévaloir. Divers actes publiés par les Béné- dictins, ou qui se trouvent parmi les documents manuscrits des Blancs- Manteaux, prouvent que, sous celte espèce de régime de guerre, les bour geois n’étaient pas gouvernés d’une façon despotique. On avait coutume de les consulter dans les circonstances importantes, soit qu’il s’agît de fonder quelque communauté religieuse, d’établir un nouvel impôt ou de traiter avec l’ennemi de la reddition de la ville. M. de la Borderie a cité, dans les bulletins arcbéologiques de l’Association bretonne, un document inédit de i36o, où l’on voit les bourgeois de Vitré venir, en grand nombre, à la suite de leur seigneur et des gentilsbommes de la baronnie, donner leur consentement à l’établissement de religieux augustins dans l’un des faubourgs de la ville. Le consentement des bourgeois de Redon fut aussi jugé nécessaire par Jean de Tréal, abbé de Saint-Sauveur, lorsque, avant la bataille d’Au- ray, il crut devoir entourer Redon de murailles et de fossés’. Quant aux traités qui faisaient passer une cité des mains d’un souverain dans celles d’un autre, les bourgeois étaient toujours appelés à y intervenir: c’est ce qui eut lieu à Quimper, en 1342; à Saint-Malo, en 1384 , 1395, 1415; à Rennes, en 1379; à Guérande, en 1381,etc^.

Dans les affaires qui intéressaient la généralité des habitants d’une ville, les bourgeois se faisaient représenter en justice par un procureur spécial ayant mission de défendre les droits de la communauté. C’est ainsi que,

dans la seconde moitié du XI siècle, un procès fut soutenu devant la cour du duc, au nom des habitants de Redon, qui refusaient de payer certaines redevances réclamées par les moines, c’est ainsi qu’en 1289 un procureur des bourgeois de celte ville , nommément désigné , intervenait dans une transaction passée en justice entre le sire de Rieux, d’une part, et l’abbé et les habitants de Redon, d’autre part, au sujet de la réparation d’une écluse dite la porte redonaise, «laquelle estoit assise sur la Vilaine, au pont de Rieux. »

Cette intervention des bourgeois, soit par eux-mêmes, soit par leurs dé- légués, lorsqu’il s’agissait des grands intérêts de la cité, atteste bien, comme il a été dit plus haut, que les seigneurs des villes, laïques ou ecclésiastiques, n’y exerçaient pas une autorité arbitraire. Mais il faut reconnaître que les prérogatives dont nous venons de parler étaient purement faculta- tives, et qu’elles ne sauraient être assimilées aux droits dont jouissaient les cités municipales.

Durant le xv’ siècle, l’enceinte des villes ayant commencé à s’agrandir, par suite du développement de l’industrie et du commerce , la nécessité d’un conseil régulier et permanent se fit sentir, et un certain nombre de municipalités furent créées en Bretagne’. Mais, chose remarquable, dans cette nouvelle organisation il est facile de reconnaître des traces nombreuses de l’ancienne administration paroissiale. A Saint-Brieuc, par exemple, rassemblée des bourgeois conserva longtemps le nom de général, qui désignait anciennement la réunion des paroissiens, et c’était la communauté

de ville qui nomiiiail les trésoriers de la fabrique . On a cité un fait qui prouve bien aussi que la nouvelle municipalité bretonne ne fit pas scission avec l’ancienne organisation paroissiale : dans beaucoup de villes de Bre- tagne, au xv° et au xvi° siècle, le lieu de réunion du conseil des bourgeois était l’église ou (quelque chapelle qui en dépendait-.

Il m’a été facile de me convaincre, en feuilletant quelques actes de la communauté de Redon, que là aussi le régime municipal ne fut que le simple développement de la vieille organisation paroissiale. Toutefois il est à noter que, dans cette ville d’origine toute monacale, et qui devait tant à la crosse, félément civil, comme on parle de nos jours, tendit, dès le règne de Louis XIV, à se séparer de l’élément ecclésiastique ou paroissial. Louis le Grand, on le sait, se souciait peu que les villes de son royaume conservassent des privilèges incompatibles avec le nouvel ordre de choses qu’il voulait établir. De là le choix d’officiers , de gouverneurs et d’intendants de provinces, exclusivement dévoués à la volonté du maître, et qui, pour que cette volonté ne rencontrât jamais d’obstacle, s’eflbrcèrent, autant qu’il était en eux, de détruire toutes les vieilles coutumes de la province, de la cité, de la paroisse. Le meilleur moyen pour y parvenir,
clerc et son fils Jean le Roux l’avaient bien compris, dès le XIII siècle, — c’était d’affaiblir la puissance du clergé, gardien naturel des traditions antiques. A Redon, ce fut un sieur Gicquel de Beaumont, procureur-syndic, qui, le 16 août 1658, commença l’attaque contre les moines, dans l’assemblée municipale, en venant se placer dans le banc où avait coutume de s’as- seoir le président de la communauté de ville. « Après avoir pris les voix, en «l’ordre ordinaire, à la pluralité d’icelles, il fut advisé, suivant la coutume, «que ledit sieur de Beaumont, syndic, prendrait pîace après messieurs les «religieux, recteur, alloué, lieutenant et procureur fiscal; à quoi ledit sieur « de Beaumont ne voulut obéir, et a protesté vouloir se pourvoir contre « ladite délibération. » Le droit était évidemment du côté de l’abbé et du chapitre de Saint-Sauveur, seigneurs spirituels et temporels, par indivis, de la ville de Redon. Mais Gicquel de Beaumont s’adressa au comte de Talhouet, gouverneur de la ville , « lequel biffa et bâtonna , de sa propre autorité, ladite

délibération, et se porta à des excès étonnants contre les religieux et

«contre les juges. » En effet, le 26 août, M. le gouverneur convoqua une

assemblée «dans laquelle il régla les rangs à sa fantaisie, et Sur la protesta-

tion des religieux, le parlement de Bretagne rendit, le 28 mai, un arrêt

par lequel la prétendue ordonnance signée Talhouet sur le registre de la com-

munauté était déclarée nulle , et qui , faisant droit aax demandes desdits reli-

gieux, ordonnait «qu’aux assemblées ordinaires et extraordinaires de ladite

;i maison commune, auraient entrée et voix délibérative : le gouverneur,

«l’abbé de Redon, deux religieux députés du chapitre, le vicaire perpétuel,

«les juges, procureurs et greffier de ladite juridiction; trois gentilshommes

ordinaires et domiciliés avant les trois ans en ladite ville (lesquels ne porte-

«roient épées ni autres armes); deux procureurs, deux notaires royaux et

«deux de la juridiction; le syndic en charge et les autres anciens syndics;

«les miseurs et controlleurs qui auroient rendu leurs comptes, pavé leur

«débet et rendu par inventaire les papiers de ladite communauté; quatre

« marchands domiciliés depuis les cinq ans dans ladite ville et faubourgs, les-

quels marchands, procureurs et notaires seroient élus en assemblée, au

«commencement de chaque année.» Il était ordonné, par ce même arrêt.

et que les syndics greffiers ou secrétaires de la communauté seraient assis ,

au bout de la table, si mieux n’aimait le syndic se mettre après lesdits religieux, vicaire perpétuel et officiers de la juridiction abbatiale de Redon. n suivant la coutume antique. »

Après ce règlement conforme à l’ancien usage, on pouvait croire que la paix était rétablie entre les religieux et certains laïques de la communauté de ville. Mais il n’en fut rien. «Quelques jours avant la publication dudit «règlement, c’est-à-dire le 6 mai 1659, ils s’avisèrent (les adversaires des « moines) de s’assembler tumultuairement, et firent une délibération de la «communauté, par laquelle ils prièrent le gouverneur d obtenir et de faire « donner un arrêt du conseil du roy, qui réglât les places que devaient occuper messieurs les habitants de Redon et messieurs les religieux de l’abbaye de Saint-Sauveur-.»

L’affaire, en effet, fut évoquée au conseil du roi, qui fit défense au parlement d’en connaître^. Cependant, sur la requête des religieux, le même

conseil dut renvoyer les parties devant le parlement de Bretagne, qui donna gain de cause, cette fois encore, à l’abbé de Saint Sauveur’. Les choses res- tèrent en cet état jusqu’en 1743. Mais, à celte époque, «un certain ambitieux et ennemi de la paix surprit la religion du roy un arrêt de son conseil, qui, renversant l’ordre ancien , si sagement établi par les arrêts du parlement, mit tout dans le trouble et dans la confusion. » Par cette nouvelle décision royale, un arrêt qui avait été rendu, le 21 avril 1739, pour la ville de Vitré, fut déclaré applicable à celle de Redon; et l’on notifia aux religieux que leur prieur aurait seul, désormais, le droit d’assister, mais non avec place d’honneur, aux délibérations de la communauté de ville. Les bénédictins protestèrent contre cette inique violation des usages anciens; ils firent observer qu’à Rennes « l’évêque occupait encore le premier rang dans les assemblées de ville; l’abbé de Saint-Melaine, le second; deux cha- noines de la cathédrale, le troisième, et, enfin, deux religieux de Saint- Melaine, le quatrième. D’après cela, pouvait- on alléguer un seul motif raisonnable pour enlever des prérogatives toutes semblables à l’abbé de Saint-Sauveur et à ses religieux? N’était-ce pas chose inouïe que de placer des juges, un procureur fiscal, d’anciens syndics, avant le prieur de l’abbaye, c’est-à-dire des officiers inférieurs avant le seigneur ecclésiastique qui les nomme? Est-ce que dans toute assemblée politique où entrent des gens d’église, ceux ci n’occupent pas toujours le premier rang? etc. » —J’ignore quel fut le résultat final de ces légitimes réclamations; mais il m’a paru que je devais placer sous les yeux du lecteur un résumé succinct du mémoire très-intéressant, quoique un peu prolixe, du prieur et des religieux de Saint-Sauveur. De ce mémoire ressort un fait curieux, c’est que, vers la fin du XVII siècle, les bourgeois de Redon, excités contre les moines par quel- ques-uns de leurs magistrats municipaux et par un gouverneur de ville, s’associèrent, sans en avoir conscience, à une lutte dont le résultat ne de- vait pas être seulement fatal aux droits et privilèges des moines. Ce résultat ne se fit pas attendre; la Révolution, imposant silence à toutes les voix, vint renverser, du même coup, royauté, noblesse, clergé, provinces, communauté

de ville, et créer un nouveau genre de commune qui n’emprunta rien, celle-là, à l’antique municipalité chrétienne.

VII. Des corps de métiers et du commerce maritime à Redon.

I. Après l’histoire de la communauté de ville vient naturellement celle de la classe ouvrière, à Redon. Un mot donc sur l’organisation des corps de métiers sous le gouvernement paternel des abbés de Saint-Sauveur; puis, avant de clore ce chapitre, nous examinerons l’état du commerce maritime en Bretagne, et particulièrement dans le pays de Vannes, depuis les temps mérovingiens jusqu’au milieu du xv’ siècle.

L’oisiveté des moines a servi de texte, depuis la Réforme , à d’incessantes attaques contre les ordres religieux, et ces attaques, on le verra plus loin, n’ont pas toujours été sans fondement. On a tort d’oublier, toutefois, que

durant une longue période du moyen Age, la maxime de saint Paul, Qui ne veut pas travailler, ne doit point manger, fut appliquée, avec une grande sévérité, dans les monastères d’hommes et de femmes. Les moines devaient en efiet gagner leur nourriture par un travail manuel de plusieurs heures ‘, la tâche de la journée était réglée pour tous, et, douze fois dans l’année, le cellerier était obligé de rendre au supérieur un compte exact de la besogne de chacun *. L’oisiveté étant « l’ennemie de l’âme ^, » les religieux , selon le précepte de saint Augustin, travaillaient comme maçons, charpentiers, forgerons, cordonniers’^, etc. Mais c’était particulièrement à la culture des champs que le grand nombre se consacrait. La faucille que les moines de Saint-Benoît portaient toujours à la ceinture n’était pas un vain symbole : elle les avertissait, à tout instant, que la terre réclamait leurs sueurs, et que l’agriculture devait être le but constant de leurs travaux. Aussi l’his- toire du moyen âge, du V au X siècle, n’est-ellc, comme l’a dit excellement M. de Pétigny, que Ykistoire du défrichement de l’Europe centrale par l’ordre de Saint-Benoît »

Les merveilles de cette transformation de terres abandonnées, de ma- récages pestilentiels, de forêts impénétrables, en campagnes couvertes de moissons et habitées par des populations saines et robustes, ces merveilles ont été célébrées par les écrivains les plus éminents de l’Europe moderne . Mais l’organisation des gens de métiers ne pouvait pas exciter l’intérêt des érudits au même degré que celle des ouvriers agricoles, dont le nombre était si considérable, et qui formaient comme la base de l’édifice féodal. D’ailleurs, outre que le premier sujet n’offre pas, à beaucoup près, la même

importance et la mûme variété que le second, les documents nécessaires, et particulièrement ceux qui se réfèrent aux temps anciens , font à peu près défaut. La récente publication de nombreux cartulaires permettra-t-elle comme on l’espère \ de faire revivre le peuple du moyen âge dans sa vie d’atelier, comme d’autres l’ont fait revivre dans sa vie agricole et munici- pale? Malheureusement, notre Cartulaire n’offrira que bien peu de maté- riaux pour ce travail important.

Tout le monde sait que, dès l’origine des monastères, les religieux exerçaient divers métiers. Il y avait, parmi les compagnons de saint Pa- côme, non-seulement d’habiles copistes de manuscrits, mais encore des boulangers, des tanneurs, des forgerons-, etc. Saint Jérôme parle avec admiration de l’ordre qui régnait dans les communautés orientales : » Les frères de même état, dit-il, sont réunis dans le même atelier sous la direction d’un préposé; les tisserands sont ensemble, de même les tailleurs, les foulons, les charpentiers, etc.’» On lit dans la Vie de saint Eloi, par saint Ouen, que l’abbaye de Solignac, en Limousin, renfermait beaucoup d’artisans experts en divers métiers, et qui, dociles h la règle du Christ, étaient toujours prompts à obéir*. Or, qu’il y ait eu en Bretagne, dès l’époque mérovingienne , un certain nombre de ces artifices diversarum artium periti, il n’est guèie possible d’en douter, lorsqu’on se rappelle les magnifiques travaux exécutés, par Tordre de saint Félix, dans la cathédrale de Nantes ^ La charte où le roi Salomon énumère les objets précieux

dont il avait enrichi le monastère de Plélan, atteste que, sous les Carlovin- giens,la Bretagne possédait aussi d’habiles ouvriers •*. Les uns, mohies ou frères convers, s’occupaient, dans l’intérieur des monastères , à façonner le lin, la laine, le bois, le fer, l’ivoire, l’argent et l’or; les autres, serfs volontaires ou artisans plus ou moins libres, travaillaient hors de l’enceinte du couvent, et formaient, à eux seuls, une population considérable

De là l’origine d’un grand nombre de villes parmi lesquelles se peuvent citer, dans la presqu’île armoricaine, Saint-Brieuc, Tréguier, Dol, Quim- perlé, Redon, etc. C’était, en effet, à qui viendrait se placer sous la tutelle des fils de saint Coiomban ou de saint Benoit. Tandis que le flot des invasions barbares emportait les derniers vestiges de la civilisation romaine, tandis que le désordre, la guerre, l’anarcbie régnaient partout, au fond des fijrêts naguère habitées par des bètes fauves et infestées par des brigands’, se reconstituaient la famille, la cité, le gouvernement. En ce temps-là, dit un ancien hagiograpbe, non-seulement les campagnes, les villes, les bourgades, les lieux fortifiés, mais même les plus agrestes solitudes des Gaules voyaient surgir des armées de moines , des essaims de jeunes vierges consacrées à Dieu; et des monastères soumis aux règles de Saint- Benoît et

de Saint-Colomban s’élevaient, en très-grand nombre, là même où naguère on en comptait à peine quelques-uns. Fondée beaucoup plus tard que ces communautés primitives, l’abbaye de Redon ne put jouir que d’un petit nombre d’années de paix. Mais, lorsque l’épéo d’Alain Barbe-Torte eut délivré la Bretagne du fléau des invasions normandes, les moines, réfugiés d’abord à Plélan, puisenFranceetenAngleterre,s’empressèrentderevenir et de relever leurs monastères ruinés. Avec le travail , la prospérité ne tarda pas à se rétablir. Cette prospérité donna naissance,

cela n’est pas sans exemple à une sorte de lutte entre les religieux de Saint Sauveur et le commiyi des habitants de la ville (rdgus totias villœ), qui prétendaient se soustraite à toute espèce d’impôt. Les moines durent en référer au duc Conan II, un jour qu’il était venu visiter l’abbaye : «Or, le prince, ayant

rassemblé les seigneurs de sa suite, leur soumit la réclamation des religieux, «avec prière de l’examiner et de lui faire connaître leur avis. Les deux «parties comparurent donc devant leurs juges, et ceux-ci, le duc présent,

condamnèrent les habitants de Redon à payer aux moines tous les impôts «qu’on a coutume de percevoir dans ies autres villes du pavs. En conse- il quenrc, il lut arrêté, par décision des nobles et par autorité du prince, u que le receveur de l’abbaye prélèverait un droit sur le pain , la \àande et (f autres denrées de même nature; que, sur le vin, l’hydromel, la cervoise « et la liqueur aromatisée (pigmentani) les religieux prendraient une bouteille «par muid; que les drapiers, sans préjudice d’autres devoirs, oflViraient, à « Noël, une tunique à l’abbé; qu’à la même époque, et, en outre, au temps «de Pâques, certains cordonniers payeraient douze deniers et fourniraient «des chaussures [subtalares] ; que d’autres, faisant usage de peaux d’agneaux «et de moutons, se tiendraient, aux deux époques précitées, à la disposi- «tion de l’abbé de Saint-Sauveur, pour exécuter, dans l’intérieur du mo- «nastère, tel travail qui leur serait indiqué par les frères; enfin, que les «selliers présenteraient une selle à Pâques, et une seconde le jour de la «Nativité du Sauveur ‘. »

Ces renseignements laissent beaucoup à désirer; mais, tout incomplets qu’ils soient, ils n’en établissent pas moins que, dès le xi » siècle, divers corps de métieis existaient à Redon. Nous aurons grand soin de noter, plus loin, la profession de tous les artisans cités comme témoins dans les chartes de Saint-Sauveur.

II. Nos recherches sur le commerce maritime des Bretons et parlicu- lièrement des Vénètes, au moyen âge, ne nous ont rien fourni de bjen im- portant. Il semble que, depuis la victoire navale de D. Brutus dai* la Vé- nétie, les Curiosolites, qui n’avaient pris aucune part à cette lutte fatale »-, aient hérité de l’ancienne activité commerciale de leurs voisins du sud. Aieth, en effet, était encore, au vi » siècle, im port assez fréquenté’, tandis que le pays de Vannes, théâtre d’une lutte acharnée entre les Gallo-Francs et les Bretons ‘, semble être resté quelque temps à peu pi’ès étranger au commerce maritime. Cependant Grégoire de Tours parle de navires sur lesquels Waroch avail fait charger ses trésors, et qui devaient le transporter dans quelque île du Morbihan .

La marine bretonne avait pris, paraît-il, quelque accroissement sous ies Carlovingiens, car on lit ce qui suit dans la Chronique du moine de Saint- Gall : « Un jour que l’empereur Charles, qui aimait à voyager, prenait son «repas dans une ville de la Gaule narbonnaise, où il ëtait arrivé subite- «menl, sans se faire connaître à personne , il advint que des corsaires normands se présentèrent dans le port, pour y exercer la piraterie. La vue « de leurs vaisseaux fit naître diverses conjectures : les uns les croyaient « montés par des trafiquants juifs ou africains, les autres par des marchands «bretons. Mais, à la forme et à la légèreté des navires, le très-sagace

Il empereur vit bien qu’on se méprenait : — Ces vaisseaux, dit-il, ne sont «pas chargés de marchandises, mais remplis d’ennemis très-dangereux’.» Évidemment, si des relations commerciales n’avaient point existé entre la péninsule armoricaine ot la province narbonnaise, l’idée ne serait pas venue d’atti’ibuer à des marchands bretons les navires montés par les pi-

rates normands.
Mais dans quelle mesure le port de Redon fut-il appelé, sous le règne

du grand empereur, à participer aux bienfaits du commerce maritime.»’ C’est ce qu’il nous est impossible de déterminer. Des nombreuses chartes carlovingiennes qu’on lira plus loin , une seule, dont la date peut être fixée à 848, a Irait à la navigation , et il n’y est parlé que de droits à percevoir, par le seigneur de Bain^, sur les marchands et sur les navires, à leur entrée dans l’Oust’. Au surplus, quelle qu’ait pu être, dans ces parages, l’activité de quelques ports privilégiés, vers le milieu du IX siècle, il est certain

qu’elle fut complètement anéantie après la mort d’Alain le Grand Au fond de quel golfe, en effet, dans quelle crique ignorée les flottes normandes n’avaient-elles pas porté le fer et la flamme?

Après le retour d’Alain Barbe-Torte, la navigation reprit sans doute un peu d’essor. L’exemption de tous les péages et impôts qui grevaient les marchandises, — privilège dont jouissait l’abbé Catwalion en 1026 , — fut un puissant moyen d’accroissement pour le commerce redonais. Cepen- dant, s’il fallait en croire le géographe arabe Edrisi, qui écrivait dans la pre- mière moitié du XV siècle, Redon «située sur un territoire abondant et «fertile, et dont les maisons étaient jolies et bien habitées,» n’aurait été, dans ce temps-là, «qu’une ville sans importance’^. » Cela s’accorde peu,

je dois le dire, avec les données fournies par l’histoire sur l’état florissant de l’industrie redonaise vers la même époque^, et surtout avec la prospé- rité inouïe de la ville monacale sous le règne dos premiers ducs qui succé- dèrent à Pierre de Dreux et à son fils Jean le Roux. On en pourra juger, au surplus, par l’extrait suivant, que nous empruntons à l’une des chroniques manuscrites du monastère :

« Tous les debvoirs qui se levoient auparavant sur les marchandises et I denrées qui abordoient ou qu’on vendoit à Redon, tant en gros qu’en détail, tournoient au profit de l’abbé ou de son monastère, en vertu du «privilège concédé aux religieux de la dite abbaye par les pi’écédens ducs «de Bretagne, qui s’estoient déportés de ce droit en faveur du monastère; d’où vient qu’en ce temps-là, comme le tribut estoitfoi’t modique, le « trafic qui s’exerçoit à Redon estoit si grand qu’il sembloit estre le magasin «de la province, où les marchands de Rennes, de Saint-Malo, d’Anjou, de «Normandie et de Mayne accouroient pour de là transporter en leurs provinces toutes sortes de marchandises qu’on y rencontroit en abondance;

«  et, en une enqueste faite environ en l’an 1400, par commandement et autorité du duc, touchant les debvoirs que l’abbé de Redon levoit sur les marchandises qu’on amenoit à Redon tant par eau que par terre , plusieurs «  tesmoins déposent que quelquefois, en une seule marée, abordoient au port de Redon plus de cent cinquante vaisseaux chargés de toutes sortes de marchandises

et que les rues en estoient si remplies qu’à peine un homme à « cheval pouvoit-ii commodément passer. Mais, depuis que les guerres civiles « eurent commencé et que les ducs, pour subvenir aux frays d’icelles, eurent « imposé des tailles, tant sur leurs subjects par teste que sur les marchandises, le commerce commença à diminuer de beaucoup, et l’abbé de Redon perdit beaucoup des debvoirs qu’il avoit de coutume de lever auparavant

On voit qu’il faisait bon vivre sous la crosse, à Redon, vers la lin du XIV siècle. Cette prospérité étonnera probablement la plupart des lecteurs, qui, entendant supputer sans cesse les années de guerres dont nos pères subirent le fléau, en sont venus à croire que leur sort était tout à fait intolérable. Rien de moins fondé, pourtant, que les conséquences tirées de ces statistiques prétendues historiques. On pourrait tracer un effroyable ta- bleau de la période la plus paisible et la plus heureuse de l’histoire, en additionnant, d’après le même système, toutes les erreurs, toutes les vio- lences, tous les crimes commis pendant ce laps de temps. Mais procéder ainsi, ce n’est pas juger impartialement une époque. Que le XIV et le XV siècle aient été, pour la France particulièrement, un âge de fer; que les mœurs corrompues, les institutions devenues oppressives de ce temps- là appellent toutes les sévérités de l’historien, qui le peut nier? Mais, poxu’ juger sainement une société si différente de la nôtre , il faut se dépouiller de toute idée préconçue, et considérer les faits dans le milieu où ils s’ac- complirent. On oublie trop, d’ordinaire, que tel ou tel événement qui rui- nerait aujourd’hui le pays, et désorganiserait complètement le gouvernement, ébranlait à peine la vieille France, divisée et subdivisée en une foule

de petits étals. Une invasion avait-elle lieu sur un point du territoire : les villes, fortifiées pour la plupart, et qui renfermaient une bourgeoisie fortement organisée, échappaient, pour ainsi dire, aux fléaux de la guerre. Quant aux habitants des campagnes, ils se retiraient avec leurs bestiaux au fond des forêts ou dans les châteaux des seigneurs, qui leur devaient un asile dès que l’ennemi occupait le pays. La paix conclue, le travail reprenait, et la prospérité ne tardait pas à renaître. Voilà ce qui ressort de l’étude conscien- cieuse des faits. Que si, toutefois, mes assertions étaient contestées, je de- manderais qu’on voulût bien m’expliquer comment, en moins d’un demi

siècle, de 1364, où finirent les terribles guerres de la succession, jusqu’à l’année 1408, où se fit l’enquête précitée, Redon put s’élever à ce degré de prospérité d’être considéré « comme le magasin de la province. «

Malgré «l’heureuse situation de son port de commerce,» Redon est aujourd’hui, comme disait Edrisi, «une ville sans importance.» Point d’industrie, très-peu de commerce^; des navires en petit nombre. Il y a loin , certes, d’un tel état de choses à celui de l’année 1408, où, en une seule marée, «abordoient quelquefois à Redon plus de cent cinquante vaisseaux chargés de toutes sortes de marchandises ! » Mais une nouvelle ère de prospérité va s’ouvrir pour la ville de Nominoé et de saint Convvoion. Ses rues, son port, trop souvent déserts, retrouveront leur activité passée.

VIII. L’abbaye de Redon depuis le xv’ siècle jusqu’à la révolution française.

Au XV’ siècle la décadence des communautés religieuses avait déjà produit en France des effets déplorables. Le travail manuel était tombé en désuétude dans la plupart des communautés religieuses, depuis trois cents ans. D’un autre côté, la création des grandes universités ayant amené la suppression des écoles monastiques, toute l’activité des esprits s’était portée ailleurs. De là une complète révolution dans les mœurs des cloîtres : les caractères s’amollirent dans une sorte d’inaction , et, bientôt, un trop grand nombre de religieux, dominés par l’esprit du monde, s’abandonnèrent à leurs passions. Dès la première moitié du XIII siècle, de graves désordres s’étaient introduits dans l’abbaye de Redon. Le pape Grégoire IX avait dû y pourvoir en chargeant l’abbé de Savigny, le prieur des frères prêcheurs

de Dinan et l’archidiacre de Sablé de rétablir le bon ordre et la régularité parmi les moines de Saint-Sauveur. Mais ceux-ci, loin de remplir la promesse qu’ils avaient faite de s’amender, se livrèrent à des désordres encore plus révoltants, et ils en vinrent pour employer les paroles mêmes

,

du pape, à être l’opprobre de leur ordre ‘. Il nous est révélé, par un autre document tiré des archives de Savigny, que l’abbé et les moines de Redon poussaient si loin l’oubli de leurs devoirs que le monastère tombait en ruine faute de réparations, et que toute œuvre pieuse et charitable y avait à peu près cessé.

Grâce à la vertu et à l’énergie de quelques-uns de ses abbés, Saint-Sau- veur se releva de cette dégradation. Mais ce fut pour subir, un peu plus tard, les tristes abus auxquels donna naissance l’introduction des conimendes. Ces commendes, dom Lobineau les a caractérisées en quelques mots aussi vrais qu’énergiques: «Au commencement, dit-il, elles avaient plus l’air d’un véritable brigandage que d’une administration légitime . » Ce fut là, jusqu’à la fin, le fléau des monastères’. Cependant, malgré ces désordres, la vieille abbaye bretonne n’avait pas perdu tout prestige. De nombreux pèlerins continuaient de venir prier dans la vieille église qui possédait les reliques de saint Conwoion et de tant d’autres personnages vénérés. Les ducs de Bretagne, de leur côté, se montraient pleins de res- pect pour l’antique sanctuaire de l’indépendance nationale. L’un d’eux, le duc François I », fut tout particulièrement le protecteur et l’ami des moines de Saint-Sauveur. Non content de leur avoir accordé toutes sortes de pri- vilèges , il voulut faire ériger Redon en évêché . Sur les instantes prières du prince, le pape Nicolas V avait en effet décidé qu’un dixième diocèse serait créé dans la Bretagne. Ce diocèse devait se composer des paroisses

qui dépendaient de i’abbaye, et d’un certain nombre d’autres paroisses dé- laclices des évêchés de Rennes, de Nantes et de Sainl-Malo. L’évêque de Saint-Brieuc avait déjà reçu la mission de faire exécuter la bulle ponticale; mais les trois prélats intéressés adressèrent des réclamations au Saint- Siège et, comme dans l’intervalle arriva la mort du duc François I », son projet fut abandonné pour toujours.

Sous François 11, fabbaye de Redon reçut la visite de l’ennemi le plus puissant et le plus dangereux des Bretons. On lit, en etfet, dans une dépêclie adressée par les ministres de Louis XI au comte du Maine, les curieuses paroles que voici :

Et tout après (c’est-à-dire après le voyage de François II à Tours, pour Il un vœu que le roi avait à faire à Saint-Sauveur de Redon,qui est au pais » de Bretaigne , il alla (Louis XI) accomplir le dit voyage à tout petit nombre «de gens, et de là revint au château de Nantes, avec icelui petit nombre, «faire bonne et privée chière avec le dit duc, parce qu’il lui montra si grand signe d’amour qu’il ne pourrait au monde plus -. » S’il faut en croire la tradition, ce serait à la suite de ce pèlerinage, dont la Clu’onique de Re- don fixe la date à l’année 1461, que le roi de France aurait fait don à l’abbaye d’un grand Christ d’argent qui décorait le maître-autel, et de six grands chandeliers de même métal.

Le trésor de Saint-Sauveur renfermait des objets plus précieux encore, en l’an 1 /188. A cette époque où la guerre civile désolait la Bretagne, où la pé- nurie d’argent était telle que la duchesse Anne elle-même en était réduite à faire appel à la bourse de chacun de ses sujets, l’histoire nous apprend que les moines de Redon offrirent à leur souveraine un calice d’or du poids de quinze marcs, sept onces, deux drachmes, et en outre trente marcs d’argent^. Avec cette somme la bonne duchesse put défendre quelques jours de plus l’indépendance de ses états. Ainsi, le dernier acte des moines de Redon, à la veille de l’union de la Bretagne à la France, avait été un acte de dévouement au pays.

A partir de cette époque, les annales de la vieille abbaye carlovingieinic n’offrent plus, à vrai dire, aucun fait digne d’intérêt. Renfermés dans l’intérieur de leur monastère, sans influence dans les conseils des princes el auprès des classes inférieures, dont les intérêts temporels leur sont devenus à peu près étrangers, les religieux semblent prendre à tâcbe de justilier les accusations qui, de tous côtes, commencent à s’élever contre eux. Toute tentative de réforme suscite parmi eux une résistance poussée parfois jusqu’à la révolte. Le cardinal Salviati, abbé commendataire de Saint-Sauveur,

éprouva les effets de ce mauvais esprit. II lui fallut, pour faire exécuter « la «dévote réformalion » ordonnée par le Saint-Siège, recourir à l’intervention du prince. Le parlement de Bretagne, saisi de l’affaire, dut nommer mes- sire Pierre d’Argentré, sénéchal de Rennes, pour « pourvoir, à l’ayde de bras «séculier, à ce que icelle refformation fust inviolablcment entretenue, et « pugnition faicte des contraventions à la dite refformation .

Parfois, c’était l’abbé lui-même dont la conduite envers ses moines appelait les rigueurs de la justice. L’Italien Paul Hector Scotti se trouva dans ce cas. Quoique les revenus de l’abbaye fussent alors très-considérables, comme le prouve un Aveu au roi dont on lira plus loin quelques fragments^, Scotti ne voulait remplir aucune des charges auxquelles il était tenu envers les religieux^. Il fallut en appeler au parlement, qui, par arrêt du

24 octobre 1573, condamna l’abbé à «entretenir convenablement trente «religieux dans le monastère, à leur fournir un théologal, un prédicateur « pendant fAvent et le Carême, el enfin à faire bâtir et meubler une infirmerie. »

Arthur d’Epinay, qui remplaça Scotti, suivit une tout autre voie. Homme pieux et dévoué, il lit rebâtir la maison abbatiale et introduisit dans le monastère les Pères de la société réformée de Bretagne. L’abbé d’Epinay mourut en 1618. Quatre ans après, il était remplacé, à Redon, par un homme dont le nom est à lui seul toute une histoire, par Armand du

Plessis, cardinal, duc de Richelieu. L’immortel prélat, on le pense bien, eut à peine un moment pour visiter ce coin de l’Armorique. Mais son pas- sage à Saint-Sauveur ne fut pas stérile. A peine installé , il fit reconstruire une partie des bâtiments réguliers, qui tombaient en ruine, et, le 28 octobre 1628, il introduisait dans son abbaye les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur.

Le court séjour du cardinal à Redon produisit encore un autre résultat, et celui-là d’une importance capitale. En visitant le littoral breton, Riche- lieu fut frappé des immenses ressources qu’offrait à la marine le pays des anciens Vénètes. La situation de Locmariaker\ celle de la rade fermée de Blavet- attirèrent singulièrement son attention; et, lorsque, après avoir visité Brest, il revint à la cour de Louis XIII, dans son esprit avait germé une pensée longtemps méditée par d’Ossat : la France, grande puissance militaire, doit être, en même temps, une gi’ande puissance maritime!

Après Richelieu, trois Choiseul-Praslin dont les uns quittèrent la crosse pour l’épée^, et dont le dernier dut rentrer dans le monde pour y perpétuer sa race; puis deux La Tour d’Auvergne, revêtus des plus hautes di- gnités de f église^, occupèrent successivement le siège abbatial de Redon. A ces illustres personnages succéda, en 1747, Abbé Desnos, vicaire général de Saint- Brieuc, nommé plus tard à l’évêché de Rennes, et qui mourut dans fexil en 1793.

A l’époque où parut le décret de dissolution des communautés religieuses, celle de Saint-Sauveur ne renfermait plus que sept religieux’.

Ainsi finit, après plus de neuf siècles de durée, la grande fondation religieuse et politique du libérateur des Bretons. J’aurais voulu passer l’éponge et tirer le rideau sur les tristes années écoulées de 1642 à 1792. De la sorte, les annales de la royale abbaye se seraient ouvertes et fermées, à huit cents ans de distance, par deux noms éclatants : Nominoë ! — Richelieu ! l’un, le héros de l’indépendance bretonne; l’autre, le fondateur implacable de la monarchie une et despotique.

Chapitre III — Géographie Historique

Les moines de Saint-Sauveur de Redon ne possédaient de propriétés que dans les cinq évêchés de Vannes, Rennes, Nantes, Cornouaille et Saint- Malo. Mais comme les quatre autres diocèses de la péninsule, c’est-à-dire ceux de Léon, de Tréguier, de Saint-Brieuc et de Dol, furent formés de démembrements des anciennes cités des Osismes, des Curiosolites et des Rhedons, ces quatre nouveaux diocèses doivent entrer aussi dans le cadre de mon travail, dont la première partie sera consacrée à la géographie politique et la seconde à la géographie ecclésiastique.

Avant de donner la topographie de chacune des cinq cités de la pres- cpi’île armoricaine , j’examinerai un petit nombre de questions générales, qu’il importe d’éclaircir, dès ici, pour n’avoir point à y revenir sans cesse :

  • I . Des diverses applications du mot Armorique.
  • II. Division des cités gauloises en pagi.
  • III. Le comitatus sous les Francs.
  • IV. La centaine, la vicairie ou viguerie, la plels, la condita.
  • V. La commote, la trêve [Tref), la villa, le hameau, la terre, Bot, Kaer, Ran , etc.
  • VI. Des noms de lieux.

I. Des diverses applications du mot Armorique.

Le mot Armoriqne , mal compris, a donné lieu, durant le moyen âge et même de nos jours, à de très-graves erreurs Je vais donc rappeler ici. en très-peu de mots, ce qu’on a compris, à diverses époques, sous cette dénomination.

César est le premier historien qui fasse mention des cités armoricaines. C’étaient, dit-il, des contrées voisines de l’Océan : n civitates. . . quœ Ocea- «num attingunt, quœque, Gallorum consuetudine , Armoricse appellantur ». Cela est clair : pour les Gaulois, comme pour les Bretons, l’Armorique, Armor, c’étaient toutes les cités baignées par la mer, civitates qaœ Oceanum attingunt. Cependant Adrien de Valois et d’Anvillc, deux géographes éminents, ont paru croire que les Romains, à l’époque de la con- quête, appelaient plas particulièrement Armoricains les peuples situés entre la Seine et la Loire. Cette opinion se fonde sans doute sur un texte bien

connu d’Hirtius Mais, outre que ce texte n’a pas, à beaucoup près, la même valeur que les paroles toujours si précises de César, peut-être en force-ton un peu le sens. Quoi qu’il en soit, d’Anville reconnaît, et c’est là le point essentiel, que, depuis la fin du III siècle jusqu’au commencement du V, les mots traclus Armoricaniis et Nervicanus servaient à designer un vaste district militaire, qui comprenait tout le littoral gaulois, du Rhin à la Garonne, et dont le chef avait mission de repousser les attaques des pirates germains-. Ce fait admis, rien de plus facile à comprendre que l’erreur de la plupart des chroniqueurs et des hagiographes du moyen âge, qui, confondant l’Armoriquc du IV siècle avec la Bretagne de leur temps, crurent devoir faire aborder Maxime et ses Bretons sur les bords de la Rance [Rin- cius], tandis qu’un auteur contemporain affirme qu’ils prirent terre vers l’em- bouchure du Rhin.

Au V siècle s’opère une nouvelle modification : les limites de l’Armorique se resserrent, à la suite d’événements racontés en détail par Constance, le biographe de saint Germain d’Auxerre’, et auxquels le moine Eric fait allusion dans les vers suivants :

Gens inler eminos noiissima clauditur aiiines, Armoricana prius veleri cognomine dicta,
Torva , ferox, venlosa, procax, incaula, rebellis; etc.

Enfin ,au VI siècle, l’Armorique ne comprend plus que les deux diocèses de Rennes, de Nantes , et quelques cantons situés à l’est de la ville de Vannes. « Finalement, dit le docte d’Anviile, ce nom d’ Armorique s’est renfermé dans la Bretagne, après que les Bretons d’outre-mer, fuyant le joug des Saxons et des Angles,s’y furent établis.Le neuvième canon du concile tenu à Tours en 567 est remarquable par la distinction qu’il fait, dans cette «Armorique, des nouveaux habitants d’avec les anciens qui sont appelés Romains.

Il est très-remarquable, en effet, que le nom à l’Armoriciue et d’ Armoricains employé dans l’Histoire de Zosime, dans la Notice des dignités de l’Empire, dans le Panégyrique d’Avitus, dans la Vie de saint Germain d’Auxerrc par le prêtre Constance, etc. disparaisse, pour ainsi dire, et que, vers la fin du V siècle, puis au VI, Sidoine Apollinaire, Jornandès, Grégoire de Tourss, Marins d’Avenches, n’appellent plus que Britaniii les habitants d’une grande partie de la péninsule. Ce seul fait aurait dû suffire, ce semble, pour prouver à quelques écrivains de notre temps la fausseté d’un système qui veut que les Gallo-Romains des cités de Rennes et de Nantes-, décimés par la guerre et par les excès du fisc, aient absorbé les Bretons dont les flots couvraient le pays’.

Je m arrête ici, et, pour être plus clair, je me résume :
1. Les mots civitales Armoricœ s’appliquent, dans César, à toute la région

maritime de la Gaule.
2. Des géographes prétendent, à la vérité, que les Romains, lors de la

conquête, appelaient plus particulièrement Armorique la contrée située entre la Seine et la Loire. Mais il est certain que, vers la fin du III siècle, tout le littoral gaulois fut placé sous le commandement d’un général dont le district , nommé tractas Armoricanus et Nervicanas, s’étendaiLdes bords du Rhin à ceux de la Garonne. Il en était ainsi quand Maxime vint en Gaule, et de là la fable d’un royaume de la Petite-Bretagne, dès 383.

3. Au V siècle, l’Armorique ne comprend plus que la région située entre la Seine et la Loire : gens inter geminos clauditar amnes.

4. Au déclin du VI siècle , toute la région armoricaine , devenue franque

à l’exception de la pointe de terre occupée par les Bretons, perd son vieux nom. L’antique dénomination d’Armorique ne se retrouve plus que dans les livres de quelques clercs érudits, tels que Fortunat et saint Ouen.

.5. Dès la fin du VI siècle, le territoire occupé par les Bretons cesse d’être l’Armorique pour devenir la Bretagne. Dans le IX canon du concile de Tours, en 567, comme dans la Vie très-ancienne de saint Samson , les Armoricains, ou Gallo-Romains, sont nettement distingués des Bretons.

II.Des cités et des pagi, en général.

Selon la Notice des Provinces, la péninsule armoricaine comptait, au début du V siècle, les cités suivantes :

Civitas Redonum;

Civilas Nannetum;

Civitas Coriosotum ;

Civitas Venetum;
Civitas Osismiorum.
II. César et Strabon avaient attesté, quatre siècles auparavant, que les

cités de la Gaule et de la Bretagne se divisaient en plusieurs cantons ou pagi. On en comptait quatre dans la cité des Helvètes, autant dans celles des Bretons du Cantium et des Galates de l’Asie Mineure ». M. Guérard a donc pu soutenir, avec beaucoup de vraisemblance, que les pays du moyen âge représentent tantôt le territoire d’une ancienne cité gauloise, tantôt une partie seulement de ce territoire. Mais l’opinion du docte écrivain n’est vraie que partiellement, car il reconnaît qu’un grand nombre de pagi de l’ordre inférieur ont une origine beaucoup moins ancienne. Un certain nombre, en effet, ne prirent naissance qu’après l’établissement de la monarchie mérovingienne; d’autres s’étaient formés d’après la configuration

du soi ou en raison de certaines circonstances particulières dont il sera parié plus loin.

II. Rennes et Nantes, vers la fin de l’empire, formaient de grands pays (pagi majores), dont les limites étaient exactement celles des diocèses du même nom. Aussi, dans notre Cartulaire, les mots «in civitate, in pago, in ti episcopatu Nannetico vel Redonico,» désignent-ils la même circonscription. Dans la Vénétie occidentale, chez les Curiosoiiles et les Osismes, où les Bretons s’étaient établis, du V au VI siècle, les divisions politiques et ecclésiastiques s’organisèrent suivant d’autres règles. Mais dans ia Bretagne, comme dans les comtés gallo-francs de Rennes, de Nantes et de Vénétie orientale, il y avait, outre les grands pays, des districts d’un ordre inférieur, des pagi minores, dont l’origine, plus ou moins ancienne, était très diverse.

III. Le comté, comitatus.

Il existait, sous les Mérovingiens, dans les trois pays de Rennes, de Nantes et du Haut-Vannetais , des officiers nommés comtes, et dont l’autorité, à ia fois militaire et judiciaire, s’exerçait ou sur la totalité ou sur une partie du territoire des anciennes cités. Mais, chez les Bretons, les comtes n’avaient rien de commun avec ceux du pays franc, car, si les derniers, pour emprunter le langage de Dom Lobineau, étaient «des officiers « par commission , » les premiers , au contraire , étaient « les seigneurs héré- « ditaires des territoires placés sous leur dépendance » On pourra s’en convaincre en lisant les récils de Grégoire de Tours sur les comtes Cho- nober, Macliau, Budic et Waroch. Tous ces princes étaient, en elfet, de véritables petits souverains [regali) auxquels obéissaient, dans certaines li- mites, des chefs d’un rang inférieur, des princes de paroisses, ou mactyern, qui, eux aussi, transmettaient à leurs enfants, par héritage, et leur fonction et ia seigneurie où elle s’exerçait.

IV. La centaine, la vicairie ou viguerie, la plebs, la condita.

1. Quoique les comtes de Rennes, de Nantes et du Haut-Vannetais fussent administrés, au IX siècle, d’après les règlements établis par Charlemagne, il n’est fait mention que deux fois, dans notre Cartulaire, du petit district nommé centaine. La Centena Laliacensis était Laillé, paroisse peu considérable du diocèse de Rennes. Molac, paroisse aussi, mais située dans l’évêché de Vannes, formait l’autre centaine, d’où l’on peut inférer que, dans les deux pays, la centaine et la paroisse représentaient la même circonscription.

II La vicairie n’avait pas de limites plus étendues, car la Centena La- liacensis est aussi nommée vicaria. Dans la Cornouaille, la vicairie était, de même, assimilée au plou. Il faut dire, cependant, qu’il existait dans le pays de Rennes , au XI siècle , une villicatio qui s’étendait sur plusieurs paroisses. Mais cette villicatio exceptionnelle, qui embrassait tout le territoire de l’antique pagus du Désert, peut-elle être assimilée à la vicaria de l’époque carloingienne? Il y aurait beaucoup de bardiesse A l’affirmer.

III. Le mot plebs qui, dans les chartes des autres pays, indique une paroisse baptismale, offre en Bretagne un sens particulier. Chez les anciens Bretons le mol plonef désignait tout à la fois un territoire cultivé, une peuplade organisée, une paroisse. Les fugitifs du V siècle transportèrent naturellement le mot et l’institution sur le sol où ils venaient fonder une

patrie. Le chef de plou, princeps plebis , tyrannas, tyern, mactyern (car il portait ces divers noms), était ordinairement le fils, le neveu, le parent de quelque brenin insulaire, autour duquel s’était groupé un certain nombre de compatriotes fugitifs comme lui. Débarqué en Armorique avec ses compagnons, le mactyern devint le souverain d’une petite peuplade sur laquelle il exerça toute l’autorité d’un chef de clan des temps antiques. La Vie de saint Guénolé, écrite au IX siècle par Gurdestin abbé de Landévénec, renferme un curieux passage qui peint au vif la situation que je viens d’indiquer :

«Un homme illustre, de la race des rois de l’île, Fracan, ayant ouï dire « qu’il y avait encore, en Armorique, des forêts où fon pouvait vivre en paix, il monta sur un vaisseau avec un petit nombre des siens; et, favorisé par un bon vent de nord-ouest, il vint prendre terre dans la baie de Bréhec. «Delà, longeant le rivage, il découvrit un terrain d’une certaine étendue «et comme d’un seul tenant (quasi unius plebis). Des bois touffus l’entouraient de tous côtés, et non loin de là coulait un fleuve nommé Sanguis-. «Fracan s’établit avec sa petite tribu sur ce territoire, que rendaient fertile « les eaux de la rivière et dont le climat lui offrait toute sécurité. »

Or, ce coin de terre armoricaine, occupé, à la fin du V siècle, par Fracan finsulaire, s’appelle encore aujourd’hui Plou-Fracan , c’est-à-dire la tribu, le territoire, la paroisse de Fracan. Après cela, est-il besoin d’autres renseignements sur les pfoa de la Bretagne armoricaine?

IV. J’arrive maintenant aux condita, sur lesquels on a beaucoup disserté, mais sans rien établir de certain.

Les condita, dont il est parlé dans d’anciennes chartes de la Bretagne

du Maine, de l’Anjou el de la Touraine, ont-ils une origine civile ou ecclésiastique? En général, on croit que cette dénominalion territoriale équivaut à celle Ac finis ou de terminus. M. Guérard, entre autres, a soutenu cette opinion : l’expression condita désignerait, s’il faut l’en croire, une contrée, un canton, abstraction faite de tout rapport avec la topographie ecclésiastique. M. J. Desnoyers ne partage pas cet avis; l’origine ecclésiastique des condita lui semble un fait presque certain : c’était une subdivision topographique de diocèse. Quant aux mots plebs condita, l’auteur suppose qu’ils indiquaient une paroisse supérieure à la simple plebs, une église bâtie en pierre et plus vaste que les autres.

Aucune de ces assertions ne me paraît fondée.

Et d’abord, le mot condita, chez les Bretons, n’a jamais désigné un territoire plus étendu qu’un simple plou. Il suffît, pour s’en convaincre, de jeter les yeux sur cette liste complète des condita de notre Cartulaire

Condita Trehetwal- de Vannes. Trebetwal était un village de Ruffiac, au diocèse

Condita plebs de Bains – Bains même diocèse

Condita plebs Mullacam — Molac, ibid.

Condita plebs Placitum – Brains, ibid.

Condita plebs, vicus, Carantoer —Carantoir, ibid.

Condita plebs rufiac – Rufiac, ibid.

Condita plebs Rannac — Ranac, ibid.

Condita plebs Siz – Sixt, ibid

Condita plebs Cadoc vel caduc – Pleucadeuc, ibid.

Condita plebs Lubiacensis – Lusanger, dans le diocèse de Nantes.

Condita plebs Coiron — Couéron, ibid.

Condita plebs savannac – Savenay, ibid.

Condita Darwalensis – Derval, ibid.


Condita Alyam — Augan, au diocèse de Saint-Malo.

Condita Turricensis – Tourie au diocèse de Rennes.

Condita Wern – Guer, ibid.

Bains, Molac, Augan, Couéron, Savenay, Rufiac, Caranloir, Pleucadeuc

étaient, dès le IX siècle, des paroisses d’une certaine étendue. Mais je ferai remarquer que Lusanger, Trebetwal , Brains et Rannac n’avaient pas, à beaucoup près , la même importance, que les Condita Lubiacensis et Trehetwal étaient de simples trêves de Derval et de Ruffiac, et que Rannac et Placitam sont désignés, dans des chartes de 851 et 857, sous le nom de Plebiculœ.

On voit donc que le mot condita , chez les Bretons du moins, ne désignait ni un canton, ni même une paroisse considérable.

Quant à la liaison intime qui, selon M. J. Desnoyers, aurait existé entre les condita et certaines divisions ecclésiastiques, doyennés, archidiaconés,

archiprétrés, je déclare pour mon compte , n’en pas avoir trouvé la moindre
trace dans le Cartulaire de Redon. Aussi, après de longs tâtonnements, me suis-je arrêté définitivement à l’opinion que j’avais soutenue au congrès de Redon, en 1857, savoir, «que l’origine des condita est toute romaine et « militaire. » En effet , si l’on veut bien jeter un coup d’œil sur une carte de la Bretagne , on remarquera que les condita sont tous placés dans le voisinage de voies romaines, dont des tronçons ont été naguère retrouvés. M. Bizeul, l’infatigable archéologue, a constaté, par exemple, qu’un de ces antiques chemins traversait la paroisse de Ruffiac. D’autres vestiges ont été trouvés dans la forêt de Domnèche, qui faisait partie du territoire de Derval. Cette voie, connue dans le pays sous le nom caractéristique de

Chaussée à la Joyance, coupait, de l’est à l’ouest, la trêve de Lusanger [Condita Lubiacensis). A Bains, même observation : la voie romaine qui va à Lohéac, par les bourgs de Lieuron et de Saint-Marcellin , traverse la paroisse, du nord au midi, en laissant le bourg à un quart de lieue à l’ouest; elle passe aussi, selon M. Bizeul, sur la chaussée de l’étang dit de la Bataille. Le même archéologue affirme que la voie qui menait de Condate à Vorganiani. par Salis, entrait à Carentoir au sortir de Comblessac. Or, si ces données sont exactes, n’est-il pas vraisemblable que les condita datent de l’époque où les légions, longtemps cantonnées sur les bords du Rhin, durent occuper plusieurs contrées de l’intérieur? On sait que les historiens

de l’époque impériale appelaient condita mililana des greniers où les troupes romaines, qui ne traînaient pas après elles, comme les nôtres, d’immenses impedimenta, trouvaient des vivres, des fourrages, etc. ‘ Or, quoi d’étonnant que, dans la III Lyonnaise, alors le principal théâtre des ravages de la Bagaudie, les Romains aient jugé nécessaire d’établir, en plus grand nombre qu’ailleurs, des magasins de ravitaillement? Ce ne sont là, je me hâte de le reconnaître, que de simples inductions. Mais à de pures hypothèses j’ai cru

pouvoir opposer une opinion qui s’appuie du moins sur des faits, et qui. peut-être, ne paraîtra pas sans. quelque valeur, quand on relira ce peu de lignes de notre incomparable du Gange : «Nescio an vox hœc icondita) sit  » ab horreorum conduis, ita ut sic appellata fuerint loca in quibus illa eranl. »quae horre afs calia dicunturin1. 16God.Tbeod.deSuscepior.(12,6),cuti jus modi erant in provinciis cpiorum meminit Ammianus, Hb. XXVIII, «p. 385, éd. Valesii^ )).

V. La commote, compot; la trêve, le village, tref, tribus, villa, kaer, bot.

La cité des Helvètes, divisée, selon César, en quatre pagi, renfermait quatre cents vici et douze oppida. Or, je trouve la trace certaine de cette antique division territoriale chez les Bretons insulaires , ces religieux gardiens des coutumes paternelles.

« Avant la conquête du royaume de Londinium par les Saxons, le Brenin Dunwallon y avait établi des règlements d’une sagesse incomparable. Ces

règlements étaient encore en vigueur du temps d’Hoel le Bon ,fils de Cawdell, qui, toutefois, dut modifier et même abolir certains usages. Mais «quant aux divisions de la terre, il les laissa telles qu’elles étaient sous «le prince Dunwallon qui avait mesuré tout le pays, calculé la longueur de «ses chemins, établi la somme de ses produits’. La mesure du pouce avait «été basée sur la longueur de trois grains d’orge; trois pouces faisaient une «palme; trois palmes un pied; trois pieds un pas; trois pas un saut; trois «sauts un sillon [erw).il y avait quatre crws dans chaque tyddyn^; quatre tyddyn dans chaque randir; quatre randirs dans chaque javael’^; quatre javael dans chaque trêve ou village; douze maneols, plus deux trêves, «dans chaque commote. Deux commoles formaient un cantref, c’est-à-dire «une réunion de cent villages ».»

Cette division , d’une régularité si étrange, paraît impraticable. Cependant il est certain qu’elle a été longtemps en vigueur dans le pays de Galles, en Irlande, et qu’elle a été introduite dans l’Armorique, au VI siècle, par les Bretons fugitifs. Les mots ran, partage de terre; compot, commote (moitié du caniref); tref, village; ces mots, souvent inscrits dans le Cartulaire de Redon, attestent que les Bretons y firent dominer les cou- tumes de leur pays. Mais jusqu’à quel point ces usages durent-ils se modifier en passant sur le continent? La commote se composa-telle toujours de cinquante trêves ou villages? Ces trêves restèrent-elles ce qu’elles étaient dans l’ile? Je ne puis le dire; mais il est certain que la commote du pays

de Redon renfermait, elle aussi, un certain nombre de trêves ou de villae . » Vendidimus rem proprietatis nostra Ran Judwallon , silani in jago «nuncupante Broweroc, in condita plèbe Carantoerensi, in compoto Bachin, i in villa qux vocatur Treb Arail. »

En général, les mots villa et villaris s’employaient, au IX siècle, pour désigner un petit village, un hameau, avec leur territoire. Dans le pays breton, les mots ker, bot, ran, avaient aussi cette signification.

De même qu’il existait cbez les Francs de grands villages se composant de plusieurs villœ, ou domaines, il y avait, chez les Bretons, des trêves qui renfermaient plusieurs hameaux. Ces trêves, lorsqu’on y avait bâti des églises, formaient de petites paroisses rurales. Voici, par exemple, quelques détails caractéristiques sur la fondation de la trêve de Landrévarzec , l’une des plus anciennes du diocèse de Cornouaille

:

«Vers le même temps (au VI siècle), Hartbuc, venu d’outre-mer, acheta «du roi Gradlon, au prix de 300 sous d’argent, une trêve ayant vingt-deux «villages et située dans le ploa de Britbiac; et, comme cet homme n’avait « ni fils ni parents, il recommanda sa personne et ses biens au comte GradIon.Après la mort de Harthoc,moi,Gradlon,j’ai recueilli cette terre,nommée la trêve de Harthoc , avec toutes ses dépendances, prés, bois, eaux , terres «cultivées ou non cultivées, et j’en ai fait don à Saint-Guénolé, pour payer «les frais de ma sépulture et de mon tombeau. »

De nos jours encore, la réunion de deux ou trois maisons constitue ce qu’on appelle, en basse Bretagne, un village.

VI.Des noms de lieux.

La langue bretonne, avant les invasions normandes, était parlée dans la plus grande partie de l’évèché de Vannes, dans le pays de Guérande et dans les diocèses de Cornouaille, Léon, Tréguier, Saint-Brieuc, Saint-Malo et Dol . L’ancienne limite séparative entre le pays gallo et le pays bretonnant

est marquée sur ma carte par une ligne qui, partant des bords du Couesnon, au nord de la péninsule , traverse le territoire de Pleine-Fougère , Cuguen Lanrigan, Langouet, Langan, Mordelles, Bréal, Goven, Fougeray, Pierric, leGàvre, Quilly, Québillac, Cambon et Branbu, pour aller aboutira l’embouchure de la Loire, au sud, en laissant la ville de Donges un peu sur la gauche.

Après l’occupation de la péninsule par les Normands, les limites du breton durent nécessairement se resserrer. On peut estimer que cette langue incessamment refoulée vers l’ouest, recula de quinze à seize lieues sur toute la ligne, excepté, toutefois, dans cette partie des anciens doyennés de Péaule et de la Roche-Bernard qui renferme les paroisses de Limerzel Billiers, Camoel, Herbignac, Saint-Lyphard, Poulpu et Saint-Nazaire. Dans cette zone exceptionnelle, où l’on trouve encore un si grand nombre de terres et de villages dont les noms commencent par les monosyllabes ker, tref, pen, etc. et où le breton est resté mêlé, en proportion assez considérable, avec l’idiome des contrées voisines; dans cette zone, dis-je, la langue des descendants de Riothime et de Waroch perdit moins de terrain et per- sista plus longtemps qu’ailleurs.

En examinant avec quelque attention les noms de paroisses inscrits sur notre carte , le lecteur remarquera que , en avançant vers la Bretagne bretonnante, les noms de lieux, presque semblables, dans les pays gallos de Rennes et de Nantes, à ceux du reste de la France, changent brusquement de physionomie et commencent tous par des monosyllabes caractéristiques, de telle façon que les traces de l’occupation du pays par les Bretons insulaires

sont en quelque sorte inscrites à chaque pas sur le sol. Voici la liste à peu près complète de ces préfixes et de ces affixes, dont les uns sont des prépositions, les autres des substantifs ou des adjectifs :

Ar, sur; Ar-mor, sur la mer;

Aut, AoT, rivage de la mer^;

Batz, écueil à fleur d’eau ;

Bot, village, habitation rurale

Bras, grand , mais plutôt gros;
Bre, Bren, Bron, montagne, colline, mamelon,

Bro, province, pays’;
Carn, amas de pierres;
CoET, bois , forêt;

CoMPOT, commote, demi-cairn/ » (demi-centaine);
CoNC, baie formant bassin et où des navires peuvent trouver un abri « ;

Cran, bois, forêt ;
Cruc, acervus; tumulus;
CwM, CoMB, CoNS, vallée

Faol Fav Fol; hêtre

Frot, Frout, torrent, eau courante;

GoR, au-dessus’;
GuER , GoEZ, ruisseau ;
GuERN, Wern, iieu planté d’aunes ;

Gwic, bourg
Hen, vieux (Henpont);
HiR, long ;
Kaer, Rer, Caer, village, château, métairie ;

KiLL, ermitage, refuge, oratoire;

Lan, église, monastère, terrain consacré;
Les, Lis, cour de justice, demeure seigneuriale, palais;

Lin, étang, lac  »;
LoG , loge , ermitage , oratoire
Mael, bénéfice, seigneurie

Maen, Men, pierre ;

Maes, Mes, champs, culture à la porte d’une ville ;

Mar, Mer, Meur, Moit, grand, vaste, étendu;

MoR mer ;

Nant, ruisseau, rivière ;

Pen , tête , sommet , extrémité;

Plou, tribu, territoire, paroisse;

Ponz , PoRTH , pori , entrée , porte

Pou, province , cité , territoire ^
PoDL, baie, excavation, trou’;
Pren, bois, forêt ‘ »;
Ran, portion de terre, habitation « ;
Ros, terrain en pente douce et arrosé ‘-;

Steyr, Ster, Ester, rivière »;
TouL, même signification »;
Tre, au delà; Poa-tre-coet , pagus transsiivam

Tref, Trev, Treo, Treu, village, trêve;
Très, Traes, sable, grève, rivage
Tron, Traon, vallée, vallon

Les noms de lieux, ai-je dit ailleurs, suffiraient, à défaut de chartes,

pour marquer les frontières du pays où s’établirent les émigrés du V siècle. En effet , lorsqu’on se dirige vers la contrée restée bretonne en dépit de tant de bouleversements,un fait étrange se présente: la plupart des noms de châteaux ou de grandes métairies sont formés de deux mots soudés ensemble, et dont le premier appartient à la langue française, tandis que le second est un mot breton : ainsi la Ville-Hélioù la Ville Gourion, la Ville- Raut, etc. On remarquera que la premiève partie de ces noms [Ker) a été traduite, tandis que l’autre, dont on ignorait probablement la signification est restée bretonne. Ici donc la langue rend témoignage des combats soutenus, des pertes éprouvées et d’une résistance plus ou moins indomptable «Les langues s’en vont, disait naguère M. Alfred Maury, mais les lieux

qu’elles ont habités gardent dans leurs noms l’empreinte puissante de leur vocabulaire, et ces noms disent aux générations suivantes quelques mots des «idiomes qu’on ne parle plus. Voilà pourquoi les philologues ont recueilli, «avec tant de soin, les appellations, en apparence insignifiantes, de chélifs « villages et de localités peu connues ».

CHAPITRE IV.

I. Les Nannètes. — Limites de leur cité. — Leurs villes principales. Origine des pagi. — Voies romaines.

I. César ne parle qu’une fois des Nannètes. «Après avoir arrêté leur plan «d’opérations, dit-il, les Vénètes fortifient leurs villes, transportent des

Campagnes leurs blés dans les places fortes, et rassemblent dans la Vénè- utie tous les navires dont ils peuvent disposer Ils s’associent, pour cette guerre, les Osismes, les Lexoves, les Nannètes, les Ambiliates, les «Diablintes, les Ménapes, et ils envoient demander du secours dans la « Bretagne, qui est située sur la côte opposée »

De tous les peuples de la péninsule, les Nannètes et les Osismes furent donc les seuls appelés à combattre pour les Vénètes dont ils étaient, il est vrai, les plus proches voisins. A cette époque, selon Strabon, les Nannètes étaient limités, au midi-, par la Loire-, au nord, par le Samnon qui coulait entre eux et les Rhedons; au nord-ouest, par la Vilaine qui les séparait des Vénètes; à l’est, par la cité des Andégaves’.

Le département de la Loire-Inférieure, dont le territoire, moins les cantons situés sur la rive gauche du fleuve , représente la cité des anciens Nannètes*, est aujourd’hui l’un des plus fertiles et des plus peuplés de la Bretagne . Mais, à l’époque de la conquête romaine, il n’en était pas ainsi. D’immenses forêts couvraient l’intérieur du pays divisé, comme on sait, en plusieurs bassins dont les eaux se déversent dans le Samnon , le Don , l’Isac l’Erdre et la Loire.

Une terre n’est habitable que lorsqu’elle peut offrir les ressources nécessaires à l’entretien de la vie. Les côtes, les vallées voisines des fleuves, en raison de leur fertilité exceptionnelle, furent naturellement les premières

occupées. C’est beaucoup plus tard, quand les progrès de l’agriculture eurent obtenu de la terre des produits abondants, que la population put s’avancer graduellement vers l’intérieur. Du temps de César, la culture nannète était, selon toute apparence, peu développée, puisque P. Crassus, campé sur le territoire des Andégaves , fut forcé d’envoyer chercher du blé chez les Curiosoliles et chez les Vénètes ‘. Toutefois, dès l’époque la plus reculée , les habitants de ce coin de terre paraissent s’être livrés avec ar- deur à la navigation; et ils y obtinrent de tels succès, que Corbilon, leur principal marché (ÈfjLTtope’tov) , devint non moins florissant que celui de Marseille et de Narbonne .

Mais quelle était précisément la position de cette place commerciale, dont les habitants, suivant Polybe, ne voulurent donner aucun renseignement à Scipion sur l’île de Bretagne ? Strabon dit formellement que la ville était située sur le bord de la Loire ^. Etait-ce vers l’embouchure du fleuve ou bien, en amont, son remplacement actuel de Nantes? Les opinions sont

partagées : quelques-uns, et des plus doctes, tels que Adrien de valois.

d’Anville et L’abbé Lebeuf, supposent que Corbilon s’élevait à Coiron gros bourg où la Loire offre un excellent mouillage; d’autres, tels que Sanson et Huet (le savant évèque d’Avranches), identifient Koibilon et Con- devmcam. Enfin , il en est qui placent le célèbre emporium sur la petite rivière de Brivé [Brircites portas), il serait téméraire, quant à présent, de trancher la question; mais celle de savoir si c’est à Nantes ou à Blain qu’existait la capitale des Nannètes, est loin d’offrirr, selon moi, les mêmes difficultés.

Personne n’ignore que Ptoléuiée, qui fait de Condevincum (KovSvovtyxov) le chef-lieu des Nannètes, les établit d’abord au midi des Vénètes, sur les bords de la Loire, puis, par une interversion évidente, entre les Cénonians et les Abrincatui. Jusqu’ici, ce déplacement, dont on trouve plus d’un exemple chez le géograpbe de Péluse , n’avait soulevé, parmi les savants, aucune espèce de discussion. Cependant, poussé par le désir de faire de Blain, sa ville natale, non pas seulement une importante station romaine, mais la capitale même des anciens Nannètes, un docte et vénérable écrivain s’est naguère imposé la tâche impossible de démontrer la double thèse que voici :

1° Les Nannètes, placés par Ptolémée au delà des Andégaves, et dont Condevincum était sans doute la capitale, ne doivent pas être confondus avec les Nannètes de la Loire;

2° La ville actuelle de Nantes n’était, primitivement, que le vicus-portas de la cité des Nannètes- Ligerains, dont la petite ville de Blain devait être et fut, jusqu’au IV siècle, le chef-lieu, la capitale.

La thèse, il le faut reconnaître, a le mérite d’être neuve; mais tous les arguments du savant géographe peuvent être victorieusement retournés contre lui.

Pour réfuter le système, il suffit de l’exposer en peu de mots

Nous continuerons donc à croire, avec Adrien de Valois et d’Anville, que la capitale des Nannètes était placée non pas au fond des terres, mais sur leur grand fleuve, et que Condevincum (mot synonyme de Condate , confluent) était la ville actuelle de Nantes, située, comme on sait, au point de jonction de l’Eidre et de la Loiret

Avant d’en finir avec Corbilon et Condevincum , il n’est point inutile de rappeler un passage de Strabon, auquel on n’a guère pris garde jusqu’ici, quoi- qu’il mérite d’être noté : «Il est, en Gaule, dit le géographe, quatre points «du littoral, où l’on a coutume de s’embarquer pour la Bretagne, savoir : «l’embouchure du Rhin, de la Seine, de la Loire et de la Garonne.»

Ainsi, malgré tous les changements administratifs opérés par les conqué- rants, l’embouchure de la Loire, oîi aiïluaient les vaisseaux et les marchan- dises de l’île de Bretagne, lorsque Corbilon existait, était encore, sous Auguste, l’un des ports qui communiquaient le plus souvent avec l’île! Au surplus, nous reviendrons sur le fait, à propos de la marine des Vénètes, ces maîtres dans l’art de la navigation , auxquels appartenait le commerce britannique .

II – Non loin du bourg de Montoir, entre Donges et Saint-Nazaire , se trou- vait aussi un petit port, Brirates portas, qu’on a longtemps confondu avec Gésocribate. Cette erreur n’aurait point été conunise si l’on avait remarqué l’ordie rigoureusement exact avec lequel Ptoiémée établit les différents

points géographiques. Selon l’écrivain grec , le Brivates portns était placé au-dessus de l’embouchure de la Loire’, en remontant vers le nord, et il indique avec non moins de précision le point où la Vilaine se jette dans la mer. C’est donc certainement dans le bassni où coule actuellement la petite rivière nommée , dans des titres fort anciens , la Brivé , Brivate Jliimen qu’il faut chercher le Brivates portus. En plaçant ce port à Brivain , M. Walc- kenaer commet donc une double erreur. D’une part, il contredit Ptolémée, dont le texte s’applique à un lieu situé au-dessus et non au-dessous de l’embouchure de la Loire; d’autre part, il transforme en Briva celtique la paroisse de Saint -Brévin^, qui tire tout simplement son nom d’un saint du moyen âge ».

III – Dans la partie la plus septentrionale de l’Aquitaine, les Piétons, selon

Ptolémée, possédaient une ville nommée Raticitum  »
ont voulu faire la capitale des Lcmovices. Mais, « outre (\a Aacjustoritam , dit «d’Anville, revendique d’une manière incontestable l’emplacement de la H capitale de ces Leniovices, deux manuscrits de la Bibliothèque du roi, cités « par M. l’abbé Belley, rangent tous les Pictones et nomment même, en pre- « mier lieu , comme première en longitude dans ce territoire , la ville dont

« le nom est Ratialam  ». » Grégoire de Tours atteste
tiate était une ville du Poitou , et qu’elle s’élevait à peu de distance de Nantes ‘. Cependant d’Anville hésite à fixer d’une manière positive le lieu qu’occupait Ratiatuni : u On peut seulement préférer h toute autre position, « dit-il, celle de Saint-Pierre-et-Sainte-Opportune de Retz ^. « L’abbé Belley, M. Guérard et M. Walckenaer partagent cette manière de voir; mais Ratiate, il est permis de l’affirmer aujourd’hui, occupait l’emplacement de Rezé, sur l’extrême frontière des Pictons. Les nombreux débris d’antiquités

romaines découverts dans ce bourg, son voisinage de la ville de Nantes {infra Pictavoram terminum adjacet civitati Nanineticœ , id est vico Ilalialensi], tout cela est décisif.

IV. Grâce aux laborieuses recherches de MM. de la Monneraye, Bizeul Aymard de Blois, Paul de Courcy, Louis Galle, etc. de nombreux vestiges romains ont été successivement découvcrls en divers lieux de la haute et de la basse Bretagne. Les points les plus importants de notre géographie gallo-romaine ime fois déterminés, l’on a été amené à étudier les voies romaines qui unissaient entre eux les établissements retrouvés. Je ne sais ce qu’il faut penser des sept voies qui, selon M. Bizeul, aboutissaient à Blain et mettaient cette ville en communication avec le Poitou, le Maine, l’Anjou, et, en outre, avec les villes de Rennes, de Vannes, et les ports de la basse Loire. Mais il est certain que de Rennes partait une voie qui se diri- geait vers Pontpéan. On a signalé, en effet, le passage de cette voie dans la paroisse de Laillc [panchia Laliacensis) ; à l’est du bourg de Cons, où l’on a trouvé de nombreux débris romains; de là, elle passe près de Pléchatel, ainsi nommé d’un antique castcUiiin; par le village du Pcrrai; à l’ouest de l’habitation du Plessis-Bardou et enfin sur la lande de Bagaron, où l’on en retrouve des tronçons très-bien conservés. Elle traverse ensuite la partie ouest de la paroisse de Bain; et, suivant toujours la direction du sud, elle arrive à Fougeray, où elle reçoit le nom de chemin de la duchesse Anne, pour se rendre de là à Blain, par les paroisses de Pierric, Conqucreuil et le Gâvre.

Une autre voie, dont on distingue aisément la trace de Vannes jusqu’à Arzal , conduisait à la capitale des Nannètes. A l’époque où le président de Robien rechercliait les antiquités bretonnes, on la reconnaissait encore depuis la Roche-Bernard jusqu’à Pont-Château; mais les travaux de la route moderne en ont effacé les vestiges entre la Vilaine et la Loire.

Cartulaire de l’Abbaye de Redon en Bretagne. Publié par Aurélien de Courson

II.Des anciennes subdivisions du pays Nantais.

De tous les districts dont se composait, vers la fin du IX siècle, le diocèse de Nantes, le pagus Ratiatensis était certainement l’un des plus antiques et des plus importants. Y a-t-il lieu, cependant, d’affirmer, comme on l’a

fait, que cette contrée était habitée, avant la conquête Romaine, par quatre petites peuplades agrégées à la confédération armoricaine, et qui constituaient la nation des Lemovices Armoricani? Peut-être, dans l’état actuel de la

science, serait-il plus sage de ne se point hâter de trancher la question. Mais on peut croire, du moins, que, dès une époque très-reculée, Ratiate était le chef-lieu d’un territoire dont le nom [Ratiatensis p(igus) est cité par Grégoire de Tours et qui formait l’un des cantons les plus importants de l’antique cité des Picloues. Le vieil historien des Francs fait aussi men- tion du pacjus Herhatilicus qui renfermait, dit-il, le vicas Becciacus, sur les

,

confins du Poitou. Venait ensuite le Medalgicus pagus, situé de l’autre côté de la Sèvre, et qui, sous l’empereur Honorius, avait perdu une poition de son territoire (ju’on appela , du nom de ses nouveaux habitants, Theofalcjicas pagus. Du temps de Strabon, ces contrées dépendaient de la cité des Pictones »; mais elles en furent distraites, au IX siècle, lorsque Lantbert, l’ami et le complice de Nominoë, fut amené, par une injustice de son souverain, à prendre les armes contre lui. A la mort de Richouin, comte de Nantes, Lantbert s’était flatté de le remplacer; et, en effet, le brillant courage du guerrier sur le champ de bataille de P^ontenai méritait une telle récompense. Mais Charles le Chauve ne la voulut pas accorder, parce qu’il craignait, dit la Chronique de Nantes, que, voisin des Bretons parmi lesquels s’était passée sa jeunesse, Lantbert n’eût un jour la tentation de faire cause commune avec eux’. Peu de temps après, le choix du roi s’étant

arrêté sur Renaut, comte de Poitiers et d’Herbauge, Lantbert n’hésita pas à se joindre aux Bretons, pour se venger d’un rival détesté. Renaut, surpris sur les bords de l’Isac, ayant été tué près de Blain, Lantbert se hâta de marcher sur Nantes, qui lui ouvrit ses portes. Mais il ne tarda pas à en être chassé par les habitants de la ville; et il n’y put rentrer qu’à la suite des Normands, dont il fut accusé d’avoir provoqué les incursions ^ Pour résister aux ennemis de l’intérieur et du dehors, Lantbert sentit le besoin de se fortifier du côté de l’Aquitaine, et, dans ce but, il partagea l’ancien ter- ritoire du Ratiatensis pagiis entre trois de ses lieutenants. A Confier, son neveu, il concéda en ficf le pays d’Herbauge; à Régnier, celui de Mauge, et à Giraud, le pagus Theofalgicus’-. Il paraît que, à la suite des invasions normandes, les limites de ces contrées avaient été bouleversées, car la Chronique de Nantes rapporte que le duc Alain Barbe-Torte eut à s’entendre avec Guillaume Tête-d’étoupe , comte de Poitiers, sur leur circonscription : (( De quibus [pagis], dit le chroniqueur nantais, fmem fecit (Alanus), «sicut ipsi pagi terminant, id est a llumine Ladionis in Ligerim descen- « dente, usque ad Irumnam et Petram ficlam et Ariacum’ et llumen Ledii, 1′ quod in occidentale mare decurrit; et l)asc omnia in vita sua quieta reti- «nuit’.» Ainsi donc les limites des trois pays d’Herbauge, de Mauge et de Tiffauge étaient, vers le milieu du X siècle, au nord, la Loire; au nord-est, le Layon, qui se jette dans la Loire au-dessous de Montejan; au sud, la mer et l’embouchure du Lay; à l’est, cette même rivière et celle de l’Iromne, qui se décharge dans le Layon, non loin du bourg de Saint-Lanibert-du- Lattay; à l’ouest, l’Océan Atlantique. Il paraît certain qu’à une époque dont la date n’est indiquée nulle part, mais qui doit être antérieure à la donation rapportée plus haut , le pays d’Herbauge renfermait tout le territoire situé entre la Loire et le Lay, à l’ouest des pagi medalgicus et Theofalgicus, c’est à dire les doyennées de Retz, de Clisson au nord-est de Mareuil

[Mariolensis], à l’est; de Talmont, au sud; et, enfin, d’Aizenai, à l’ouest. Les preuves ne manquent pas sur ce point. Et, d’abord, l’écrivain narrateur des miracles de saint Filibert de Grandlieu n’hésite pas à placer dans le pagus Herbadillicas l’ancien monastère de Déas, qui, selon le Fouillé de Nantes, faisait partie du doyenné de Retz^ Au pagus Herbudillicus appartenait également le decamUns Clissioncnsis , comme l’atteste le biographe de saint « Viventius*. Le doyenné de Mareuil dépendait aussi du même district, car la Chronique de Nantes rapporte que le heu où Confier battit le comte Bégon était situé en Herbauge, sur les bords de la rivière de Boulogne, et dépendait du doyenné de Mareuil, tandis que Durenum, où fut enterré le chef aquitain, se trouvait en Tiffauges\ Enfin, des textes non moins positifs

établissent que le comitaius Herbadilliciis renfermait en outre les deux doyennés de Talmont et d’Aizenai.

Que si, maintenant, nous passons sur la rive droite de la Loire, il est très-difficile de se former une idée un peu nette des subdivisions de la vieille cité nanincte. Son territoire, nous le savons, formait, au moyen âge, les trois doyennés de Nantes, de Niviliac (Rocbe-Bernard) et de Châteaubrianl; mais nous ignorons absolument jusqu’à quel point ils correspondaient à d’anciennes circonscriptions territoriales.

Avant la fin du V siècle, toute la partie maritime du diocèse de Nantes, depuis la Loire jusqu’à la Vilaine, avait été plus d’une fois saccagée. Les incursions des pirates, et, plus tard, l’arrivée des Bretons expulsés de leur île, durent nécessairement modifier l’état ancien du pays.

J’ai dit plus haut que les Bretons [Britanni super Licjcrim sitl) semblent avoir occupé de bonne heure la pointe de terre qui s’étend de l’embou- chure de la Vilaine à celle de la Loire’-‘. Telle était sans doute aussi l’opi- nion de D. Lobineau, puisque, d’après lui, la ville de Guérande aurait reçu de Guéroc I », comte du Bas-Vaunetais, le nom d’Aula Quiriaca^.

On se rappelle sans doute que, sous les Mérovingiens, ie pays nantais fut le théâtre de luttes incessantes entre les Bretons et les Gallo-Francs. Or, si les nouveaux habilants de la Vénétie n’avaient pas compté sur des compatriotes toujours disposés à leur prêter main-forte de l’autre côté de la Vilaine, concevrait-on la facilité avec laquelle Waroch et Vidimacle traver- saient le fleuve pour aller ravager le comté nantais? Quoi! les nombreuses armées envoyées en Bretagne par les Mérovingiens s’inquiélaient d’avoir à passer le fleuve, quoique, sur l’autre rive, les Francs possédassent l’importante forteresse de Vannes, et les Bretons, ayant l’ennemi devant et derrière eux , se seraient fait comme un jeu d’exécuter continuellement une manœuvre aussi dangereuse! Mais les Gallo-Francs n’auraienl-ils pas fini par jeter dans la rivière ces bandes audacieuses qui s’en revenaient, dit Grégoire de Tours, traînant après elles non-seulement de nombreux prisonniers, mais encore le vin qu’on devait boire dans le pays breton ? Quoi qu’il en soit, il paraît certain que, dès ce temps-là, des Bretons, établis, selon toute apparence, dans le pays de Guérande, avaient poussé des pointes sur la rive gauche de

la Loire. Dans une Vie fort ancienne de saint Dalmas on lit, en effet, le curieux passage que voici : « Desiderio refertus pontifex Christiani «régis Theodoberti tendebat videre prajsentiam, cumque ad illuni devo- <: tissimus ardue festinaret in ultra-ligeranis partibus, quodam loco ubi aliqua (i(ut ita dicam) legioBritonum manct, vespertinam hospitalitatem habuisse ‘( narratur^.»

Ces paroles ne prouvent pas, je me hâte de le dire, que les Bretons fussent établis, h poste fixe, sur la rive gauche de la Loire, en l’an 533; mais la mention d’une legio Britonum in ultra- lùjeranis partibus, puis cette autre circonstance que, dans d’anciennes chartes relatives à la paroisse de Frossay *, la plupart des témoins portent des noms celtiques, tandis que dans le reste du pays nantais, le territoire de Guérande excepté, on ne ren- contre que des noms francs »; tout cela ne semble- t-il pas prouver qu’avant le ix’ siècle une colonie bretonne s’était établie dans la presqu’île guérandaise ? A l’appui de cette assertion, je puis encore citer quelques vers de Fortunat et un passage de la Chronique de Nantes, qui n’avaient pas jusqu’ici fixé mon attention. Voici d’abord les vers adressés par le poète gallo- romain à son ami saint Félix , évêque de Nantes :

Restituisterrisquodjurapublicapetebanl!.. . Vox Procerum , lumen generis, defensor plebis,

Naufragiuiii prohibes hic ubi porlus ades. Auctor aposlohciis, qui jura hritannica vincens »,

Tulus in adversis, spe crucis, arma fugas’.

Ainsi, selon Fortunat, ce qui fait la gloire de saint Félix, c’est d’avoir, par l’autorité de sa parole, rétabli l’empire du droit, et empêché les Bretons de faire prévaloir, dans son diocèse, leurs institutions politiques [jura hri- tannica) et sans doute aussi leurs usages religieux. Or, si les Bretons s’étaient bornés à quelques incursions sur la rive gauche de la Vilaine, s’ils n’avaient point pris pied dans le pays nantais, comment saint Félix aurait-il donc mérité le titre doublement glorieux de restanratenr et de défenseur des coutumes de son peuple?

Le passage de la Chronique de Nantes , bien qu’il se rapporte à une époque moins ancienne, n’en milite pas moins en faveur de ma thèse. Actard. chassé de son diocèse par Nominoë, y avait été rétabli par Erispoë, en 851. Mais Gislard, l’évêque intrus, n’ayant voulu abdiquer que sous certaines réserves, réussit à faire de Guérande le siège d’un petit évêché. Or, quel appui Gislard avait -i! donc pu trouver dans le pays nantais, sur la rive gauche de la Vilaine, alors que, dans le Haut-Vannetais, les Bretons, on s’en souvient^, étaient traités en ennemis par les populations? Le chroni- queur nantais répond en ces termes à la question: «Gislardus, quem Nomenoius rex episcopum Nannelensem instituerat , ab eadem civitate «recessit, et Britonum potentia, apud Aulam Quiriacam (quae ai ipsis Bri- M tannis illiiis loci incoUs nunc Guerrandia nuncupalur) hospitatus est*. »

Cette hospitalité accordée au prélat intrus par les habitants du pays guérandais (où tout était breton, mœurs, coutumes, noms d’hommes et de lieux, etc.), cette hospitalité, dis-je, n’est-elle pas un nouvel argument en faveur de mon opinion?

Au xi » siècle, lorsque la Bretagne fut délivrée du joug des Normands, les anciennes divisions territoriales se reconstituèrent, mais non sans de profondes modifications. Vers ce temps-là, le pays nantais comptait un grand nombre de seigneuries importantes, telles que la Roche-Bernard’, Retz^, Pontchâteau^, Chàteaubriant, Donges, Ancenis’, Guérande, Blain, Fougeray, Derval, etc. Mais l’histoire de ces grands fiefs, si souvent remaniés de siècle en siècle, n’entre pas dans le cadre, déjà trop vaste, de mon tra- vail. Aussi bien, d’ailleurs, la carte féodale de la Bretagne sera t-elle prochainement publiée par l’écrivain le plus compétent sur ces matières, par M. Arthur de la Borderie, le savant et infatigable disciple de Dom Lobineau et de Benjamin Guérard.

III. Divisions ecclésiastiques. — Origines du diocèse de Nantes.

Au diocèse de Nantes, entre tous ceux de la presqu’île armoricaine, appartient l’honneur d’une plus haute antiquité. Mais cette antiquité, la

doit-on faire remonter aux temps apostoliques, ou tout simplement à la dernière moitié du m’ siècle? La question , longtemps débattue par les maîtres de la critique historique, semblait, de nos jours, à peu près résolue, lorsque naguère un savant ouvrage de M. l’abbé Faillon’ est venu faire naître des doutes dans beaucoup d’esprits.

Je n’ai point l’intention, on le pense bien, de disserter ici sur un sujet si vaste et si délirât; mais il importe de recueillir les divers témoignages et d’en peser la valeur historique.

La tradition d’après laquelle saint Clair aurait fondé, dès la fin du III siècle, le sitge épiscopal de Nantes, a été acceptée, sans hésitation, par un éminent critique, le bollaiidistc Papebrocke ‘^. Toutefois, nous ferons remarquer que cette tradition , inconciliable avec les écrits de Sulpice Sévère et de Grégoire de Tours ^, ne se peut appuyer que sur des documents peu nombreux et dont la date est relativement moderne : c’est d’abord un Ordinaire, ou rituel abrégé de l’église de Nantes, écrit, en 1268, par le chantre Hélie, et

dont la bibliothèque de Sainte-Geneviève possède le manuscrit*. Vient ensuite un bréviaire manuscrit de ia même église, composé vers la fin du XIV siècle

I. D’après le rituel, saint Clair, envoyé par le pontife romain et portant avec lui l’un des clous employés au crucifiement de saint Pierre, aurait été le premier npôtrc et le premier évêque des Nannètes. Ces assertions, il faut le reconnaître, sont nettement énoncées; mais il n’est pas dit un mot de l’époque où le saint accomplit sa mission-.

II. L’auteur du bréviaire du XIV siècle se montre, au contraire, très- explicite sur la question de date. Clanis était, affirme-t-il, l’un des auxi- liaires des apôtres; et, pour prouver, apparemment, que rien de ce qui concerne le saint ne lui était inconnu, il rapporte que le clou mentionné dans le rituel est celui qui attacbait à la croix le bras droit de saint Pierre*. Or, l’asserlion d’un écrivain du XIV siècle, dont on ne sait pas même le nom peut-elle infirmer le témoignage d’auteurs beaucoup plus anciens et qui n’a- vaient aucun intérêt à cacber la vérité*? Certes, il faut tenir compte des textes oii saint Justin et TertuUien proclament, l’un vers le milieu, l’autre A la fin du n’ siècle, qu’en tous lieux Jésus-Christ était dès lors invoqué, et que là même où n’avaient pu pénétrer les aigles romaines le cbristianisme était enseigné. Mais, sans contester que, dès les temps apostoliques, la Gaule, plus accessible que la Bretagne, ait pu recevoir quelques missionnaires de la Bonne Nouvelle, ne doit-on pas tenir pour à peu près certain que les

premières chrétientés fondées à cette époque eurent une durée éphémère S’il en était autrement, quelle créance mériteraient donc Sulpice Sévère et Grégoire de Tours, affirmant l’un et l’autre que le christianisme se répandit assez tard en Gaule, et que, malgré le zèle de saint Gatien et de saint Lidoire , le paganisme régnait encore dans une grande partie de la Touraine quand Dieu suscita saint Martin ‘ :’ Aussi, les esprils vraiment critiques inclinent-ils, pour la plupart, à partager le sentiment de Dom Lobineau qui fait mourir saint Clair à Réguiny. à Ja fin du III siècle. D’un autre côté, ceux-là mêmes qui placent au i » siècle l’érection d’un évèché à Nantes, n’hésitent pas à reconnaître , avec la commission liturgique du diocèse , que l’œuvre accomplie par Clarus ne fut pas définitive, et que saint Similien, auquel le double martyre des deux frères Rogatieu et Donatien avait préparé les voies doit être considéré comme le véritable fondateur de l’église nantaise ^.

Après saint Similien se succédèrent quelques évêques dont l’existence est clairement attestée par l’histoire : Evemerus, Desiderius, Léon, Eusebius, Nonnecbius, Épiphane. Saint Félix, qui vint ensuite, fut véritablement un grand évèque. Ses travaux jetèrent un vif éclat sur son diocèse. Sa cathé- drale, ornée avec une rare magnificence, excitait l’admiration des évoques gallo-romains du voisinage, et ceux-ci, pour la plupart, voulurent assister à la consécration du monument. Parmi ces prélats se trouvaient Euplirone, évoque de Tours; Domilien, d’Angers; saint Domnole, du Mans; Victurius. de Rennes; Fortunat, do Poitiers, et Romachaire, de Coutances’. On remarquera qu’aucun de ces prélats n’était Breton. Ce serait une preuve de plus, s’il en était besoin , qu’entre le clergé de la Romanie et celui de la Bre- tagne, «il n’y avait alors de commun, comme parle D. Lobineau, que le « lien de la foi et de la charité ^. »

J’ai dit ailleurs que, des neuf évêques de l’ancien duché de Bretagne, six , c’est-à dire ceux de Cornouaille, Saint-Pol-de-Léon, Tréguier, Saint- Brieuc, Saint-Malo et Dol, possédaient la seigneurie universelle de leur ville épiscopale, tandis qu’il n’en était pas de même à Nantes, à Rennes et à Vannes. Cette diversité, on l’explique par ce fait bien simple, que les

premières villes sont de fondation bretonne , tandis que les trois autres existaient antérieurement. Cependant nous ferons remarquer que saint Félix semble avoir rempli, sous les premiers Mérovingiens, la double fonction d’évêque et de comte de Nantes, car aucun représentant de l’autorité royale n’y fut envoyé avant un certain Theudoald, dont il est parlé dans la Vie de saint Colomban’. Les immenses travaux que saint Félix fit exécuter dans sa ville épiscopale n’autorisent-ils pas à croire, d’ailleurs, que le prélat y exerçait une sorte d’autorité souveraineP Cette autorité, dans les siècles qui suivirent, fut sans doute amoindrie, et les comtes choisis par les rois francs finirent, on le conçoit, par devenir prépondé- rants dans Tordre civil et politique. Toutefois, au XIII siècle encore, la puis- sance temporelle des évêques nantais était loin d’être anéantie. Ils n’étaient obligés, — nous en trouvons la preuve dans une enquête ordonnée, en

1206, par Pliilippe-Auguste,
de fidélité au duc, ni de plaider devant sa cour. En temps de guerre, le prince faisait publier le ban de l’ost sur les murs de ville, en son propre nom; et il envoyait, tout aussitôt, prévenir l’évêque du jour et de l’heure du rendez-vous. Au temps fixé, le héraut du duc convoquait ses hommes, et le héraut de l’évêque les vassaux de ce dernier. Quand le prince Guerroyait avec ses troupes réunies à celles de févêque, l’armée s’appelait Yost. Au contraire, si c’était févêque qui faisait marcher les hommes du duc, on nommait harelle la troupe qu’il mettait en campagne. Dans cette harelle, les vassaux du seigneur temporel et ceux de l’évêque étaient rangés sous une

bannière distincte.
L’amende due par ceux qui ne se rendaient pas à l’ost ou à la harelle était

payée, soit au duc, soit à l’évêque, par leurs hommes respectifs.
Durant quinze jours, l’évêque avait le ban da vin dans toute la ville, et il en pouvait contraindre les habitants à lui prêter de l’argent. Pendant la

quinzaine suivante, le prince jouissait des mêmes privilèges.
Aucune assise, ou règlement général , ne se pouvait établir à Nantes sans le consentement de févêque. Le ban de la foire, qui se tenait au marchis de la ville, était publié au nom de fun et de fautre seigneur. Quand des plaintes s’élevaient sur le poids du pain ou de la viande de boucherie, l’évêque rendait la justice à ses hommes, et le prince aux siens. A la mort de l’évêque, la régale appartenait au duc, qui, toutefois, ne pouvait établir aucune taille nouvelle. Dès que la vacance cessait, le chapitre réclamait la restitution de la régale, ce qui se faisait immédiatement, sans qu’il y eût obligation pour le prélat de faire acte de présence. 11 n’y avait point d’appel des jugements de l’évêque à la cour du duc ^

Tels étaient, au commencement du XIII siècle, les privilèges des évêques de Nantes. Ces privilèges, nous l’avons déjà dit, remontaient très-haut, et il fallut des siècles pour les effacer complètement.

IV. Limites du diocèse de Nantes.

Les diocèses, dit M. Guérard, doivent être considérés, sauf quelques exceptions très rares,comme représentant parfaitement les anciennes cités de la « Gaule, et les géographes ont eu raison d’admettre cette correspondance ^. « 

On a lieu de s’étonner, d’après cela, que la géographie ecclésiastique de la vieille France n’ait pas été plus tôt étudiée et approfondie comme l’un des fondements de sa géographie politique et civile. C’est l’Eglise , en effet, qui, en modelant le nouvel ordre ecclésiastique sur l’ancien ordre civil et admi- nistratif gallo-romain, a fixé et conservé les limites des territoires et des petits peuples dont la Notice s’était bornée à transcrire les noms. —Mais,

jusqu’à quel point les cités, dont l’administration romaine avait tracé la circonscription, reproduisaient-elles les anciennes divisions territoriales de la Gaule? Chaque cité, comme au temps de César, renfermait-elle plusieurs pagi, et doit-on croire que ces pagi, malgré les vicissitudes du moyen âge, sont, en général, d’origine antique, et représentent le pays anciennement habité par les peuplades gauloises? Enfin, les archidiaconés , dont on fait remonter l’institution au règne de Charlemagne, ont-ils été composés, en grande partie, avec les pagi minores, et en reproduisent-ils, assez ordinairement, fantique circonscription?

Ce sont là d’importantes questions que nous ne nous flattons pas de résoudre , mais que nous examinerons du moins avec la plus scrupuleuse attention.

Nous avons tracé plus liaut ies anciennes limites des Nannètes. Leur cité, avons-nous dit, était bornée à l’ouest par la mer; au nord-ouest, par la ri- vière de Vilaine; au nord, par le Samnon; à l’est, par le territoire des Andé- gaves. Ces linu’tes, naturelles de trois côtés, restèrent celles du diocèse de Nantes, jusqu’au jour où le jeune Erispoë , vainqueur de Charles le Chauve ‘, obtint du prince la cession définitive du pays de Ratiate, situé sur la rive gauche de la Loire, et qui, depuis, n’a pas cessé de faire partie de l’évêché nantais. D’autres changements eurent lieu plus tard. Après l’expulsion des Normands, lorsqu’une nouvelle Bretagne s’éleva, pour ainsi dire, sur ies dé- bris de l’ancienne, quelques paroisses du diocèse de Nantes, Ercé, Messac, Fercé, en furent détachées pour être annexées au diocèse de Rennes; et voilà pourquoi Ercé s’appelle encore aujourd’hui Ercé-en-la-Mée, c’est-à-dire dans l’archidiaconé de la Mée, où Gislard avait établi, sous Erispoë, le siège de son petit évêché. Lorsque Renaut, comte de Poitiers, livra bataille aux Bretons, sur les bords de la Vilaine, Messac appartenait encore au pays nantais. Quant à Fercé, une charte de 1123 atteste qu’il dépendait du même territoire.

L’évêché de Nantes se composait,en 1287,de cent soixante-six paroisses. Ce nombre s’accrut naturellement avec le temps, comme le prouvent divers pouillés du diocèse. Dix-huit paroisses, ou trêves, dépendant, au spi rituel, de l’évêché nantais, relevaient de l’Anjou, au temporel; c’étaient : Freigné et la Cornouaille, sur la rive droite de la Loire, et, sur l’autre bord, Chantoceaux, Drain, Landemont, la Varanne, Lire, Saint-Christophe- de-la-Couprie , Saint-Laurent-des-Autels, Saint-Sauveur-de-Landemont, les trois paroisses de Saint-Jean, de Notre-Dame et de Saint-Jacques-de-Mont- faucon; la Renaudière, Saint Crespin et Tillières. Les sept paroisses suivantes, qui faisaient partie du comté de Nantes, étaient placées sous la

juridiction de Luçon, au spirituel : Bois-de-Cené , la Garnache, Grand’- Lande, Légé, Saint-Etienne-de-Corcoué, Saint-Jean-de-Corcoué et Saint- Etienne-des-Bois.

Remouillé et Bouin, deux paroisses du diocèse nantais, étaient situées en Poitou.

Cet état de choses, qui remontait à une époque assez ancienne, a subsisté jusqu’à la Révolution française.

Dans la nouvelle division de la France, toutes les paroisses du diocèse de Nantes situées en Anjou dépendent du département de Maine-et-Loire. Sept paroisses de l’ancien comté nantais ont été annexées au Morbihan,

savoir : Camoël, Férei, Nivillac, Penestin, Saint-Dolay, la Roche-Bernard et Théhillac.

Fougeray. l’antique Fulkeriac, a été annexé au département d’Ille-et- Vilaine.

Neuf paroisses, qui appartenaient anciennement, les cinq premières au diocèse et les quatre autres au comté nantais, font aujourd’hui partie de la Vendée. Ce sont: la Bernardière, la Brufière, Bouin, Cugand, Saint-André- de-Treize-Voix, Bois-de-Céné, la Garnache, Grand’-Lande et Saint-Etienne- des-Bois.

Le département de la Loire-Inférieure n’a gagné que trois paroisses, Fercé, Noyal-sur-Bruc et Villepot, qui dépendaient de l’évêché de Rennes. L’ancien évêché de Nantes comptait huit abbayes : Saint-Gildas-des-Bois,

La Chaume et Blanche-Couronne, de l’ordre de Saint-Benoît; Buzai, la Meilleraye, Geneston, Villeneuve, de l’ordre de Citeaux; enfin Pornic, de l’ordre de Saint-Augustin.

Le nombre des prieurés du diocèse s’élevait à plus de cent cinquante. J’en ai donné ailleurs la liste par doyennés.

V. Subdivisions ecclésiastiques : archidiaconés , climats, doyennés

Le diocèse de Nantes, on l’a vu plus haut, fut partagé, sous le règne d’Érispoë , entre deux évêques, et cette scission se prolongea pendant près d’un demi-siècle. Mais, lorsque Alain le Grand eut pris en main le sceptre de la Bretagne, Fulcherius, évêque de Nantes, auquel était acquise la faveur du prince, osa revendiquer et se fit restituer les nombreuses paroisses échues à Gislard , et qui , lui mort, avaient été usurpées par les évêques de Vannes ^ Cette portion du territoire nannète formait l’arcliidiaconé de la Mée, archidiaconutus de Media, qui renfei’mait les doyennés de Châteaubriant et de la Roche-Bernard’^.

Le grand archidiaconé du diocèse, Nannetensis archidiaconatus, archidiaconalus major, se composait des doyennés de Nantes, de Ciisson et de Retz, situés, le premier sur la rive droite, les deux autres sur la rive gauche de la Loire’.

Au congrès historique de Nantes, en 1845 , un docte magistrat a exprimé l’opinion que les subdivisions ecclésiastiques y doivent avoir été calquées sur les circonscriptions féodales; et, cela posé, il a rapproché les quatre doyennes nantais des quatre baronnies du pays. Mais le système pèche par la base, puisqu’il est certain qu’au XIII siècle, en pleine féodalité, févêché de Nantes comptait non pas quatre, mais cinq doyennés.

Il résulte d’un certain nombre de documents du XV siècle, qu’à cette époque existait, dans le diocèse, une autre subdivision topographique, la subdivision par climats.

Le climat n’embrassait pas d’abord la même étendue territoriale que le doyenné; le climat d’outre-Loire, par exemple, renfermait les deux doyennés de Clisson et de Retz; le climat deçà la Loire, les doyennés de Nantes et de Chàteaubrlant. Mais, vers le milieu du xvii’ siècle, les mots climat et doyenné s’appliquent à la même circonscription ‘.

En résumé, il résulte de nos propres recherches et de celles de plusieurs érudits, que si, du IX au XVIII siècle, l’évèché nantais a toujours compté deux archidiaconés , le nombre de ses climats et de ses doyennés a plusieurs fois varié, comme on en peut juger par les tableaux suivants :

I. Au XV siècle:

1 Climat d’outre-Loire ;

2. Climat deçà la Loire;

3. ClimatdeGuérande.

II. Vers le milieu du XVI siècle :

1 Climat de Nantes ;

2. Climat d’outre-Loire;

3. Climat de Chrétienté.

III. Au XVIIsiècle:
1. Climat nantais;

2. Climat de Chrétienté;

3. ClimatdeClisson;
4- Climat de Retz.

Les doyennés subirent aussi plus d’un remaniement :

I. Du XIII au XV siècle :

  1. Doyenné de Nantes; (Archidiaconé de Nantes)
  2. Doyenné de Clisson;(Archidiaconé de Nantes)
  3. Doyenné de Retz;(Archidiaconé de Nantes)

4. Doyenné de la Roche-Bernard; (Archidiaconé de la Mée)

5. Doyenné de Châteaubriant;(Archidiaconé de la Mée)

II. Au XVI siècle :
1 . Doyenné de la Chrétienté (Nantes et Chàteaubriant) ;

2. Doyenné de la Roche -Bernard ;

3. Doyenné de Clisson;
4. Doyenné de Retz.

III. Du XVIII et XVIII siècles :

1. Doyenné (ou climat) nantais;
2. Doyenné (ou climat) de la Chrétienté (Chàteaubriant);

3. Doyenné (ou climat) de Clisson;
4. Doyenné (ou climat) de Retz.

De ces tableaux comparés ressortent les faits que voici :
1° En 1287, le diocèse de Nantes, divisé, depuis les Carlovingiens , en deux archidiaconés, était partagé en cinq doyennés, dont trois sur la rive

droite et deux sur la rive gauche de la Loire;
2° Au XV siècle, une autre subdivision topographique s’établit, sous le

nom de climats, et ces climats, au nombre de trois, comprennent les cinq doyennés des temps antérieurs;

3° Vers le milieu du XVI siècle, dans le but sans doute d’établir plus d’ordre et de régularité dans l’administration diocésaine , les climats sont remaniés : ceux de Nantes et de la Chrétienté comprennent tout le territoire de la vieille cité nannète, c’est-à-dire les trois doyennés de Nantes, de la Roche-Bernard et de Chàteaubriant, sur la rive droite de la Loire; le climat d’outre-Loire renferme les doyennés de Clisson et de Retz, c’est-à-dire la portion du territoire poitevin annexée à la Bretagne depuis le IX siècle;

4° Les cinq doyennés du XIII siècle n’en forment plus que quatre, au XVI, par la réunion des deux anciens doyennés de Nantes et de Chàteaubriant en un seul nommé clecanatiis Chris danitatis ;

5° Au XVIII siècle , un nouveau changement s’opère : le decanatns Christianitatis se dédouble pour former deux doyennés distincts : celui de Nantes, qui englobe la Roche Bernard , et celui de la Chrétienté (Chàteaubriant).

VI. Les Rhedons. — Leur capitale. — Voies romaines.

César, dans ses Mémoires sur la guerre des Gaules , ne fait , pour ainsi dire, que désigner les Rhedons. Il les range parmi les nations qui habitaient dans le voisinage de l’Océan, et qui, après avoir subi, sans résistance, en l’an 57 avant Jésus-Christ, le joug de la domination romaine, n’en four- nirent pas moins, un peu plus tard, un contingent de six mille hommes à Vercingétorix. On sait que, vers la fin de la guerre des Gaules, les cités armoricaines prirent les armes pour secourir les Carnutes révoltés ». Il est

possible que les Rhedons ne soient pas restés étrangers à cette levée de boucliers. On en peut douter, cependant , lorsqu’on voit ce peuple ne prendre aucune part à la lutte des Vénètes au secours desquels les guerriers de l’île de Bretagne s’étaient eux-mêmes empressés d’accourir’.

Le territoire des Rhedons était compris entre la mer et les rivières de Rance, de Meu et de Samnon. Leur littoral avait donc peu d’étendue, ce qui explique, jusqu’à un certain point, l’erreur de Ptolémée, qui, malgré l’assertion formelle de César, les a placés dans l’intérieur des terres, sur les bords du fleuve Liger .

La capitale des Rhedons, dont César ne parle pas (ce qui ne veut pas dire qu’elle n’existait pas alors), la capitale des Rhedons portait le nom de Condate , qu’explique la situation de cette ville au confluent des deux rivières (VIsola et de Visnoniu. Quelques antiquaires, dans l’ardeur de leur patriotisme , font aboutir à Rennes autant et plus de voies romaines que M. Bizeul lui-même n’en a conduites à Blain ; mais, par contre, l’Itinéraire d’Antonin et la Table Théodosienne n’en signalent qu’un petit nombre.

Cartulaire de l’Abbaye de Redon en Bretagne. Publié par Aurélien de Courson

I. Voie de Rennes à Carhaix.

M. de la Monneraye, qui a porté dans l’étude des voies romaines en Bretagne la haute sagacité et la critique sévère qui distinguent tous ses travaux, a fait remarquer que la voie de Rennes à Carhaix Vonjaniam) devait

être la plus importante. Quiconque jettera les yeux sur une carte de Bretagne partagera cet avis. Et cependant, chose étonnante, c’est dans cette direction que les vestiges retrouvés sont le plus rares! Ces vestiges, notre savant ami les a recherchés pas à pas, et, grâce à lui, nous pouvons indi- quer, à peu près exactement, le parcours de la voie. Elle devait tendre de Rennes vers le bourg de Vezins, au nord duquel se voient les remparts en terre d’un ancien camp; vers Montfort, où ont été signalés des débris romains et un keep jadis très-élevé, mais en partie rasé de nos jours; vers le nord d’iffendic, dont le nom paraît renfermer le radical faes, et où l’on trouve en abondance des briques romaines.De ce côté,dit-on un tronçon

de la voie a été constaté : elle devait passer non loin des vieux châteaux de Cahideuc et Boutavent; entre Saint-Méen , où existait l’un de nos plus an- tiques monastères, et Gaël, qui renferme des remparts en terre nommés le Châtel; un peu au sud, vers Merdrignac, paroisse traversée par un ancien chemin portant le nom caractéristique de l’Estral; à quelque distance de la petite ville de Loudéac, près de laquelle existe un camp à triple enceinte;

dans le voisinage du Vieux-Marché, où l’on rencontre également un camp à double enceinte, avec un keep; à Laniscat et au midi de Gouarec, dont le sol recèle, dit- on, des briques et des monnaies romaines. Enfin, après ce parcours, la voie devait se confondre, un peu avant d’arriver à Carhaix, avec la route actuelle de Rostrenen.

II. Voie de Rennes à Avranches.

Une autre voie liait directement Condate à Ingena (Avranches). Pendant cinq à six kilomètres, à partir de Rennes, elle suivait la même direction que la route moderne d’Antrain. On a signalé son passage un peu à l’est de Bet- ton, puis entre Chané et Mouazé, où elle se nomme chemin de la duchesse Anne; à travers la paroisse de Saint-Aubin-d’Aubigné , dans laquelle existent deux camps et d’autres débris romains; enfin, dans les paroisses de Gahard, de Sens, et sur les landes situées à l’ouest de Romazy. Il est à croire qu’elle se dirigeait ensuite, par la commune d’Antrain sur Avranches.

Cartulaire de l’Abbaye de Redon en Bretagne. Publié par Aurélien de Courson

III. Voie de Condate à Alauna

M. de Gerville a décrit, avec son exactitude ordinaire, la voie de Condate à Alauna. Cette voie se dirigeait de Rennes vers l’ouest et passait non loin de Betton où il en existe encore un tronçon. Le président de Robien en signale des vestiges dans la commune de Feins [fines], où, comme à Aubigné , on lui donne le nom de chemin de la duchesse Anne. Après s’être rapprochée de Marcillé- Raoul, elle traverse la forêt de Villecartier, la commune deTrans, dans le voisinage du bourg, et vient aboutira la baie du Mont-Saint-Michel , au point nommé Palael. C’est vers ce lieu que les chartes de l’abbaye de Montmorel placent une borne désignée sous’ ie nom de petra de Rcdonis et une voie détruite par l’invasion de la mer, via de sab mari. Inutile de suivre cette voie à sa sortie de Bretagne, car on en trouve une excellente description, jusqu’à son terme [Alauna), dans la savante notice de M. de Gerville sur les villes et les voies romaines du Cotentin.

IV. Voie de Condate à Corseuil et à Erquy.

La voie de Condate à Corseult et à Erquy partait du pont Saint-Martin près de Rennes, et traversait les communes de Montgermont, la Mézière et la Chapelle-Chaussée , à laquelle elle a donné son nom , et où l’on trouve

de nombreux vestiges romains; elle passait ensuite par le village de la Barre , en la commune de Bccherel , dont le château , construit au moyen Age, avait peut-être succédé à quelque ouvrage militaire des Romains, comme on en peut citer tant d’exemples; elle traversait la Rance près du Quiou, et lon- geait les bourgs de Saint-Carné et d’Aucaleuc. Au delà de Corseult, vers Erquy, elle entrait à Plancoët où l’on a découvert, en creusant des quais, les débris d’un ancien pont construit en bois. On connaissait naguère dans cette commune un chemin fort ancien appelé le Chemin-Chaussé. Mais, en dépit de ce nom significatif, jamais voie ne fut plus pauvrement jalonnée. Les paroles du poëte se peuvent appliquer ici presque à la lettre : Etiam perierc riiinœ.

Je crois, avec M. de la Monneraye, que d’autres voies romaines devaient exister entre Rennes et Saint-Mulo, entre Rennes etiffîniac, entre Rennes et Vannes; mais la trace en est complètement effacée, et les données fournies par la Table de Peulinger n’autorisent à tenir pour certaine que la voie se dirigeant de Condate vers Erquy, par Corseult.

V. Voie de Rennes à Angers.

Les vestiges de la voie qui conduisait de Condate Juliomagus n’ont pas besoin d’être recherchés, car son existence est attestée par la Table Théodosienne qui findique en ces termes: «Juliomago Combaristum XVI, ce qui fournit, entre les deux points extrêmes de la voie, un nombre de quarante-huit lieues gauloises. Les deux stations intermédiaires de Combaristum et de Sipia, placées sur une ligne droite entre Rennes et Angers, partagent nécessairement en trois parties égales la distance totale. La première station devait donc se rencontrer sur le territoire de Combrée , dont le nom a conservé quelque analogie avec celui de Combaristum, et la seconde station à Visseiche (Gwic-Sipia), où,
ce que nul n’a signalé, que je sache, — il y avait encore, au moyen âge, un bois connu sous le nom de Nemus de Monte-Legio.

VI. Voie de Condate à Condevincum ou Portas Nannetam, par Blain.

La voie de Condate à Condevincum se dirige de Rennes vers Pontpéan. On a signalé son passage dans ia paroisse de Laillé, puis à l’est du bourg de Cons (aujourd’hui Bourg-des-Comptes), où existent des débris romains; eile passe près de Pléchâtel qui tire son nom d’un antique Castellam; par le village du Perrai; un peu à l’ouest de l’habitation du Plessis-Bardoul et sur la lande de Bagaron , où on en retrouve des tronçons parfaitement conservés; elle traverse ensuite la partie ouest de la commune de Bain, con- tinue à se diriger vers le sud et arrive à Fougeray, où elle reçoit le nom du chemin de la duchesse Anne. Eile se rend de là à Blain, par les communes de Pierric, Conquereuil et le Gàvre.

Tels sont les renseignements, incomplets sans doute mais sûrs, que nous avons pu recueillir, et sur lesquels nous appelons l’examen d’une sévère critique. Les savants qui liront les chartes de notre recueil ne manqueront pas de remarquer qu’on n’y rencontre pas une seule fois les mots viœ ferratœ,

calceatœ, stratœ, qui, dans d’autres cartulaires, indiquent d’anciennes voies romaines ». Or, les expressions viœ pubJicœ, les seules employées dans le Cartulaire de Redon , désignent-elles une voie romaine ou bien une route ordinaire? Aucun des textes que j’ai sous les yeux ne m’autorise à trancher la question.

La cité des Rhedons paraît avoir été divisée, comme celle des autres nations gauloises, en plusieurs paji; mais il est bien difficile, sinon impossible, de savoir si les subdivisions géographiques, telles que nous les font connaître les chartes du moyen âge, correspondaient avec les circonscriptions anciennes. Nous essayerons, toutefois, de jeter un peu de jour sur la question, en traitant de la topographie ecclésiastique du pays rennois.

Le pagus Redonensis était gouverné, sous les Mérovingiens, par un comte franc placé sous l’autorité supérieure d’un duc dont la juridiction s’étendait sur plusieurs cités. Le roi Contran, tuteur du jeune Clotaire, confia cet office à Beppoien, lorsque celui-ci se fut brouillé avec Frédégonde. Mais Grégoire de Tours, qui raconte le fait, ne donne aucun détail sur l’organisation territoriale du pays.

Sous les Carlovingiens, les divers districts du comté de Rennes furent, à ce qu’il paraît, subdivises en centaines dont l’étendue était exactement celle des grandes paroisses ou vicairies. La centaine de Laillé et celle de Molac renfermaient, en effet, le même territoire que les deux paroisses de ce nom, tandis que les petits pays [pngi minores) formaient toujours une circonscription beaucoup plus considérable.

VII. Divisions ecclésiastiques. — Le diocèse de Rennes.

Selon la tradition, saint Clair, l’apôtre des Nannètes, aurait jeté les

premières semences de foi chrétienne sur le sol des Rhedons. Toutefois, la fondation de l’évêché de Rennes ne remonte pas aussi haut que

celle du diocèse de Nantes. Le premier des évèques rennois dont l’existence soit attestée par fhistoire est Febediolus qui souscrivit, par procuration, au concile de Fréjus vers tidig ‘. Viennent ensuite Athenius qui assista

aux conciles de Tours et de Vannes, en 461 et 465, saint Amand, dont

Rennes possède les reliques, mais ignore absolument les actes; et enfin saint

Melaine, le conseiller du roi Clovis, le prélat le plus influent au concile

d’Orléans ‘, en 511 , auquel revient le double honneur d’avoir effacé

dans son diocèse, les dernières traces de l’idolâtrie* et d’avoir converti

au christianisme les habitants encore païens d’une grande partie de la Vénétie
L’ancien évêché de Rennes était circonscrit dans les limites que voici ; au

nord, il avait les mêmes bornes que le département actuel d’Ille-et-Vilaine , jusqu’auprès de Pleine-Fougères. De ce point la ligne de délimitation suivait un petit affluent du Couesnon, qui coule au sud de la paroisse; elle prenait, entre Trans et la Boussac, la direction du midi jusqu’à la forêt de Tanouart qu’elle laissait au nord; puis, descendant vers Hédé, elle venait rejoindre le

Flusel , un affluent du Meu. Le cours de ces deux rivières dessinait la limite du diocèse jusqu’au confluent du Meu avec la Vilaine, sous Blossac: à partir de là , c’était la Vilaine qui bornait l’évêché , jusque vis-à-vis de Saint-Ganton et un peu au-dessus de Port- de-Roche. De là, une ligne à peu près droite allait rejoindre la limite actuelle du département d’Ille-et-Vilaine, non loin de Saint-Sulpice-des-Landes. En avançant vers l’ouest, les bornes du dé- partement sont exactement celles de l’ancien diocèse, dont on a seulement détaché les trois paroisses de Fercé, Noyal-sur-Bruz et Villepôt, pour les réunir au département de la Loire-Inférieure.

La délimitation orientale du département d’Ille-et-Vilaine, en remontant au nord jusqu’à Louvigné-du-Déscrt, reproduit exactement l’ancienne frontière du diocèse de Rennes, du côté de l’Anjou et du Maine.

Il résulte donc de ce qu’on vient de lire que l’antique cité des Rhedons renfermait un territoire plus vaste que l’ancien diocèse de Rennes, et que celui-ci n’avait pas, à beaucoup près, l’étendue du diocèse constitué par le Concordat. En effet, à ce dernier l’on a ajouté non-seulement l’ancien évêché de Dol presque en entier, rhais encore une bonne partie de l’ancien évèché de Saint-Malo, c’est-à-dire les doyennés de Bécherel, de Montfort et des portions notables des doyennés de Guer et de Lohéac , sans compter le Poulet (Pou-Alet) et un certain nombre de paroisses du Poudouvre. Mais ce n’est pas tout : dans sa région méridionale, l’évêché de Rennes a conquis sur celui de Nantes la paroisse de Fougeray, et sur l’ancien diocèse de Vannes la portion de territoire située au nord du conflucnit de la Vilaine et de rOust.

L’évêque de Rennes était, on s’en souvient ‘, l’un des trois prélats de la péninsule armoricaine auxquels n’appartenait pas la seigneurie universelle de leur ville épiscopale. Voici quelle était l’étendue de son regaire-, ou domaine temporel. Ce domaine se composait de deux membres : le regaire de Rennes et celui de Rannée. Le regaire de Rennes comprenait, outre le manoir épiscopal, quelques maisons dans la ville, le faubourg et un certain nombre de villages Jiors des barrières, les paroisses rurales de Saint-Grégoire, de la Cbapelie-des-Fougerais, de Saint-Laurent, de Cesson, de Saint-Jacques-de-la-Lande, de Chartres, de Noyal-sur-Vilaine, de Chantelou, de Nouvoitou, de Bruz, et enfin de Polignc où l’évêque possédait un fief.

Le regaire de Rannéc se composait exclusivement des dépendances du manoir de ce nom et d’iui certain nombre de maisons situées dans le bourg

La cour desregaires de l’évêque de Rennes était une haute justice comme toutes les juridictions séculières attachées aux évêchés bretons : les appels en ressortissaient directement au parlement de Bretagne. Hévin, dans ses questions féodales, fait observer que la justice temporelle des évêques était une éclipse de la souveraineté, et que c’est pour cela qu’on l’appelait régale.

Indépendamment de tout ce qui a trait au droit de haute, moyenne et basse justice, attribué au regaire de Rennes, l’évêque possédait diverses prérogatives découlant de sa qualité de seigneur féodal. Il était, par exemple, seigneur châtelain de Bruz,de Rannée*,de Saint-Jacques-de-la-Lande^, et, à ce titre, fondateur des églises paroissiales de Bruz, de Saint-Jacques et de Rannée.

L’évêque de Rennes avait un prévôt féodé, ou oflicier de police, chargé des exécutions de la justice des regaires. C’était à la seigneurie de Carcé

en la paroisse de Bruz, qu’était attaché cet oflice dont le titulaire était tou- jours de race noble.

Avant de clore ce paragraphe, je dois rappeler une observation déjà con- signée plus haut, au sujet de la partie du doyenné de Bain située au midi du Samnon. Cette rivière, nous l’avons dit, marquait, avant le IX siècle, la frontière méridionale de l’ancien diocèse de Rennes, car le pays nommé la Mée {Media) renfermait tout le territoire compris entre la Vilaine et l’Erdre, de l’ouest à l’est, entre la Loire et le Samnon, du sud au nord. Les paroisses du doyenné de Bain situées sur la rive gauche du Samnon dépendaient donc, à l’origine, de l’évêché de Nantes dont la Mée, on s’en souvient, formait l’un des archidiaconés. Mais il est à présumer que l’annexion de ces paroisses à un autre diocèse s’accomplit pendant la période de guerre où les troupes des comtes et des évêques de Rennes et de Nantes en venaient si souvent aux mains dans les campagnes qu’arrosent le Samnon, le Cher, le Don et l’Isac, et qui formaient alors comme une sorte de territoire contesté. Quoi qu’il en puisse être, l’histoire atteste, du moins, que, dès le XII siècle, les paroisses de Pléchàtel, Messac, Bain, Saint-Sulpice, Ercé-en-la-Mée et Teille, sa trêve, faisaient partie du diocèse de Rennes.

VIII. Subdivisions ecclésiastiques — Archidiaconés et doyennés du diocèse de Rennes.

On peut constater, à partir du XII siècle, la division du diocèse de Rennes en deux archidiaconés : l’archidiaconé de Rennes et l’archidiaconé du Désert. Le premier se composait de trois doyennés plus tard réduits à deux par la réunion du doyenné de Vandel à celui de Fougères. Voici la primitive division de l’évêché, telle que la donne un ancien rentier du chapitre de Rennes, rédigé en ilioo :

I. Archidiaconatus Redonensis inter Aquas (archidiaconé de Rennes):

1. Decanatus de Vitreyo (doyenné de Vitré);
2. Decanatus de Vandeloays(doyenné de Vandelais);

3. Decanatus Filgeriarum(doyenné de Fougères).

II Archidiaconatus de Deserto inter Aquas (archidiaconé du Désert) :

1. Decanatus de Albigneyo(doyenné d’Aubigné);

2. Decanatus Castrigironis(doyenné de Châteaiigiron);

3. Decanatus de Bayno (doyenné de Bain);
4. Decanatus Guirchiœ (doyenné de la Guerclie).

Il résulte de ce tableau que chacun des archidiacres avait sous son inspection un certain nombre de doyennés ruraux. De l’archidiacre de Rennes relevaient les trois doyennés de Vitré, Vandel et Fougères; de l’archidiacre du Désert, les quatre doyennés d’Aubigné, de Bain, de Châteaiigiron et de ia Guerche. On trouve des archidiacres de Rennes mentionnés dans les actes de la première moitié du \f siècle’.

Outre la juridiction sur les doyennés ruraux, chaque archidiacre avait une circonscription territoriale, qui composait son archidiaconé.L’archidiaconé de Rennes renfermait vingt-trois paroisses. Borné au sud par le cours de la Vilaine, il s’étendait, vers le nord, jusqu’au Couesnon : d’où son titre « inter aquas. »

Vingt-cinq paroisses étaient comprises dans l’archidiaconé du Désert dont le territoire entourait la ville épiscopale non soumise à sa juridiction. Il occupait la portion occidentale du diocèse jusqu’aux limites de l’évèché de Saint-Malo. De même que l’archidiaconé de Rennes, celui du Désert avait des cours d’eau pour limites de plusieurs côtés^ : d’une part, la Meu. avec son afiluent le Flusel; d’autre part, la Seiche, qui, elle aussi, venait mêler ses eaux à celles de la Vilaine.

Il est à croire que ces deux archidiaconés, l’un et l’autre bornés par des rivières [inter aquas), répondaient à d’anciennes subdivisions territoriales.

Quelques mots maintenant sur les doyennés.

Le doyenné de Vitré comprenait la portion occidentale du diocèse, sur les confins du Maine; borné au nord par le pays vendelais, il touchait, vers l’ouest, à l’archidiaconé de Rennes et au doyenné de Châteaugiron; vers le sud, au doyenné de ia Guerche. Il renfermait vingt-trois paroisses.

Le doyenné de Fougères, auquel fut ajouté, vers le milieu du XV siècle, le doyenné du Vendelais, composait la subdivision la plus considérable du diocèsedeRennes,carii comptaitsoixante-troisparoisses.Avantlaréunion des deux doyennés, c’est-à-dire dès le XII siècle, le Vendelais formait un doyenné distinct dont faisaient partie les vingt et une paroisses suivantes

Vendel , Saint-Sauveur-des – Landes , Saint-Hilaire-des-Landes , Roniagné ,

Javené, Chienne, Bille, Comboiirtillé , Parce, Luitré, Beaucé, Fleurigné, la Chapelle-Janson, Dompierre-du-Chemin, Prince, Châtillon-en-Vendelais, Montautour,Montreuil-des-Landes,Saint-Christophe-des-Bois, IzéetMécé.

Ce pays, ce territoire vendelais, était, selon toute apparence, un pagus minor des temps anciens ^

Le Coglais et ie Désert (qu’il faut se garder de contondre avec l’archidiaconé du même nom) formaient deux autres petits pagi dépendants aussi du doyenné de Fougères-. Le Coglais occupait en grande partie le bassin de la Valaine (affluent duCouesnon), et possédait huit paroisses : Coglais. ie Ferré, Montour, ie Châtellier, Saint-Etienne-en-Coglais, Saint-Germain- la-Celle et Saint-Brice-en-Coglais.

LeDései’t, placé à la pointe nord-est du diocèse, et qui, hors de ses limites, s’étendait aussi dans le Maine, comprenait les neuf paroisses suivantes : Louvigné, la Bazouge, le Loroux, Landean, Parigné, Viliamée, Poilley, Meilé et Montault. Ces paroisses faisaient partie, au XI siècle, de la ] illicatio ou Viatara Lupiniaci ^.

Le doyenné d’Aubigné, le plus petit de tous, renfermait dix paroisses; ie doyenné de Chàteaugiron, vingt et une; le doyenné de Bain, vingt; le doyenné de la Guerche, vingt-deux.On remarquera que les noms de presque tous ces doyennés, par exemple Vitré, Fougères, Aubigné, Châteaugiron Bain, la Guerche, correspondent aux noms des principales seigneuries du comté de Rennes.

IX. Les Vénètes, leurs limites, leurs oppida, leur capitale. — Campagne de César. — La Vénétie sous la domination romaine et après l’arrivée des Bretons.

De tous les peuples armoricains, un seul, on peut le dire, a fait figure dans riiistoire : ce sont les Vénètes. Habitués à braver les tempêtes sur leurs navires de chêne, aux voiles d’un rouge sombre, ils avaient acquis une habileté et une hardiesse de manœuvre inconnues aux nations qui naviguent suv des mors plus tranquilles. De là leur puissance et une supériorité maritime si bien reconnue que tout vaisseau fréquentant ces parages leur devait payer un droit de passage, Strabon affirme que, maîtres du commerce de la Bretagne, les Vénètes avaient, de bonne heure, pris des dispositions pour empêcher les Romains de passer dans l’ile, et que tel fut le véritable motif qui conduisit César en Vénétie. Le fait, s’il n’est certain,

paraît du moins très-vraisemblable.
Tout le monde sait que la victoire de D. Brutus sur la flotte des Vénètes livra ce malheureux peuple à la froide barbarie de César . A partir de ce jour, il n’y eut plus de marine gauloise , et l’habile conquérant put faire son expédition chez les Bretons insulaires; expédition sans résultats, mais dont l’effet, Cicéron le constate, n’en fut pas moins immense à Rome  ».

Les érudits du siècle dernier ont beaucoup disserté sur la campagne de César en Vénétie; et, depuis qu’on s’occupe de dresser une carte de la

Gaule, le sujet a été repris avec une ardeur nouvelle. Toutefois, comme il n’entre pas dans mon plan de traiter la question dans son ensemble, je me bornerai à examiner brièvement quelques assertions assez hasardées, selon moi, qu’un érudit vénète s’est efforcé naguère de faire prévaloir.

I. Et d’abord, quel chemin César a-t-il suivi pour se rendre dans la Vénétie? — Tout le monde sait qu’averti par Crassus que les Vénètes retenaient prisonniers les deux tribuns militaires envoyés chez eux pour demander du blé , César, qui se trouvait alors en Illyrie, commanda à son

jeune lieutenant de faire construire des galères sur la Loire, de lever des rameurs dans la province, et de rassembler des matelots et des pilotes. Cet ordre exécuté, le général se hâte de rejoindre son armée cantonnée sur le territoire des Carnutes, des Andes et des Turons. Trois légions sont envoyées chez les Unelles, les Lexoves et les Coriosolites , pour les maintenir dans le devoir. Douze cohortes, commandées par Crassus, partent pour

l’Aquitaine qu’il faut aussi contenir. Ces précautions prises. César, avec le reste de ses troupes, se dirige vers la Vénétie, où D. Brutus doit le venir rejoindre, le plus tôt possible, avec sa flotte et les vaisseaux fournis par les Pictons, les Santons et d’autres nations pacifiées : « Q. Titurium Sabinum « legatum cum legionibus tribus in Uneilos, Curiosolitas Lexoviosque mittit, << qui eam manum distinendam curet. D. Brutum adolescentem classi gallicisque navibus, quas ex Pictonibus et Santouis reliquisque pacatis regionibus convenire jusserat, prœficit; et, (]nain primani possit , in Venetos pro .ficisci jubet. Ipse eo pedestribus copiis contendit  ». »

Ne ressort-il pas clairement de ce texte que, si César ordonne à Brutus de se rendre immédiatement en Vénétie, c’est qu’il a résolu de ne se servir que là de ses vaisseaux? —Mais, dit-on, un général aussi prudent se serait-il privé de leur concours sans lequel il ne pouvait guère ravitailler ses légions? —L’objection accuse beaucoup de distraction, car César dit

formellement, qu’après avoir passé une grande partie de l’été à faire inutilement le siège de plusieurs oppida, il prit le parti d’attendre sa flotte, retenue au loin par de continuelles tempêtes. Or, malgré l’absence de cette flotte, est-ce que l’armée romaine n’avait pas su se procurer des subsistances? Il faut donc le reconnaître, non-seulement pas un mot dans César n’appuie l’hypothèse d’un trajet quelconque de ses troupes sur des vaisseaux , mais il résulte, au contraire, du texte cité plus haut, qu’armée et flotte, chacune de son côté, devaient se rendre en Vénétie, par la voie la plus courte (quuin primum possit).

Cela posé , voici, ce semble, quel dut être l’itinéraire des légions : Parties du pays des Andes, où on les avait concentrées, elles ne passèrent pas, comme on le prétend, dans le pays des Pictons, sur la rive gauche de la Loire, pour franchir ensuite, avec le concours de la flotte, le fleuve à son embouchure. Entrées sur le territoire des Nannètes, sans avoir eu de rivière à traverser, et laissant à leur droite le massif de forêts, presque impéné- trable, qui s’étendait au nord-est de Nantes, elles marchèrent rapidement vers la Vilaine, qui fut passée à gué ou sur des radeaux. Faire exécuter par les Romains trois passages de rivière, puis assiéger, avec l’assistance de leurs vaisseaux, je ne sais quels oppida du littoral guérandais, quoique Brutus eût reçu l’ordre formel de conduire, le plus promptement possible, sa flotte chez les Vénètes, me paraît un plan de campagne peu ordinaire, sans doute, mais encore moins praticable.

II La cité des Vénètes renfermait-elle un oppidum principal, une ville chef-lieu?—

La question a été posée, et il y a lieu de s’en étonner assurément. Que les villes gauloises fussent, en général, de petites forteresses où se réfugiaient, en temps de guerre, les habitants des campagnes, avec leurs

bestiaux et leurs blés, cela n’est pas douteux. Mais ce n’est pas à dire

que chaque cité n’ait pas eu son chef-lieu où se tenaient les assemblées,

d’où partaient les ordres des chefs. Il n’est pas possible , ce semble , que

les Vénèles , la première des nations maritimes de la Gaule , n’aient point pos-

sédé près de l’Océan , un grand élablissement naval, centre tout à la fois de ,

leur gouvernement et de leur commerce. Dans mon opinion, c’est à Locmariaker, où l’on a trouvé de nombreux débris de monuments romains, que devait s’élever, avant la conquête, cette capitale dont le territoire, le fait est à noter,est appelé Venetia par César.

Lorsque, jetant les yeux sur une carte de la Bretagne, on examine la position de Locmariaker, on sent qu’il est impossible que des navigateurs tels que les Vénètes en aient pu méconnaître l’importance. Située, en effet, à moins de trois quarts de lieue de la grande mer, Locmariaker, dont le nom antique nous est inconnu, voit s’étendre devant elle une baie spacieuse et profonde, à peu près à égale distance de l’embouchure du golfe appelé Morbihan et de l’entrée des deux bras de mer d’Auray et de Vannes. Il est donc permis de croire que là se tenaient prêts à agir,les deux cent vingt vaisseaux qui sortirent du port, à la vue de la flotte romaine. Les gigantesques monuments primitifs, dolmens et menhirs, qu’on aperçoit, debout ou renversés, non loin de la ville; ceux qui couvrent le littoral voisin; enlin, les vastes alignements de Carnac et d’Erdeven attestent que, dès la plus haute antiquité, la presqu’île et celle qui lui fait face renfermaient une nombreuse population. Cette population, à ce qu’il paraît, ne se livrait pas seulement au commerce maritime; l’agriculture était aussi en honneur chez elle, comme le prouve la demande de blé adressée par Crassus aux chefs de la cité.

Après la défaite des Vénètes, leur grand arsenal maritime perdit naturellement toute son importance. Mais un établissement romain y remplaça

bientôt l’antique chef-lieu gaulois. Dans ses consciencieuses recherches sur

Locmariaker, M. Gaillard a déterminé les anciennes limites de la ville. Son

périmètre devait embrasser une étendue de 600 mètres de longueur, sur

une largeur moyenne de 220 mètres. Tout cet espace renferme des débris

romains. Autrefois même, les briques à rebords et à crochets y couvraient

tellement le sol que , en 1822 ou 1828 , lors de la construction d’un grand bassin de radoub à Lorient, l’ingénieur chargé des travaux fit venir de Locmariaker plusieurs chargements de briques. — Mais n’est-ce pas, dit-on, une étrange distraction de chercher dans des débris romains des preuves de l’existence d’une ville armoricaine antérieure à la conquête? —L’objection n’est pas sérieuse, car il est évident que les conquérants durent occuper en Gauie les lieux où les indigènes avaient fondé leurs principalix établissements. C’est ainsi que d’anciennes capitales, telles que Condate, organiuni, Coriosolitum , devinrent des villes romaines assez considérables.

L’histoire nous apprend qu’au II siècle le chef-lieu des Vénètes était Dariorigum, qui prit ensuite, comme beaucoup d’autres villes, le nom du peuple auquel appartenaient ses habitants. Au IV siècle, époque où s’accomplit cette transformation. Vannes était la résidence d’un préfet des Maures- Vénètes : « Praefectus militum Maurorum Venetorum , Venetis . » C’est là , sans doute, une preuve incontestable de la haute importance de cette ville, qui , vers la même époque, fut entourée d’une muraille composée de pierres de petit appareil, avec cordons de briques. Mais de ce que Vannes, sous la domination romaine , était devenue le chef-lieu de la Vénétie , l’on n’a certes pas le droit de conclure à la non-existence d’une capitale, chez les Vénètes, au temps où l’Armorique était indépendante.

S’il est admis que la ville romaine découverte à Locmariaker avait succédé à l’antique capitale des Vénètes, située , comme la plupart de leurs oppida, «in extremis lingulis promontoriisque , » la question de savoir en quel lieu la flotte de Brutus fut attaquée doit paraître à peu près résolue. En effet, les vaisseaux vénètes, employés, pendant presque tout l’été, à transporter d’un oppidum dans un autre les biens et les personnes des indigènes », devaient se tenir en observation à Locmariaker,vis-à-vis de la presqu’île de Rhuys, où l’armée romaine était campée depuis plusieurs mois. Dès que parurent les vaisseaux de D. Brutus, les deux cent vingt navires des Vénètes, disent les Commentaires, sortirent du port, et commencèrent l’attaque. Or, en ce moment-là, César et son armée occupaient, à peu de distance des combattants , des collines d’où le regard , plongeant sur la mer, pouvait aper- cevoir le moindre fait d’armes : (c In conspectu Cwsaris atque omnis exer- (1 citus res gerebatur, ut nullum paulo fortins factum latere po.sset : omnes Il enim colles ac loca superiora, unde erat propinqiias despectus in mare, ab » exercitu tenebantur ^. »

Il est donc on ne peut plus vraisemblable que la bataille navale, engagée par la flotte vénète, au sortir du port, dut se livrer, comme l’a écrit M. de Grandpré, dans l’espace compris entre l’ile de Hœdic et la pointe de Saint-Jacques, en la presqu’île de Rhuys. Faire combattre les deux flottes dans le golfe du Morbihan, où régnent , à certaines heures de marée, des courants irrésistibles, serait une opinion insoutenable, alors même que César n’aurait pas déclaré formellement que les vaisseaux armoricains sortirent du port pour venir attaquer ceux de D. Brutus.

X. Dariorigum, ou Vannes, après la conquête. — Travaux, établissements romains. Les Bretons dans la Vénétie. — Un roi de Vannes.

La marine vénète anéantie, les Romains, avons-nous dit, transportèrent au fond du golfe nommé Morbihan, le chef-lieu de l’antique Vénétie. Nul

doute que, depuis cette époque, Dariorigum , ou Vannes, n’ait été en effet la ville principale du pays. Les preuves abondent, on peut le dire, à l’appui de cette assertion.

Sans accepter comme certaines toutes les voies qu’on fait rayonner autour de Vannes’, on peut admettre, du moins, que, dès les premiers siècles de la conquête, cette ville était en communication avec Condevinciim (Nantes), avec Condate (Rennes) , avec Coriosolitam (Corseult), avec Vorganiam (Carhaix) et avec Civitas Aquilonia (Locmaria de Quimper). Pour se rendre à cette dernière ville, près de laquelle Corisopitam s’éleva plus tard, les Romains avaient tracé une voie, parfaitement reconnue depuis sa sortie de Vannes

jusqu’à Sainte-Anne-d’Auray. De là, cette voie se dirigeait vers Hennebont, puis vers Quimperlé, qu’elle laissait un peu au sud, et, traversant la commune de Melgven, au nord du bourg, elle atteignait, presque au terme de son parcours, Locmaria-Hent-Ven, dont le nom est assez significatif.

1 Le long des diverses voies dont nous venons de parler, des bornes milliaires, avec inscriptions, ont été retrouvées: l’une d’elles, dédiée à Gallus (251-253), était placée à Castennec [Salis); une autre, dédiée à Piavnius Victorinus (264-265), a été découverte dans le village de Lescorno, en Surzur, sur la voie de Vannes à Nantes; une troisième, dédiée à Aurélien (troisième année de sa puissance tribunitienne*), existait au village de Saint-Christophe, en Elven, la dernière, enfin, a été trouvée dans le cimetière de Caro ».

2. La primitive enceinte de Vannes, dont quelques parties, très-bien conservées, sont cachées par des maisons; de nombreuses substructions romaines, reproduites par le crayon d’habiles ingénieurs »; des briques à rebords, des area, des médailles du haut empire, une statuette en bronze; enfin, un grand nombre d’objets, déposés au musée archéologique, témoignent de l’antique splendeur de la ville gallo-romaine.

3. D’Anville place à Rieux une station nommée Durétie dans la Table

Théodosienne, et qui servait de point intermédiaire entre Portas-Nannetam. et Dartorilain. « Dans l’intervalle qui existe entre Nantes et la ville des Venetie , dit le savant géographe , ce que l’on trouve de plus remarquable «c’est le passage de la Vilaine; et l’indication de vingt-neuf lieues gauloises, dans la Table, nous y fixe en effet. Le calcul de vingt-neuf lieues de mesure «itinéraire étant à peu près de trente-trois mille toises, la ligne directe de «Nantes à la Vilaine, près de Rieux, n’en vaut guère moins de trente-deux mille. L’ancienne voie de Nantes à Venues tendait vers Rieux, et ne passait point par la Roche-Bernard comme aujourd’hui. Un ancien chemin, «qui paraît être l’ouvrage des Romains, dans la longueur de plusieurs lieues

«actuelles, indique cette route.»
Dom Lobineau , dans son Histoire de Bretagne , avait donné les mêmes renseignements.
Dans le village de Portanguen , commune de Sainte-Hélène, près de

Naustang, des briques et des substructions romaines se rencontrent sur un assez vaste terrain. En faisant fouiller l’une des habitations du village M. de la Monneraye y a trouvé de nombreux débris de vases , de tuyaux en terre cuite incrustés dans les murs et destinés sans doute à distribuer la chaleur provenant d’un hypocauste.

5. Des vestiges d’habitations romaines ont été signalés aussi dans la petite anse de Kerguelen, à l’ouest et non loin de l’embouchure du Blavet. Or, comme tout près de là s’élève la ville de Port-Louis, anciennement nommée Blavet, et qui commande l’entrée de la rade de Lorient, d’Anville y a placé le Blabia de la Notice des dignités de l’empire, où résidait le prœfectus militam Carronensiam-. On remarquera, en effet, que, dans le document cité, la dénomination de Blabia est précédée ou suivie de celles de Vannes, CarbaLx, Avranches, Rouen, Coutances, Grannona, toutes villes situées dans la même contrée. Mais la position tout .à fait importante de Blaye, à l’embouchure de la Garonne, les indications fournies par l’Itinéraire d’Antonin et par la Table Théodosienne, enfin la conviction qu’il faut lire Garronensiam et non Carronensiam militum, ont décidé plusieurs savants modernes à rejeter l’opinion très-bien motivée de l’illustre auteur de la Notice de la Gaule.

6. Enfin, dans le village de Coz-llis, ou de la vieille église, en Plaudren, à Tréalvé (Saint-Avé), au village de L’Elvéno (Noyal-Muzillac), à Mané-Bourgerel , au Lodo (en Arradon), des établissements romains ont été exhumés, de nombreuses médailles d’empereurs recueillies.

La plupart de ces établissements existaient avant la fin du IV siècle. Dans un savant mémoire sur les inscriptions gallo-romaines trouvées en Bretagne , M. Bizeul a constaté , en 1856 , que , sur vingt et un monuments datés (treize inscriptions et huit médailles), pas un seul n’est postérieur à la mort de Constance- Chlore. La raison en est bien simple : c’est que, de l’année 306 à la seconde moitié du V siècle, la Bagaudie, le fisc, les Barbares avaient fait cesser tous les travaux et ruiné toutes les industries. Hors de l’enceinte des villes fortifiées, la vie sociale, en effet, était devenue, pour ainsi dire, impossible, et, de toutes parts, les champs abandonnés se changeaient en forêts. C’est au milieu d’une dépopulation toujours croissante que les Bretons arrivèrent dans la presqu’île armoricaine. Aussi Guérech, le premier comte du pays nommé Browerech dans notre

Cartulaire , réussit-il facilement à étendre sa domination des bords de l’Ellé à ceux du Morbihan .

Quant à la ville de Vannes et à toute la partie du pagas Venetensis qui s’étendait à l’est de la place jusqu’aux bords de la Vilaine, elles restèrent, nous favons dit ailleurs, en dehors du territoire des Bretons. Eusebius, un Gallo-Romain, comme son nom l’indique, est appelé roi de Vannes [rex Venetensis) par le biographe de saint Melaine. On s’est demandé quel était, en réalité , le genre d’ autorité exercé par ce prince qui avait une armée à ses ordres, et qui, comme un souverain, disposait de la paroisse de Comblessac en faveur de saint Melaine. Un jeune érudit a vu dans Eusebius

un principalis , ou magistrat suprême de la cité, dont l’autorité municipale s’était transformée en une sorte de royauté. L’hypothèse est peut-être fondée. Cependant je croirais plus volontiers qu’Eusèbe était l’un de ces petits rois qu’avait fait surgir, en Gaule comme dans l’île de Bretagne, la

révolte de 409, et qui, plus tard, conservèrent en grande partie leur puissance sous la sujétion plus ou moins nominale des empereurs.

XI. Des anciennes subdivisions territoriales de la Vénétie.

Les chartes et les vies de saints fournissent peu d’indications sur les an- ciennes subdivisions territoriales de la Vénétie. En effet, les deux petits pagi de Rhuys et de Belz sont les seuls dont l’existence soit attestée dans l’histoire.

Dans la seconde moitié du VI siècle, saint Gildas, fuyant l’île de Bretagne en proie aux Saxons, était venu s’établir dans une île vénète, située en face du pagm de Rhuys ^. Mais un peu plus tard, comme les populations, avides d’enseignements, ne permettaient plus au pieux exilé de tenir la lumière sous le boisseau, il dut se résoudre à passer sur le continent. Là, s’étant dirigé vers un ancien camj) placé sur un monticule, en vue de la mer, il y fit bâtir un vaste monastère : « Veniens ad quoddam casti’um, in

u monte Reuvisii, in prospecta maris sitam, ibi potioris fabricœ construxit «monasterium’. »

Ce récit de l’hagigraphe nous fait connaître deux faits d’un haut intérêt : d’abord , l’existence d’un pagis de Rhuys , dès le VI siècle , et , en second lieu, la construction du grand monastère de Saint-Gildas sur l’emplacement même d’un castrum d’où la vue s’étendait sur l’Océan, et dont l’origine remontait sans doute aux Romains. En effet, si l’on veut bien se rappeler les paroles de César décrivant le combat naval où les Vénètes furent vaincus, on aura peine à ne pas croire , avec nous , que le tertre élevé [collis) d’où les

légions et leur général contemplèrent la bataille (unde erat propinquus despectus in mare) ne soit précisément la colline de Rhuys, mons Reavisii

sur laquelle saint Gildas fit élever son abbaye, en face de la mer (in prospecta maris).

Au nord-ouest du pagus Reuvisias, sur la rive droite du Morbihan , existait un autre petit pays dont l’un des anciens doyennes du diocèse de Vannes semble avoir reproduit l’antique circonscription. Le pagis de Belz, en breton Pou-Belz, comprenait dix-huit paroisses-. Il était borné à l’ouest par la mer, depuis la pointe de Quiberon jusqu’à Port-Louis; au nord-ouest, par le Blavet; à l’est, par la rivière d’Auray, et il s’étendait, vers le nord,

jusqu’aux limites des paroisses de Languidic,Landevant,Landaul et Pluvigner. Une charte de 1029, où il est fait mention, pour la première fois, du pagtts de Belz , rapporte que le duc de Bretagne , Alain III , à l’occasion de son mariage avec la fille d’Oudon de Chartres, —qu’Alain Caignard, comte de Cornouaille, avait enlevée pour lui, — consentit à restituer à ce dernier l’île de Guedel (ou de Belle lle en-Mer) et le pays nommé Belz, dont il avait été dépouillé pendant sa minorité. Un peu plus tard, en 1037, Belz formait, à ce qu’il parait, un fief assez important, car, dans l’acte de donation de l’ile de Sainl-GutwaI , faite à l’abbé Catwallon par le Normand Gurki le nom de Guethenoc de Puuhels se trouve inscrit parmi ceux de plusieurs témoins d’un rang très-élevé, tels que Robert de Vitré, Alain de Rieux, Hervé de Lohéac, Huelin d’Hennebont .

Le petit pagus de Belz est, au surplus, l’un des plus riches de la Bretagne en moruiments et en souvenirs historiques. C’est, en effet, sur le territoire du Pou-Belz qu’existait la capitale des Vénètes, dont de nombreux débris romains indiquent encore remplacement, et aux abords de laquelle se trouvent les dolmens et les menhirs les plus remarquables de la contrée. Un peu plus loin se dressent les pierres alignées de Carnac et d’Erdeven, dont on ignore l’origine, mais qui témoignent de l’antique im- portance du pays. A l’ouest deLocmariaker, en face de Belle-Ile (la lindilis des anciens), s’étend la presqu’île de Keberoen ou Quiberon. Dans cette baie, dont l’aspect est si triste, deux fois, à dix-huit siècles de distance, la

marine du pays a été frappée d’un lamentable désastre. Que de luttes, pendant le moyen âge, sur ce littoral autrefois couvert de forêts. La tradition a perpétué le souvenir des combats homériques livrés contre les Normands, depuis l’embouchure de la Vilaine jusqu’à l’entrée du Blavet. Le nom des lieux illustrés par la résistance des Bretons s’est transmis d’âge en âge, jusqu’à nos jours; et, chose curieuse, on s’entretient encore, dans le Pou de Belz, du fameux chef de guerre Harmant, breton ou normand, on ne sait, mais dont la vaillance était, à ce qu’il paraît, incomparable.

Les documents nous font défaut pour établir si les doyennés de Kemenet-Theboé, de Kemenet Guingamp , de Porhouet, de Péaule, de Carentoir et les territoires de Vannes et de Rieux correspondaient ou non aux anciens pagi minores de l’époque gallo-romaine. Nous pouvons conjecturer seu- lement que le doyenné de Remenet-Theboé, borné à fouest par l’Ellé, à l’est par le Blâvet, devait, en raison de ces limites naturelles, former primitivement l’une des subdivisions de la cité des Vénètes.

XII.Divisions ecclésiastiques. — Le diocèse de Vannes.

Selon la tradition , saint Clair, l’apôtre des Nannètes , aurait aussi prêché la foi dans la Vénétie et dans le pays des Rhedons. Mais, quoi qu’il en puisse être , il est certain que l’établissement du diocèse de Vannes ne re- monte pas plus haut que la dernière moitié du V siècle, d’où la preuve , soit

dit en passant, que toutes les cités désignées dans la Notice des provinces ne furent pas, comme on l’a prétendu, des sièges d’évêchés. C’est en 465, dans un concile convoque par Perpetuus, métropolitain de Tours, queVannes reçut pour premier évêque l’armoricain saint Patern , qui mourut, peu d’années après , chez les Francs où les Goths l’avaient forcé de se réfugier. Modestus, sonsuccesseur,dontlenomestinscritparmiceuxdesPèresduconcile d’Orléans, en 511, mit tout en œuvre, sans doute , pour répandre le christia- nisme parmi les pagani de son diocèse. Mais son zèle , à ce qu’il paraît , ne fut guère récompensé, car, plus de trente ans après la mort de Patern, les habi- tants de la Vénélie étaient encore presque tous païens : « crant cnim tune «temporis Vcnetenses pêne omnes gentiles’^.» On a essayé de nos jours, comme au XVIII siècle-, de contester ce fait, qui concorde si bien avec les assertions de Sulpice Sévère et de Grégoire de Tours. Mais, outre que le

témoignage du biographe de saint Melaine est décisif, nous ferons remar- quer que l’hagiographe félicite fillustre évêque, son contemporain, d’avoir effacé, chez les Rhedons eux-mêmes, les derniers vestiges de l’idolâtrie^. Or, si dans l’évêché de Rennes, dont la fondation remonte au moins à /iSg, des idolâtres se montraient encore du temps de saint Melaine, à plus forte raison en devait-il être ainsi, à la même époque, dans l’évêché de Vannes, institué depuis si peu d’années et où le druidisme paraît avoir survécu plus longtemps qu’ailleurs.

Quoique les Bretons eussent introduit, dans toutes les contrées où ils s’é- tablirent, les coutumes de leur Eglise particuhère, il est certain que, jusqu’à l’avènement de Nominoc au trône , le siège de Vannes ne fut pas soustrait à la juridiction de la métropole de Tours. Le discours adressé par l’évêque Regalis au duc Ebrachaire , le jour de son entrée dans Vannes, pourrait faire croire le contraire; au fond, cependant, les paroles du prélat n’attestent qu’une chose, c’est que les Bretons faisaient sentir durement leur joug

au clergé gallo-romain *.
Les évèques de Vannes, comme ceux de Rennes et de Nantes, prenaient

presque toujours parti pour les rois francs contre les petits souverains du Bas-

Vannetais. Aussi quand l’un de ces derniers s’avisait d’envoyer quelque prélat vénète en mission près d’un prince mérovingien, celui-ci, mécontent de la démarche, condamnait l’ambassadeur à l’exil et lui interdisait même de Cartulaire de l’Abbaye de Redon en Bretagne. Publié par Aurélien de Courson

rentrer plus tard dans son diocèse. C’est ce qui advint, sous Waroch II, à- l’évèque Ennius. Cette dépendance imposée à l’église de Vannes par les Mérovingiens se prolongea jusqu’au milieu du ix » siècle. Régnier, on se le rap- pelle, fut presque toujours en hostilité contre Nominoë, et tel était envers Charles le Chauve le dévouement de Suzannus, que Nominoë se crut obligé de le faire descendre de son siège.

Sous le règne du libérateur des Bretons, les limites du diocèse vénète se modelèrent exactement sur celles de l’ancienne cité. Le Browerech, après la mort de l’intrus Gislard , s’accrut , il est vrai , de plusieurs paroisses du pays nantais, usurpées par ses évêques; mais, sur la prière de Fulchric, nous l’a- vons dit plus haut, Alain le Grand mit fin à ce désordre ^ Depuis cette époque jusqu’à la révolution fi’ançaise, la circonscription du diocèse a peu varié. Il avait pour frontière, à l’ouest, le cours de l’Ell é et celui de la Laita jusqu’au delà de Plouré. A partir de ce point, la ligne de déhmitation se dirigeait sur Gouarec, où elle faisait angle sur le diocèse de Cornouaille, et, descendant le Blavet jusqu’aux abords de Pontivy, elle allait aboutir, au nord-ouest de cette ville, à la rivière d’Oust, qu’elle suivait jusqu’à Malestroit.De Malestroit,la ligne, après avoir décrit plusieurs sinuosités jusqu’aux bords de l’Aff, au-dessus du Temple, prenait la direction du sud-est, et gagnait

la Vilaine qui formait la frontière commune des deux évêchés de Vannes et de Nantes.

Lorsque les circonscriptions départementales furent établies, on crut devoir sacrifier les délimitations naturelles à des convenances d’un autre ordre. L’ancien diocèse de Vannes , dont l’aspect topographique était des plus irréguliers, fut alors ramené à la forme plus simple d’un parallélo- gramme. Pour former le nouveau diocèse, on prit, sur l’ancien évèché de Saint-Malo, une grande partie des paroisses dont se compose l’arrondisse- ment actuel de Ploermel; sur f évèché de Cornouaille, les districts du Faouet et de Gourin, plus un certain nombre de paroisses qui dépendent aujourd’hui des cantons de Pontivy et de Cléguérec.Enfin, au département du Morbihan fut annexé le canton de la Roche-Bernard , enlevé au diocèse de Nantes.

L’auteur du Pouillé de 1646 place six abbayes dans l’évêché de Vannes, et, parmi elles, il cite l’abbaye de Notre-Dame-de-la Monge, qui était tout simplement le prieuré de Notre-Dame-la -Montjoie, et l’abbaye de Notre dames. C’étaient les abbayes de Redon, de Saint-Gildas- de-Rhuys,de Locminé,de Prières et de Lanvaux. Une communauté de femmes, f’abbaye de la Joie , s’élevait aux portes d’ilennebont. On trouvera plus loin la liste des prieurés de l’évcché de Vannes, liste aussi complète que possible.

XIII. Subdivisions ecclésiastiques.

Le diocèse de Vannes, quoi qu’en ait pu penser le docte auteur de la Topographie ecclésiastique de la France, ne renfermait qu’un seul archidia- coné, dont le titulaire, chose digne de remarque, n’exerçait aucun pouvoir .sur les doyennés du diocèse. Ces doyennés étaient au nombre de six, savoir:

1. Le doyenné de Poubels, ou de Mendon-, qui renfermait dix-huit paroisses ;

2. Le doyenne de Kemenet-Théboé, ou de Guidel, (vingt paroisses);

3. Le doyenné de Kemenet-Guingamp , ou de Guéméné-Guengamp , (dix- neuf paroisses);

4. Le doyenné de Porhouet (trente-trois paroisses);

5. Le doyenné de Péauie (seize paroisses);
6. Le doyenné de Carentoir (vingt et une paroisses).

Outre ces six doyennés, i’évêché de Vannes renfermait les quatre territoires suivants:

1. LeterritoiredeVannes(trente-troisparoisses);

2. Le territoire de Rieux (quatorze paroisses);
3. Le territoire de Redon (quatre paroisses);
4. Le territoire de Belle-Ile (quatre paroisses).

Les limites des doyennés, comme celles des territoires, sont indiquées, sur notre carte, avec une exactitude qu’il n’a pas dépendu de nous de rendre plus rigoureuse.

Le diocèse de Vannes ne comptait pas seulement, comme subdivisions ecclésiastiques, un archidiaconé.des doyennés, des territoires, des paroisses ; ces dernières étaient elles-mêmes fractionnées en trêves et en frairies.

On nommait trêves, en Bretagne, de petites églises, ou succursales, dépendantes d’une église principale. Ainsi, pour ne pas sortir du pays des Vénètes, la paroisse de Carentoir renfermait quatre trêves: Haute-Bourdonnaye, La Chapelle-Gaceline, La Gacilly et Quelleneuc; la paroisse de Lanvaudan, deux trêves : Calan et Locmélé; la paroisse d’Elven, deux trêves: Aguenac et Trédion -, etc. On sait que, chez les Bretons insulaires, le territoire de chaque petite peuplade était divisé en districts composés chacun de cent trêves^ [cantref]. Nous voyons, par les lois d’Hoël le Bon,

que, dans le pays de Galles, les trêyes étaient l’objet de faveurs spéciales, lorsqu’une église y était fondée : ((Que si une église est bâtie, avec l’autorisation du roi (Brenin), sur le territoire d’une trêve habitée par des serfs, (( et qu’il s’y trouve un prêtre disant la messe et un lieu de sépulture pour (des morts, dès ce moment, la trêve est libre ‘. »

La frairie était une subdivision inférieure à la trêve elle-même. Dans le diocèse de Vannes, en Tréguer, en Cornouaille, les paroisses renfermaient plusieurs frairies , ayant chacune leur chapelle, qui était desservie quelque- fois par un prêtre spécial. Nous donnons plus bas une sorte de statistique

de ces petites agrégations religieuses dont la direction parait avoir été placée, assez anciennement, entre les mains d’un petit conseil de fabriciens.

XIV. Les Osismes – Situation et limites de leur territoire.— Leur capitale. —voies romaines. — Division de la cité en plusieurs petits états bretons.

Il n’est pas possible de déterminer avec une rigoureuse exactitude les limites du territoire des Osismes. Cependant, d’après certaines données historiques, il.est permis de conjecturer que leur cité renfermait toute la pointe occidentale de la presqu’île armoricaine, depuis l’Ellé jusqu’à la rivière de Lannion (Léguer).

Il est fait mention des Osismii, pour la première fois, dans les Commentaires de César. Il nous les montre d’abord déposant les armes à la première sommation faite par Crassus-. Mais bientôt le joug leur pèse, et, dans l’espoir de s’affranchir, ils prennent part à la guerre des Vénètes. Vaincus avec leurs alliés, on les voit néanmoins entrer, peu d’années plus tard, dans la grande confédération dont le but était de faire lever le siège

d’Alise.
Après la défaite de Vercingétorix , la Gaule, privée de son autonomie,

fut organisée en province romaine. Cependant il est douteux que les anciennes divisions territoriales y aient partout subi de grandes modifications, puisque la péninsule armoricaine, au début du V siècle, comptait encore le même nombre de cités qu’avant la conquête.

I. Ni César ni Strabon ne parlent de la capitale des Osismes; mais Ptoiémée nous apprend qu’elle s’appelait Vorganium, et, d’autre part, les distances fournies par la Table Théodosienne ne permettent guère de douter qu’elle ne s’élevât sur l’emplacement de Carhaix. La position de cette ville, au centre d’un vaste bassin terminé, au nord, par la chaîne des montagnes d’Arz, au sud, par celle des montagnes Noires, dut être appréciée de bonne heure comme une position stratégique des plus importantes. De ià, en effet, on dominait le pays, et l’on pouvait, en cas d’invasion, se porter rapidement sur tous les points menacés. Cela explique l’empressement avec lequel les Romains occupèrent ce district , dès les premiers siècles de la conquête.

M. de la Tour d’Auvergne-Corret, basant, selon l’usage de son temps, tout un système sur une vaine étymologie^ s’est efforcé d’établir que Carbaix, sa ville natale, a été fondée par Aëlius, sous l’empereur Valentinien III. Ce- pendant, pas une ligne, pas un mot, dans l’histoire, n’indique que le vain- queur d’Attila ait jamais pénétré au fond de l’Armorique. Les continuelles invasions des Barbares dans l’Empire ne laissaient guère aux Romains, en ce temps-là , le loisir de fonder des villes. D’ailleurs , les médailles , les bronzes antiques, les innombrables débris découverts à Carhaix , et dont le prieur des Carmes de la ville avait formé , avant la Révolution , une sorte de musée, attestaient, dit-on. que les conquérants s’étaient établis, à poste fixe, de ce côté, dès l’époque des premiers Césars.

Les recherches de l’archéologie moderne ont constaté qu’autour de la ville rayonnaient un grand nombre de voies romaines :

1. voie de Carhaix à Vannes, avec une station, nous l’avons déjà dit, à Castennec, sur le bord du Rlavct; 2. voie de Carhaix à Cos-Guéodet; on en a découvert un tronçon , au nord de la ville , dans la forêt du Fréau- ;

3. voie de Carhaix à Quimper, dont le tracé n’est pas bien déterminé, quoique son existence ne puisse être mise en doute;

4. voie de Carhaix à Pouldavy et à la pointe du Raz, (plusieurs tronçons retrouvés dans les communes de Cléden, Goulien et Beuzec)^;

5. voie de Carhaix à la presqu’île de Crozon , se dirigeant, en plein ouest, vers Kergloff, et passant entre les clochers du Cloître et de Plounevez-du-Fou *;

6. voie de Carhaix vers le Conquet, peu connue, mais qui, certainement, devait mettre la capitale des Osismes en communication avec le Saliocanas portas;

7. voie de Carhaix vers Plouguerneau ; elle passait un peu au sud-ouest du Huelgoet, où existe un ouvrage militaire très-important, nommé le camp d’Arthm; signalée dans les communes de la Feuillée et de Comanna, on la retrouve sur le plateau de Kérilien, où se reconnaissent facilement les vestiges d’une station romaine, puis, non loin du Folgoet et dans le voisinage d’un camp que M. de ia Monneraye place au sud-ouest du château de Penmarc, et près duquel on a découvert des substructions gailo-romaines assez importantes.

La masse accumulée de débris antiques qui couvrent, pour ainsi dire, le sol de Garhaix; l’ensemble de voies romaines qui la mettaient en communication avec les points les plus importants du littoral osismien, tout cela semble indiquer, avec une sorte de certitude, l’emplacement de l’antique

Vorganium. On a objecté, il est vrai, que les distances fournies par la Table Théodosienne entre Dartoritum et Voryiuin ne s’accordent pas avec la posi- tion de Garhaix; mais cette assertion, nous l’avons lait observer, est com- plètement erronée. En effet, les vingt lieues gauloises de la Table, cnlre Dartoritum et ]a station romaine de Gastennec [Sulis), répondent parfaite- ment, sur la carte, à une distance d’environ dix-neuf lieues gauloises entre la station et Vannes [Dartoritum); et les vingt-quatre lieues gauloises, entre Sulis et Vorgiam, répondent également, sur la carte, à une distance d’en- viron vingt-deux lieues gauloises, plus un tiers, entre Gastennec et Ploiiguer de Garhaix. Mais ce n’est pas tout ; après le Gobœum promontorium, en remon- tant vers le nord, Ptolémée place un port qu’il nomme Saliocanus portas Or, ce géographe, qui ne donncpas aux lieux, comme on le prétend, de fausses latitudes, marque cinq degrés de difTérence entre Saliocanus portas et

Vorganium, et cette différence indique très-exactement la position qu’occupait la ville chef-lieu, au centre de la cité osismienne. Il faut donc reconnaître qu’on a eu tort d’identifier successivement Vorganium avec Saint Pol-de-Léon Moriaix, Tréguier, Cos-Guéodet, Goncarneau, etc. et que, selon l’expres- sion de d’Anville, la ville de Garhaix, par les restes de sa première splendeur, montre bien qu’elle a été, dans la contrée, la première en dignité^.

II L’emplacement de Gésocribate est aussi resté très-longtemps incertain. Gomme Brest est une ville toute moderne, el que, d’ailleurs, les quarante- cinq heues gauloises indiquées par la Table entre Vorgium et Gésocribate semblent déborder de beaucoup la distance qui sépare réellement Garhaix de Brest (trente lieues gauloises), quelques érudils avaient cru devoir, à l’exemple de d’Anville, prolonger cette distance jusque vers la pointe du continent qui s’avance dans la mer, entre le cap Saint-Mathieu el le Gonquet. Mais d’autres géographes ont fait observer qu’entre ce point et Garhaix, on n’obtient aussi, sur la carte, qu’une distance insuffisante. Que faire donc?

Supposer dans la Table une erreur de copiste? On ne saurait, en général, se montrer trop sobre de telles conjectures. Cependant, force est bien de s’y arrêter, dans le cas présent, puisque, en promenant sur la carte, autour de Carhaix pris comme centre, le compas ouvert à quarante-cinq lieues gauloises, on voit que cette distance ne convient à aucun des points du littoral breton. Que si l’bypotbèse d’une erreur de copiste était admise, M. de la Monneraye inclinerait à jîlacer Gésocribaie sur le prolongement de la voie romaine qui se dirige de Carhaix vers Plouguerneau, non loin de l’em- boucbme de l’Abervrac’h et du fort actuel de Céson. Ce point, fait observer le savant archéologue, est séparé de Carhaix par une distance d’environ trente-cinq lieues gauloises, tandis que, placé à Brest, Gésocribate ne serait situé qu’à trente lieues gauloises de Vorgium. L’opinion de M. de la Monneraye ne manque donc pas d’une certaine vraisemblance. Toutefois, la classe d’archéologiede l’association bretonne ayant découvert,en 1855, dans les deux courtines qui flanquent la porte du château de Brest, de grands pans de muraille de construction évidemment romaine, et la preuve étant acquise qu’une citadelle s’élevait anciennement en cet endroit, l’opinion que Gésocribate y doit être placé a repris, et non sans raison, quelque faveur parmi les érudits.

III On sait que la petite baie qui sépare le cap Saint-Mathieu du Con- quet porte le nom de Porsliogan. Ce lieu ne renferme plus aujourd’hui aucune trace d’antiquité. Mais on y voyait encore, dans le xvii’ siècle, au rapport de D. Le Pelletier, les restes d’un quai maçonné et fortement ci- menté, où se trouvaient des organeaux destinés à amarrer les navires.

IV. Ptolémée donne , dans ses tables , vingt-cinq minutes de difl^érence entre Gobœam promonlorium et Vindana portas, qu’il place, dans son énumération géographique, ad Herii Jliiminis ostia. Il faut donc tout d’abord cher- cher le Vindana portas, sur la côte sud de la Bretagne, entre l’embouchure de la Vilaine et la pointe du Raz. Or, c’est seulement dans la baie et tout à fait dans le voisinage de la petite ville d’Audierne , qu’on peut trouver un point auquel s’appliquent les indications de Ptolémée.

Cartulaire de l’Abbaye de Redon en Bretagne. Publié par Aurélien de Courson

V. Douainenez, doiil les jardins sont jonchés de fragments de briques à crochets {tegulœ], et où la petite anse de Porscarff, quand les hautes marées entraînent les sables au large, laisse apercevoir des murs gallo-romains, construits en petit appareil avec briques, Douarnenez fut certainement occupé, de très-bonne heure, i)ar les Romains, auxquels l’importance d’un tel poste ne pouvait échapper.

M. Kérihen, station située entre Plouneventer et Ploudaniel , était tra- veise par la voie romaine qui se dirigeait de Carhaix vers Plouguerneau en laissant Lcsneven un peu à l’est. Les nombreux fiagments antiques, les pièces d’or du haut et du moyen empire, qu’on a recueillis sur ce terri- toire, attestent que les Romains y avaient fondé un établissement assez considérable. Toutefois, j’en suis fâché pour le patriotisme de M. de Ker- danet, il est certain que la ville d’Oxismor ne s’élevait pas plus à K.érilien que la capitale des Nannètes à Blain.

VII A RoscolV, dans le voisinage du fort Bloscon, le sol est couvert de débris romains. M. de la Monueraye s’est demandé si là n’aurait pas existé cette célèbre ville d’Oxismor dont parlent si souvent les légendes et qu’on a confondue à tort avec la capitale des Osismes. L’hypothèse n’est peut-être pas sans quelque valeur.

VIII. Sur remplacement du faubourg actuel de Locmaria de Quimper était située une ville gallo-romaine , où aboutissaient plusieurs voies et à laquelle une charte de l’abbaye de Saint-Sulpice donne le nom de Civitas

Quelques érudits ont cru devoir identifier Civitas Acjuilonia avec Corisopitam ou Quimper; mais f origine de cette dernière ville, on le verra plus loin, n’est pas, à beaucoup près, aussi ancienne.

IX. Les évêques régionnaires du pays trécorois n’habitaient pas seulement la ville de Lan-Tréguer ^ ; ils avaient, en outre, avant les invasions normandes, une lésidence au village de Cos-Guéodet, auquel des actes du XIII et du XV siècle donnent le nom de veiiis civitas et de vieille cité Or, quiconque a visité le Yaudet et les débris de fortifications qui dessinent son enceinte, ne saurait douter que là n’ait existé, très -anciennement, un oppi- dum, chef-lieu d’un des pagi de la cité des Osismes, et, plus tard, une ville romaine dont l’arrivée des Bretons aussi a précipité la décadence^. Situé à la pointe d’un promontoire abrupte, et défendu, du côté de l’est, par un colossal rempart en terre, Cos-Guéodet montre, sur les autres côtés, les restes d une muraille gallo-romaine qui complétait sa défense. On a trouvé dans ce lieu des briques à crochets, des fragments de vases, de petites meules, des monnaies celtiques, et, ce qui est plus remarquable, quelques pièces carthaginoises.

X. Enfin, à la pointe du Raz, près du village de Troguer, M. de la Monneraye a reconnu des pans de murs, de construction gallo-romaine, qui s’élèvent encore, par endroits, de plusieurs pieds au-dessus du sol. Le vieil historien de la Ligue en Bretagne, le chanoine Moreau, parle d’un chemin pavé qui, de Troguer, se dirigeait « jusqu’en la ville de Quimper, si entier, sauf quelques interruptions,que s’il étoit moderne.»

Le pays des Osismes, à l’époque où fut écrite la Notice des dignités de l’Empire, était placé sous le commanden)ent d’un chef ou duc du tractas Armoricanas et Nervicanas, qui avait sous ses ordres le prœfectus militum Mauronun Osismiacoram. La résidence de cet officier devait être Carhaix et non pas , comme on l’a prétendu, Oxismor, Civitas Aqnilonin , ou tout autre point plus rapproché du littoial.

Vers le milieu du V siècle, l’Armorique, défendue par un petit nombre de soldats romains’, était, en quelque sorte, livrée en proie aux Barbares. Les Bretons, on prenant terre clans un pays dévasté depuis tant d’années, en purent donc occuper, sans résistance, les campagnes dépeu- plées. 11 y a lieu de croire que les premiers essaims d’émigrants abor dèrent à l’angle sud-ouest de la péninsule, qui reçut d’eux, peu de temps après, le nom de Cornouaille. Une autre portion du territoire des Osisnies, bornée au sud par les montagnes d’Arez, à l’ouest et au nord par la mer, à l’est par le Kefleul , passa , vers la même époque, sous la domination d’un petit chef dont la principauté fut appelée Léon, tandis qu’un troisième district de la même cité, situé entre le Kefleut et la rivière de Lannion, était englobé dans la Domnonée. Dès ce moment, il n’y a plus, à vrai dire, de pays des Osismes, et nous devrons raconter séparément l’histoire du comté et de l’évêché de Cornouaille, du comté et de l’évêché de Léon, enfin du royaume de Domnonée dont faisait partie l’évêché de Tréguer.

Cartulaire de l’Abbaye de Redon en Bretagne. Publié par Aurélien de Courson

XV. La Cornouaille. —Ses limites. —Le Pou-Kaer.

Les historiens de la Bretagne désignent sous le nom de Cornoaaille la partie méridionale de l’antique cité des Osismes, occupée, dans la dernière moitié du V siècle, par des clans sortis de l’île de Bretagne, et dont les limites, on le verra tout à l’heure, étaient exactement celles de l’évêché de Quimper en 1789. Cependant D. Morice, et, de nos jours, quelques écrivains recommandables, se sont efforcés d’établir, d’après l’abbé Gailet, que la peuplade des Cornavii, établie dans le pays alors appelé Cornouaille, aurait rangé sous ses lois la Bretagne tout entière. Ce système inadmissible a pour fondement quelques ligues empruntées à Raoul Glaber, qui. pourtant, ne songeait guère au petit comté de Cornouaille, en écrivant les quelques lignes où il dit que la pointe de Gaule [Cornu Galliœ). pays stérile, avait Rennes pour capitale. Comment en douter, en effet. lorsque

toutes les chartes de la même époque emploient le mot Cornouaille pour désigner, non pas la Bretagne, mais le pays, très-inférieur en étendue et puissance,auquel on donnait le nom de Cornabia ?Que si du xXI siècle nous remontons jusqu’au IX, les preuves abondent à l’appui de notre assertion. Et d’abord, dans une charte du Cartulaire de Redon, sous la date de 1021, le fils de Geoffroi 1 , Alain III, est qualifié de diix totius Britannin’, tandis qu’un autre Alain , surnommé Caignard , porte le titre moins élevé de romte de Cornouaille. Parmi les signataires d’un autre acte du même recueil, sous la date de 851-857, figure un Cornogallensis episcopus, nommé Anaweten, et après lui sont cités, comme témoins, les évêques de Vannes, de Dol, de Saint-Malo. La Cornouaille n’exerçait donc, en ce temps-là. aucune espèce de suprématie politique et religieuse. Encore moins aurait- elle pu la posséder, trois siècles aupaiavant, lorsque Judwal régnait sur la Domnonée et que saint Samson en était comme le métropolitain. Du temps de saint Guénolé et de saint Hervé, la Domnonée et le Léon, on le verra plus loin, étaient l’un et l’autre distincts de la Cornouaille. Or, comment un pays auquel n’étaient assujettis ni le Léon, ni la Domnonée, aurait-il pu commander à toute la Bretagne :’

Il est donc certain que, durant une période de cinq cents ans et plus, c’est-à-dire de Gradlon le Grand h Alain III, la Cornouaille n’a point formé, comme l’a prétendu Galiet, un état plus vaste et plus puissant que les prin- cipautés voisines : elle était alors bornée, au nord, par la rivière d’Elorn et les montagnes d’Arez, qui la séparaient du Léon; au sud et à l’ouest, par la mer; à l’est, par l’Ellé et par le cours de l’Oust. Ces limites, restées à peu près invariables jusqu’à la révolution française, nous ne les établissons pas arbitrairement; d’anciennes légendes attestent qu’elles remontent très-haut. Gurdestin nous montre en effet le fils de Fracan l’insulaire, saint Guénolé, traversant les pacji domnonéens, et, après avoir longé les confins de la Cornouaille, arrivant à l’île de Thopopegia*, non loin de la frontière du

Léon. Un autre hagiograplic nous fournit un renseignement non moins précieux : saint Hervé, à bout de ressources à Lanhouarneau, où il faisait bâtir un monastère, franchit les montagnes d’Arez et s’en vient réclamer, en Cornouaille, l’assistance des principaux seigneurs du pays ‘. Or, il ressort évidemment de ce double fait que, au vi’ comme au xvni’ siècle, les montagnes d’Arez séparaient la Cornouaille du Léon. Que si, maintenant, de cette frontière septentrionale on descend vers l’orient, on atteint la forêt de Bourbriac, dont la lisière extrême touchait à la Cornouaille, et non loin de laquelle Déroch , prince de Domnonée, possédait un manoir^. Donc, de ce côté encore, l’évêché deQuimper était resserré dans d’étroites limites comme en 1789. Il en était de même dans la partie orientale du diocèse,où,de tout temps, Elle a servi de ligne de démarcation entre les Cornouaillais et leurs voisins les Vénètes . Impossible donc, d’après tout cela, de prendre au sérieux le système de monarchie cornouaillaise inventé par l’abbé Gallet *.

Il paraît, au surplus, que, dès la première moitié du VI siècle, la partie septentrionale de la Cornouaille avait été démembrée au profit d’un tyern nommé Conmor, qui faisait de Carhaix sa capitale^. Nous aurons à établir ailleurs les limites de l’archidiaconé de Poher; celles du comté de cenom, vers le sud-ouest du moins, étaient, à la même époque, assez resserrées. Mais, dans la région du nord , le petit souverain du Pou-Kaer réussit un moment à étendre sa domination jusqu’au Pen-ar-bed, s’il est vrai, comme l’assurent la Chronique de Saint-Brieuc et les Actes de saint Gouesnou, que le territoire où ce saint personnage bâtit son ermitage était une concession du tyran. La Cornouaille, d’après les Cartulaires de Quimper, était partagée en

plusieurs pagi minores. Faut-il attribuer aux Bretons l’origine de ces petits districts, qui étaient si nombreux dans le pays de Galles, ou doit-on penser que, circonscrits par des limites naturelles, ils remontaient à une époque antérieure ? C’est ce que je ne me permettrai pas de décider; mais voici les limites que je crois pouvoir assigner aux six petits pctcji de la Basse-Cornouaille , limites approximatives, bien entendu :

I. Pagus en Fou. — hepagas du Fou. avec lequel se confondait sans doute la vicomte de ce nom , était limité , au nord, par le diocèse de Léon ; à l’ouest par la rade de Brest; à l’est, par l’Elez depuis sa source jusqu’à son confluent avec l’Aune; au sud, par le cours inférieur de cette rivière jusqu’à son em- bouchure dans la rade de Brest. Le pagus du Fou correspondait, par consé- quent, aux cantons actuels de Daoulas et du Faou, qu’il renferme en entier, et aux portions des cantons de Châteauneuf-du-Faou, de Chàteaulin et de Pieyben, situées sur la rive droite de l’Aune^.

II. Pagus Porzoed[Porzai).—Le Porzoed proprement dit,—région couverte de bois, comme son nom l’indique^, — était compris entre ia baie de Douarnenez et les deux chaînes montagneuses de Loc-Ronan et du Méné- hom. Les anciens habitants du pays appelaient Nemet les vastes futaies qui couvraient en partie ce territoire*.

Le pagus Porzoed formait sans doute, à forigine, une circonscription beaucoup plus vaste que le district dont nous venons de parler. Délimité, au nord, par la rade de Brest et la rivière d’Aune, depuis son embouchure jusqu’à la ville actuelle de Chàteaulin, le pays boisé s’étendait, selon toute apparence, jusqu’au cap Sizun, en suivant, à fest et au sud, les limites

de Saint-Coulitz. , Briec, Landrevarzec et Guengat, qui tracent ses principaux débornements.

La presqu’île de Crozon dépendait naturellement du parjui Porzoed.

III. Le pagus Cap-Sizun commençait aux limites méridionales du Porzai et, doublant la pointe à laquelle il a empiunté son nom, il s’étendait jusqu’au Goayen, ou rivière d’Audieine, qui le séparait du parjus Cap-Caval. Guengat, qui faisait partie de cette circonscription, s’avance, comme on sait,

jusqu’aux abords de la ville de Quimper^.
IV. Pagus Cap-Caval. — Ce pagu, qui renfermait l’un des faubourgs de

la ville épiscopale, avait pour limites : au nord, la rivière du Goayen; à l’ouest et au sud, la mer, jusqu’à l’embouchure de l’Odet; à l’est, le coui’s de ce lleuve. Le Cap-Caval embrassait donc les cantons actuels de Plogastei- Saint-Germain , Pont-l’Abbé, et, en outre, les paroisses de Mahalon. Plou- hinec, Penhars, Plomelin, Pluguffan, circonscrites aujourd’hui dans le can- ton de Quimper*.

V. Pagus Foaenan. —Fouesnant, dont le territoire commence au sud d’Ergué-Gaberic et d’Ergué-Armel , avait pour limites, à l’ouest, l’Odet, et, au sud, la mer, depuis l’embouchure du fleuve jusqu’au fond de la baie de la Forêt. Là, le cours d’eau qui forme la petite anse de Saint-Laurent servait de borne orientale au pnaugus-

VI. Pagus Tre-Conc. — Le pays de Conc (Concarneau), où M. le baron

Walckenaer a eu l’étrange idée de placer la capitale des Osismes, comprenait, d’après des inductions puisées dans un pouillé du XIV siècle’, la grande paroisse d’Eiliant, celles de Kerneve! et de Bannalec, et s’étendait, par conséquent, vers le nord, jusqu’à Coray et Scaer. Du côté de l’est, le pagas Tre-Conc s’avançait probablement jusqu’à la rivière d’Aven.

Il est parlé, dans un acte du Cartulaire de Quimper, publié par D. Mo- rice, de la villa Cribur [Kaer-Cribur], située dans le Phu de Nevez et dans \e pagus de Treguent : «Peiùou, Benedicti consulis filius Sancto Cho- ie rentino pro anima sua dédit villam unam Kaer-Cribur noinine, in plèbe « Nevez , in pago Treguent^. » Quel était ce territoire de Treguent dont fai- sait partie la paroisse de Nevez? Evidemment c’était le pays situé au delà du Conc de Cornouaille, c’esl-à-dire le pagus Tre-Conc-Kernaw^

Il est possible que le territoire soumis à la juridiction royale de Quim perlé ait formé primitivement, avec le territoire du ressort de Gourin, un septième pagas qui aurait embrassé toute la région comprise entre les mon- tagnes Noires et la mer. Mais ce n’est là, je m’empresse de le déclarer, qu’une simple hypothèse.

Tout le monde sait que, depuis la Révolution, l’évèché de Cornouaille s’est agrandi de l’évèché de Léon tout entier et d’un certain nombre de paroisses des anciens diocèses de Tréguer et de Vannes. On trouvera, plus bas, le tableau de ces importantes conquêtes et celui des pertes, comparativement peu nombreuses, qu’a faites l’église de Saint-Corentin.

XVI. Corisopitum.

Il est désormais acquis à l’histoire que les mots Connibia et Cornu Galliœ désignent deux contrées distinctes, et que le comté deCornouaiile, loin d’em- brasser une vaste circonscription , avait été démembré peu d’années après sa fondation. Mais une question plus importante nous reste à examiner.

La Notice des Provinces place dans la métropole de Tours les deux cités des Osismes et des Corisopites. A-t-il donc existé deux peuples sur le territoire des anciens Osismii, ou bien Corisopitum serait-il tout simplement une cor- ruptiondumotCoriosolitum, qu’onlitdansplusieuismanuscrits, etqui,dit- on, s’appliquait à l’antique cité des Curiosolites ? En second lieu, la conjecture admise, faut-il penser que les Corisopiti n’étaient que des Coriosolites

sous un nom mal écrit, Tel est le problème.
Pour mon compte, l’inexplicable disparition des Curiosolites, dès la fin

du IV siècle, et l’existence non moins extraordinaire de deux capitales dans la cité des Osismes, m’avaient toujours fait soupçonner, dans la Notice, une erreur de copiste. D’un autre côté, je ne pouvais admettre qu’une des principales églises de la Bretagne eût pris, un beau jour, le nom de Cu- riosoUtum, travesti plus tard en Corisopitum. Et cependant l’un de nos plus habiles géographes, M. Bizeul, n’a pas craint de «transporter les Corisopites à Corseult , avec les Curiosolites ‘. » Mais c’est là une difficulté de plus, car des documents d’une incontestable valeur attestent que, dès une époque très-reculée, les évêques de Quimper portaient le titre de Corisopitenses episcopi. Or, pourquoi ce titre, si Corisopitum n’avait pas existé? On a pré- tendu que des clercs du xi° siècle, fort ignorants pour la plupart, avaient travesti en Corisopites les Curiosolites de César, qu’ils ne savaient en quel lieu placer. Mais comment expliquer une transplantation si lointaine, lorsqu’il était facile de trouver un emplacement convenable dans l’un des trois évêchés de Tréguer, de Saint-Malo et de Saint-Brieuc , où la Notice des Provinces ne place aucune cité?

D’Anville, qui avait examiné sérieusement la question, a pris un moyen terme pour la résoudre : «Les Corisopiti, dit-il, doivent être distingués des « Curiosolites; cette peuplade des Corisopites, dont aucun auteur ne fait «mention avant la Notice des Provinces, occupait primitivement un paçjus uosismien^. »

M. Bizeul a, non sans raison, combattu l’hypothèse. Conniient admettre, en effet, qu’un simple district du territoire des Osismes ait pu être assimilé, par la Notice, à la cité dont il devait dépendre? On a dit, à la vérité, qu’A la fin du iv’ siècle, les Romains, sentant la nécessité de se rapprocher du littoral infesté par les Barbares, avaient abandonné Carhaix, et fondé, sur les bords de l’Odet, une nouvelle capitale nommée Corisopitum et dont on retrouve les débris dans le faubourg de Locmaria de Quimper. Mais, l’hypothèse admise, il devient encore plus difficile d’expliquer l’insertion, dans la Notice, du nom de deux capitales, pour un même état. D’ailleurs, il faut se rappeler que l’ancienne ville romaine, dont les nombreuses substructions se retrouvent à Locniaria, est appelée, dans les anciens actes, non pas Corisopitiim, mais Civitas Aquilonia ou Civitas Acjuilœ. Les deux villes étaient donc distinctes : l’une existait, évidemment, avant l’arrivée des Bretons; l’autre, bâtie par ces derniers au confluent du Steyr et de l’Odet Kemper)

est le Corisopitum dont l’évêché cornouaillais a tiré son nom.
J’en étais là, dans mes conjectures géographiques, lorsque, en examinant

l’une des cartes de la Brilannia de Camden, j’y lus le nom de Corstopitum^ qui se rapproche si singulièrement de notre Corisopitum armoricain. Ce fut pour moi un trait de lumière, et l’existence d’une petite tribu de Cornavii à Pons-Mlii acheva de ruiner dans mon esprit la thèse des Osismes-Coriso- pites de d’Ânville. Bientôt, cependant, des doutes se présentèrent. D’une part, dom Lobineau, dont l’opinion me paraît d’un grand poids, fait venir nos Bretons cornouaillais de la pointe sud -ouest de la Grande-Bretagne, située en face de la Cornouaille continentale: d’autre part, il y avait dans l’île, au témoignage de Ptolémée, une peuplade de Cornavii qui habitaient, à l’est du pays de Galles actuel , un territoire situé entre l’Avon et la Saverne. Or. s’il est infiniment vraisemblable que les Brigantes du Corisopitum insulaire

chassés les premiers par les Saxons’, s’en vinrent, réunis à leurs voisins fie Pons-jElii, fonder, dans l’Armorique, une ville à laquelle, selon les cou- tumes paternelles-, ils imposèrent le même nom de Corisopitum^. est-il aussi probable que ce soit la tribu des Cornavii (Cornouaillais du nord de la Bretagne, et non ceux de la Saverne, arrivés les derniers mais en plus grand nombre) qui ait donné son nom à la Cornonaille continentale? La question, je l’avoue, me semblait très-difficile à résoudre; mais des rensei- gnements fournis par un ami ont aplani pour moi la difficulté. M. de la Borderie, qui, au moment même où je le consultais, s’occupait précisément de rédiger une notice sur le même sujet, voulut bien appeler mon atten- tion sur le point essentiel que voici : Le Cornwall insulaire, d’où l’on a cou- tume de faire venir les habitants de laCornouaiHe armoricaine, était occupé, sous la domination romaine, non par des Cornavii, mais par des Domnonii. C’est seulement au viif siècle, lorsque les Saxons eurent refoulé les Bretons dans l’angle sud-ouest de l’île, que ce coin de terre reçut des vainqueurs le nom de Corn-fVealas (la pointe des étrangers). Par conséquent, l’argument tiré du commun voisinage de l’Armorique et de la Cornouaille insulaire n’a point l’importance qu’on lui prête.

Quant aux Cornavii venus de l’est du pays de Galles, le savant critique ne conteste pas qu’ils aient pu contribuer, pour une large part, à la fondation définitive du petit Etat cornouaillais-armoricain.

On trouvera, au surplus, dans les Eclaircissements placés à la fin de ces Prolégomènes, une dissertation développée sur le point géographique que je viens de traiter sommairement; je m’arrête donc, et, de tout ce qui précède, je crois pouvoir tiier les conclusions suivantes :

I. Les mots Corna Gnlliœ n’ont rien de commun avec celui de Cornuhia »

(en breton kornaw). La Cornouaille armoricaine, du VI au XI siècle, a été resserrée dans des limites à peu près analogues à celles de l’évêché de Cornouaille, ou de Quimper, en 1789.

II. Dès la première moitié du VI siècle, la Cornouaille, loin de dominer les petits états voisins, comme un l’a prétendu, avait été démembrée au profit d’un prince nommé Conmor. Le comté de Poher (Pou-Caer), auquel nous faisons allusion, donna naissance à un archidiaconé du même nom.

III. Le mot Corisopitum (qui se lit Corisopito dans les documents des deux Bretagnes) a été substitué à celui de Cariosolitam par des copistes auxquels cette dernière dénomination n’olFrait plus aucun sens.

IV. Il n’existait qu’une seule capitale chez les Osismes, à la lin du IV siècle, et cette capitale c’était Osismii, l’ancienne Vorcjaniam.

V.Corisopilam, dont d’Anville a fait un pagus des Osismes,n’était qu’une ville, et n’a pu, par conséquent, être inscrite dans la Notice comme une cité. Vî. C’est au confluent du Steyr et de l’Odet, et non à Locmaria qu’était située la ville bretonne de Corisopitum. Les nombreuses substructions de Locmaria indiquent bien l’emplacement d’un établissement romain; mais les anciens actes lui donnent le nom àe Civitas AqiiHonia , Civitas Aciialw

VII. Corstopitam, ou plutôt Corbopito, à l’époque où les Saxons envahirent l’île de Bretagne, était une ville des Brigantes, dont les habitants vaincus vinrent chercher un refuge dans l’Armorique : de là fappellation de Corisopitensis ecclesia, que portait févêché de Quimper.

VIII. La tribu militaire des Cornavii, établie, sous la domination romaine, à Pons-Mlii, non loin de Corisopitum, donna probablement son nom à la Cornouaille armoricaine.

IX. L’œuvre commencée en Armorique par les Cornavii de Pons-/Elii fut achevée, peu de temps après, par d’autres Cornouaillais qui venaient du pays situé entre l’Avon et la Saverne, pays d’où les Romains, selon toute apparence, avaient tiré la cohorte cornovienne préposée à la défense du mur de Sévère.

XVII. Divisions ecclésiastiques. — Diocèse de Cornouaille ou de Quimper. —Considérations générales.

Avant d’entrer dans le détail des divisions et des subdivisions d’un des diocèses de la Bretagne proprement dite, je demande la permission de pré- senter quelques observations indispensables, au sujet de la primitive organi- sation de l’église bretonne.

L’ancienne cité des Osismes , contre l’usage ordinaire , a donné naissance à trois évêchés : Cornouailie, Léon, Tréguer. De là une foule d’assertions erronées de la part d’écrivains qui, moins savants en histoire qu’en archéologie, ont voulu retrouver, à toute force, chez les Bretons de l’Armorique. l’organisation ecclésiastique des nations gallo-romaines. Nous allons établir que rien n’est moins fondé, et que les règles posées par M. Guérard , trè.s-

justes en ce qui concerne une grande partie des Gaules, ne sont point ap- plicables à la Bretagne proprement dite.

Et d’abord, rappelons ici, puisqu’on l’oublie si souvent, que. chez les Bretons réfugiés sur le continent, langue, mœurs, institutions, tout venait de l’île de Bretagne. Cela posé, on concevra facilement que les églises de la Cornouailie, du Léon, de la Domnonée, aient été régies autrement que celles de Rennes, de Nantes ou de Vannes. Les Pères du concile de Tours, en 567, essayèrent, on le sait, de faire cesser cet état de choses; mais ce fut en vain. «Il faut convenir aussi, dit D. Lobineau, que les Bretons, venant dans l’Armorique , n’avaient trouvé l’évèque de Tours en possession  » d’avoir d’autres suffragants que les évêques du Mans , d’Angers , de Rennes (I et de Nantes.Ils lui laissèrent donc volontiers la disposition des évêchés de « Rennes, de Nantes et de Vannes, parce qu’ils n’étaient pas encore de leur  » nation; mais, pour les autres évêchés de Bretagne, comme les Bretons en «étaient les fondateurs, ils ne s’imaginèrent pas qu’un évêque étranger eut Il des droits sur eux, et pût entreprendre de les soumettre à son siège en «vertu d’une distribution des Gaules faite par les empereurs A quoi «il faut ajouter que la coutume ancienne de la nation n’était pas d’attacher «la dignité de métropolitain à quelque siège déterminé, mais à celui des » prélats que les autres en avaient jugé le plus digne;

Ces paroles sont de la plus rigoureuse exactitude. Mais qu’importe aux écrivains à système préconçu? — Quoi! des Bretons, fuyant devant l’épée saxonne, auraient ravi aux évêques gallo-romains la gloire de convertir les Armoricains à la foi! — A l’exemple de D. Liront l’on s’est insurgé contre une telle assertion , et do là d’incroyables efforts pour prouver qu’avant l’arrivée des Bretons, des évéchés existaient à Vannes, à Carhaix, à Corseull. Nous montrerons tout h l’heure que ce système n’est qu’une négation absolue des dociunents et des traditions les plus respectables de l’histoire de Bretagne. Mais, préalablement, il nous faut dire quelques mots encore au sujet des vieilles coutumes ecclésiastiques des Bretons insulaires, coutumes qu’il importe de connaître si l’on veut comprendre le rôle des Tugdual. des Samson , des Malo et de tant d’autres saints, en Armorique.

Il n’y avait point de diocèses à sièges fixes dans l’ile de Bretagne. Les primats établis tantôt à Landaff, tantôt à Ménévie gouvernaient toutes les églises ,

à l’aide d’évêques régionnaires qui se portaient sur tel ou tel point, selon le besoin des âmes. Or, il en fut longtemps de même dans la Domnonée continentale, et c’est ce qui explique la situation exceptionnelle de saint Sam- son, situation méconnue naguère, à mon grand étonnement, dans un livre des plus recommandables-. Dans la Domnonée, en effet, saint Tugdual, à Tréguer, saint Brieuc, dans la ville qui porte ce nom, saint Malo, à Aiet. exercèrent, comme évêques-abbés, toutes les fonctions de l’épiscopat. J’observe, dit le bénédictin D. Le Gallois, dont les doctes recherches ont été si « profitables;’» D. Lobincau et ii tant d’autres, j’observe que le génie des Bretons était de multiplier les évèchés comme les couronnes, et de consacrer «partout des évêques dont la plupart, ne pouvant être que titulaires, n’étalent que comme des cun s de campagne, dépendant, quant à la juridiction,d’un évèque principal; car comment entendre autrement les trois cents

cinq évêques consacrés par saint Patrice dans la seule Hybernie . et les deux «cent six qui se trouvèrent au synode de Bruy, pour la seule Cambrie, et <i tant d’autres prélats qu’on trouve de tous côtés, dont la plus grande partie «vivaient dans des monastères, et étaient ordonnés par des métropolitains. Il ou même par de simples évêt|ues, pour servir de pasteurs au peuple, sans que ces dignités tu as sent à conséquence pour des successeurs? Ces évèchés « passagers, si l’on ose parler ainsi, finissaient avec les évêques, de sorte qu’après tout , il n’en est resté que quatre dans la Cambrie La dignité «d’archevêque était personnelle, indépendante des sièges, et les évêques «d’une province choisissaient entre eux celui qu’ils jugeaient le plus digne «métropolitain. Cette remarque sera nécessaire pour expliquer l’ordination «de quelques nouveaux évêques en Armorique

Tout cela est d’une justesse parfaite et conforme aux données de l’histoire. Mais la distinction si judicieuse élablie par dom Le Gallois entre les églises de Bretagne et celles de la Gaule n’a point été comprise, ou plutôt l’on n’a pas voulu l’accepter. Et, pourtant, la différence qu’il signale se re- trouve partout, et on la voit se prolongera travers les siècles. En veut-on une preuve éclatante ? l’hagiologie comparée des diocèses de la Bretagne avec ceux de la Romanie va nous la fournir.

Lorsque, quittant les anciens évêchés gallo-romains de Rennes et de Nantes, on met le pied sur le territoire breton proprement dit, les noms de lieux, nous l’avons fait remarquer, changent aussitôt de physionomie. Or, la même différence entre les noms de saints se peut observer dans l’une et l’autre contrée.

Dans les diocèses de Rennes et de Nantes les noms patronymiques des églises sont gallo-romains, pour la plupart; ainsi saint Clair, saint Donatien, saint Rogatien, saint Similien, saint AJartin, saint Hilaire, saint Julien, saint Marc, saint Aubin, saint Hélier, saint Vitalis (Viau), saint Herbelon, saint Filibert, etc.

Il n’en est pas de même dans le pays breton. Il est certain, en effet, que presque toutes les paroisses de la Domnonée armoricaine, duBrowerech, du Léon , de la Cornouaille , eurent pour patrons primitifs des saints venus de l’île de Bretagne et d’Irlande, ou nés, en Armorique, de parents de race bretonne. Les exceptions, on l’a fait judicieusement observer, ne portent

guère que sur des noms qui, se rattachant intimement aux traditions évangéliques, doivent naturellement se retrouver partout’.

On a remarqué que presque tous les saints de la première période de l’histoire de Bretagne appartenaient à l’ordre monastique. Aussi, dom Le Gallois ne croit-il pas qu’il y ait eu du clergé séculier, dans le pays, avant le ix » siècle. Les essaims de moines bretons disséminés dans les solitudes de la péninsule y surent maintenir, avec tant de persistance, les coutumes parti- culières de leur Eglise, que Louis le Débonnaire, un jour qu’il campait, avec son armée, sur les bords de l’Ellé ^, en 818, put voir se présenter de- vant lui l’abbé de Landévénec, avec le costume et la tonsure des anciens moines d’Hybernie^. Or, si les Eglises bretonnes pratiquaient encore, sous le fds de Charlemagne, les vieilles règles monastiques des saints irlandais, on peut juger de la puissance des coutumes nationales trois ou quatre siècles auparavant. Il paraît, néanmoins, que, dans la Cornouaille et le Léon, des sièges fixes furent établis d’assez bonne heure. La fondation de ces deux Eglises est sans doute entourée de quelque obscurité; mais, quoi qu’on en ait pu dire, leur existence est autrement certaine que celle de prétendus évêchés créés , dit-on, chez les Osismes et chez les Curiosolites, dès la fin du IV siècle, et qui, on ne sait comment, auraient disparu tout à coup, en

ne laissant pas plus de tiaces que la célèbre ville d’Is, engloutie, selon les légendes, sous les flots de l’Océan.

Nous avons établi, clans un précédent paragraphe, que l’Eglise de Vannes ne remonte qu’à 465, et que, plusieurs années après la mort de saint Patern, les Vénètes, restés païens pour la plupart, durent être conver- tis par saint Mclaine. Est-il donc croyable, après cela, qu’aux extrémités de la presqu’île armoricaine, le nombre des chrétiens ait pu être assez consi- dérable, dès l’an Ixoo , pour y rendre nécessaire l’établissement de plusieurs évêchés? Nous ne le pensons pas. D’ailleurs, le fait fût il possible, il resterait à expliquer comment des diocèses, établis moins d’un siècle avant l’arrivée des Bretons, ont pu s’évanouir, en quelque sorte, sans que l’histoire ou la tradition en aient conservé le moindre souvenir. Il faut doncle proclamer, rien de moins fondé que l’existence de ces diocèses primitifs. Et cependant, je le dis à regret, cette thèse a été reprise, en sous-œuvre, après la mort de M. Bizeul, par le seul disciple qui défende son système. Le docte explora- teur de nos voies romaines, pour rester conséquent avec lui-même, avait été amené à rejeter, en bloc, une grande partie des documents de notre histoire. Plein de mépris pour la tradition , il traitait avec le même dédain et les Actes de saint Melaine , de saint Samson , écrits par des contemporains, et les Vies de saint Malo , de saint Pol de Léon , de saint Guénolé , acceptées par

la plus sévère critique. Bien plus, comme l’établissement des Bretons en Armorique dérangeait le système du vénérable vieillard , il en vint, un jour, jusqu’à contester, pour ainsi dire, leur passage sur le continent’. En vain lui opposa-t-on les textes formels de Sidoine Apollinaire, de Jornandès, de Procope, de Grégoire de Tours, d’Eginhart, d’Ermold Nigel, de Gur- destin, etc. en vain lui fit-on observer, —argument sans répUque. —qu’au moment même où les Saxons s’emparaient de l’ile de Bretagne, un coin de la presqu’île armoricaine perdit son nom, pour prendre celui de Britannia minor, Britannia cismarina, rien ne put convaincre l’indomptable Armoricain-Nannète, et, sans daigner discuter un seul texte ni répondre à un seul

argument, il passa outre.
Moins passionné, moins absolu que son maître, l’archéologue qui s est

donné la mission de le continuer a produit, à fappui du système, un argument nouveau, qui doit réduire à néant, croit-il, l’histoire de dom Lobi- neau, les savantes recherches de dom Le Gallois, de Lebeau, de Tillemont et de tant d’autres. Cet argument décisif, en deux mots, le voici : » La

Notice des Proviiices place neuf cités dans la niclropole de Tours, vers l’an 4oo ; or, comme il ressort du texte d’un concile tenu à Vannes, en 465, » que huit évoques existaient alors dans cette métropole, on on doit conclure  » que, non-seulement en ce temps-là , mais même soixante et dix ou quatre- vingts ans auparavant, il y avait des sièges épiscopaux à Vannes, à Carliaix lia Corseult. Par conséquent, il y a lieu d’affirmer que l’Evangile était Il prêché dans l’extrême Armorique avant l’arrivée des Bretons, de leurs Il évêques et de leurs moines.»

Je crois avoir résumé fidèlement la thèse qui s’est produite dernièrement à l’Institut; ma réponse sera courte, mais péremptoire, je l’espère.

I. Je ferai remarquer, tout d’abord, que, comme son maître, l’auteur résout, a priori, la question par la question même : «Au quatrième siècle le « nombre des diocèses répondait, en Gaule , à celui des cités. » — Mais rien n’est moins fondé qu’une telle proposition. Il est très-vrai, sans doute, que, après la chute de l’Empire, l’Eglise gallo-romaine modela ses diocèses sur les anciennes cités, et que, quand les circonscriptions civiles furent, en quelque sorte, annulées par les circonscriptions religieuses, les mots civitas et diœ- cesis devinrent synonymes. Mais cette synonymie ne fut complète que le jour où l’Eglise ordonna formellement de faire concorder les divisions ecclésiastiques avec les divisions administratives. Or, la première décision prise à cet égard l’a été au concile de Chalcédoine, en 451, c’est-à dire plus d’un demi-siècle après la rédaction de la Notice des Provinces, Voici , au surplus, les propres termes employés par les Pères de Chalcédoine :

«Si vero quœlibet civilas per auctoritatem imperialem renovata est, aut

Il si renovetur in posterum civilibus et publicis ordinationibus etiam eccle- ,

Hsiasticarum parochianarum sequatur ordinatio’.»
Ces paroles sont décisives; elles montrent l’inanité d’un système qui, cinquante ans, et plus, avant la décision du concile de Chalcédoine, prétend identifier, dans toute la Gaule , les cités et les diocèses -. Nous ferons remar- quer, au surplus, que des huit évêques mentionnés, mais sans désignation de sièges, dans les actes du concile de Vannes (465), six seulement appartiennent sans conteste à la province de Tours. Ce sont : Perpetuus, le métro- politain; Paternus, évêque de Vannes; Talasius, d’Angers; Viclorius. du

Mans; Athcniiis. de Rennes; Nunnechius, de Nantes. Quant à Albintis et à Liberalis, aucun catalogue, aucune légende, aucune tradition n’autorise à croire qu’ils fussent évêques des Osismes et des Curiosolites. Est-ce donc que, pour assister à un concile provincial, il fallait nécessairement appar- tenir à la métropole où il était assemblé? Nullement; car, au premier et au second concile de Tours, en 461 et 667. le tiers des prélats assistants étaient étrangers à la province’. On peut juger, d’après cela, de la valeur du système.

II. Ni dom Lobineau, ni dom Le Gallois, ni leurs savants confrères de l’ordre de Saint-Benoit n’ont jamais émis un doute sur la date d’érection du diocèse de Vannes. Et, en effet, la tradition constante de cette Eglise, tradition confirmée par une lettre synodale émanée de six prélats, atteste que saint Patern fut le premier évêque des Vénètes. L’hypothèse de trois diocèses antérieurs, à Vannes, à Carhaix et à Corseult, est donc purement chimérique. On sait quelle est la ténacité des traditions ecclésiastiques. Or, comment admettre que le souvenir de trois évêchés armoricains, fondés, moins de soixante et dix ans avant l’arrivée des Bretons, chez les Vénètes. les Osismes et les Curiosolites . se soit tellement effacé de la mémoire des hommes qu’on n’en trouve trace ni dans les catalogues d’évêques, ni dans les légendes, ni même dans les poëmes du moyen âge, qui, pourtant, ont fait arriver jusqu’à nous quelques reflets de l’antique splendeur des cités de Vorcjanium et de Coriosolitum

III. Quant à la conversion de l’extrême Armorique, on ne peut que ré- péter, après M. de la Borderie, qu’il n’existe ni un fait, ni un texte, ni un indice quelconque d’où l’on puisse induire que l’Évangile y ait été prêché avant la venue des Bretons et de leurs moines.

Nous avons eu l’occasion de citer ailleurs un curieux passage de la Vie

de saint Melaine, d’où ressort la preuve que, plus de trente ans avant la fondation de l’évèché de Vannes, la plus grande partie des habitants du pays étaient encore païens’. Or, s’il en était ainsi, vers l’an 500, dans un diocèse où saint Clair, suivant la tradition, avait fait pénétrer, plus de deux siècles auparavant, quelques rayons de la divine lumière, qui pourra croire qu’aux extrémités de la péninsule armoricaine le nombre des chrétiens ait été assez considérable, dès le règne d’Honorius, pour motiver l’érection de deux nouveaux sièges ?

XVIII. Subdivisions ecclésiastiques de la Cornouaille. — Archidiaconés. — Doyennés

La Cornouaille était divisée en deux archidiaconés : l’archidiaconé de Cornouaille et celui de Poher.

L’archidiaconé de Cornouaille comprenait la région du sud, c’est-à-dire les sept districts de Cap-Sizun, Cap-Caval, Fouesnant, Conc, Quimperlé, Goiirin, Coray.

L’archidiaconé de Poher renfermait les quatre territoires de Poher, de Huelgoet, de Chàteauneuf-du-Faou et de Châteauhn. Les paroisses dont il se composait, à partir de la chaîne des montagnes Noires jusqu’à Poullaouen inclusivement, répondaient à l’ancien comté de Poher. Plus loin, c’était la Cornouaille proprement dite.

Anciennement, selon toute probabilité, chacun des archidiaconés cornouaillais renfermait un certain nombre de doyennés. Mais la plupart, à ce

qu’il paraît, avaient de bonne heure cessé d’exister, et les deux seuls dont il soit fait mention, dans les Cartulaires de Quimper, furent supprimés en 1283, sur la demande d’un des titulaires dont les ressources étaient insuffisantes. Quoi qu’il en soit, voici ce qu’on sait , ou, plutôt, ce qu’on croit

savoir de ces anciens doyennés .
I. L’archidiaconé de Cornouaille, composé des territoires de Quimper.

Pontcroix, Pont-l’Abbé, Fouesnant, Conc, Quimperlé et Gourin. parait avoir été divisé en quatre doyennés, dont les deux premiers sont parfaite- ment connus :

1 Cap-Sizun. — Ce doyenné commençait à l’est de Guengat, atteignait les bords de la mer, vers le ruisseau du Riz, qui coule au fond de la baie de Douarnenez, suivait le contour de la pointe de Sizun jusqu’à la rade d’Audierne, et avait pour limite, au sud, le cours de la rivière de Goayen, sur laquelle est établi le port d’Audierne.

2. Cap-Caval. — Ce doyenné comprenait la portion de la pointe de Sizun située au midi du Goayen, et toute la contrée s’étendant de ce point jus- qu’au ruisseau qui, dos confins de la paroisse deCuengat, va se jeter dans la rivière de Quimper, à l’anse de Combrit.

3. Conc. —Le pays de Conc formait probablement un doyenné com- prenant :

1° le territoire de Fouesnanl, lequel s’étend, au sud d’Ergué-Armel et d’Ergué-Gaberic, entre la rivière de Quimper et le ruisseau qui forme la petite anse de Saint-Laurent, au fond de la baie de la forêt;

2° les an- ciens ressorts de justice royale de Conc et Rosporden, Le doyenné, des autres côtés, s’avançait jusqu’à la rivière d’Aven et aux limites nord de la paroisse de Scaer.

Cartulaire de l’Abbaye de Redon en Bretagne. Publié par Aurélien de Courson

4. Il est à présumer que le territoire soumis à la juridiction royale de Quimperlé,—territoire qui s’avançait jusqu’au nord de Querrien, après avoir suivi la rivière d’Ellé depuis son embouchure, se réunissait au pays de Gourin pour former un quatrième doyenné dont aurait fait partie toute la région comprise entre les montagnes Noires et la mer.

II. L’archidiaconé de Poher,composé,nous l’avons dit,des pays de Porzai

ou Châteaulin , du Faou , de Daoulas et de Châteauneuf, en Basse-Cornouaille, et des territoires de Carliaix et Corlay (Haute-Cornouaille, comté de Poher). paraît avoir aussi formé trois subdivisions’ :

1. Le Porzai ou Porzoed. — Il commençait au nord du doyenné de Cap-Sizun, enveloppait toute la pointe de Crozon et avait pour limites, d’un autre côté, la rivière de Châteaulin, ou l’Aune, jusqu’aux confins est de la paroisse de Saint-Thois, où les montagnes Noires se relient à la rivière ^.

2. Le Faou ». —On sait d’une manière positive que le pays du Faou embrassait dans sa circonscription ecclésiastique le territoire de Daoulas. qui l’orme, au delà de la rivière de l’Hôpital-Canfrout, une autre pointe dans la rade de Brest. Quoique la seigneurie du Faou fût distincte de celle de Châteauneuf, toutes deux formaient un même doyenné dont les limites devaient être celles-ci : à l’ouest, la rade de Brest; au nord, l’Elorn et les montagnes d’Arez jusqu’aux sources de l’Aune, et enfin le cours de cette rivière jusqu’aux confins ouest de Spezet, qui , connue Saint-Hernin , dépendait probablement du pays de Poher.

3. Territoire de Poher. — En présence des grandes circonscriptions ecclésiastiques dont il vient d’être parlé , on ne peut guère admettre que le territoire de Poher, dont l’archidiacre siégeait primitivement à Plussulien ait formé plusieurs subdivisions. Aussi bien . le nombre sept , que nous croyons avoir été anciennement celui des doyennés cornouaillais, correspon- dait-il à un chiffre en quelque sorte sacré dans l’Eglise bretonne. On sait, en effet, qu’elle se composait de sept diocèses et qu’elle reconnaissait sept saints pour principaux patrons. Mais ce n’est pas tout : la ville de Quimper renfermait, de même, sept paroisses, et ce n’est point au hasard qu’il faut attribuer cette division qu’on retrouve dans plusieurs autres parties de la Bretagne.

XIX. Le Léon et ses limites. — Origine de cette dénomination.

Le comté de Léon, borné à l’ouest et au nord par la mer, au sud par

les montagnes d’Arez qui le séparaient de la Cornouaille , avait pour limites ,

à l’est, la rivière de Kefleut(au delà de laquelle commençait la Domnonée), puis,’à partir de Moriaix, une ligne qui, courant vers le sud-est, à travers les landes situées entre Pleyber-Christ et Plougonven, venait aboutir au pied des monts Arez, non loin de l’abbaye cistercienne du Relec.

De temps immémorial, le Léon, dont le territoire avait dû former pri- mitivement l’un des grands pagi des Osismes’-, se partageait en trois petits pays sur lesquels se modelèrent, selon toute vraisemblance, les archidia- conés de Léon, d’Ach et de Kemenet-Ili. D’anciens documents, les Vies de saint Paul-Aurélien et de saint Judicaël, font en effet mention de la commendalio d’Ili^ et des territoires d’Ach et de Léon . Mais resterait à connaître l’époque où ce dernier nom servit à désigner la contrée tout entière.

On sait qu’Adrien de Valois voyait des Leonices dans l’une des petites nations lémoviques dont il est parlé dans les Commentaires de César. Depuis ce temps, d’autres érudits se sont efforcés d’établir que le mot Léon,

contraction du latin legio, aurait pris naissance vers la fin du IV siècle, lorsque les troupes romaines, cantonnées dans l’Armorique , durent être disséminées sur le littoral incessamment ravagé par les pirates germains. A ce propos, un jurisconsulte breton, Baudouin de la Maison-Blanche, a développé un système assez spécieux et dont voici l’analyse sommaire : Le domaine congéable,en usage en Cornouaille, en Poher,en Treguer,en Goëllo, en Browerech, n’existait point dans le Léon. Or, pourquoi cette anomalie? C’est que, dans ce coin de l’Armorique, où s’étaient concentrés les Mauri Osismiaci de la Notitia dignitaiam , les institutions romaines n’avaient subi aucune atteinte lorsque l’empire s’écroula. D’après cela, les légionnaires [le-

gionenses) durent naturellement repousser les usages bretons, détavorables à leurs intérêts; et de là les traces de servitude qu’on ne retrouve nulle autre part en Bretagne^.

Nous prouverons ailleurs que le dur régime auquel Baudoin fait allusion était général, dans la presqu’île armoricaine, à la fin du IX siècle. Quant à l’hypothèse d’une colonie fondée, au nord-ouest du territoire desOsismes. par des soldats romains dont elle aurait reçu son nom (legioiiensis pagas), rien assurément n’est moins probable. Qu’on veuille bien se rappeler, en effet, l’état de la Gaule dans la dernière moitié du V siècle. Les Barbares, en ce temps-là, affluaient de tous côtés, et les troupes impériales avaient été forcées de se concentrer sur la Loire pour opposer quelque résistance

aux envahisseurs. C’est alors que Riolhime et ses douze mille Bretons se portèrent dans le Berry occupé par les Visigoths. Or, lorsque des fugitifs, naguère débarqués en Armorique, montraient envers l’empereur un pareil dévouement, il serait étrange, on en conviendra, que les légionnaires can- tonnés chez les Osismes fussent restés immobiles à leur poste. D’ailleurs, l’ensemble des faits accomplis dans la péninsule, dès le VI siècle, ne permet pas d’accepter la double hypothèse de Baudouin. Il est certain, en effet

que les Bretons étaient alors établis dans le Léon tout aussi fortement qu’ailleurs, et que toutes tes contrées occupées par eux avaient reçu des flénominations nouvelles. Plus d’Osismcs, plus de Curiosolites’ : à ces an- tiques appellations ont succédé celles de Bretagne, de Domnonée , de Cornouaille, de Poher, de Browerech, de GocUo. Les paroisses, les bourgs, les villages, les monastères, les châteaux portent eux-mêmes des noms em- pruntés à la mère-patrie. Impossible d’admettre, après cela, qu’un petit nombre de légionnaires, confinés à l’extrémité de l’Armorique, y aient pu séjourner sans être absorbés par les Bretons dont les clans, nous l’avons établi, se succédaient sans interruption, et qui imposaient partout leurs mœurs, leur langue , leurs institutions. Il y a donc tout lieu de croire que le Léon, comme la péninsule elle-même, reçut son nom des insulaires qui venaient y chercher un refuge. L’hypothèse me semble d’autant plus fondée

qu’il existait dans le pays de Galles, d’où sortaient, selon toute apparence, les émigrants du Pen-ar-bed^, deux villes de Caerléon , dont l’une au moins, diseut les savants anglais, s’appelait ainsi parce qu’elle s’élevait sur un terrain longtemps occupé par une légion romaine ». (Jette origine du nom de Caer- léon a été contestée, je le sais, par Gunn, le savant éditeur de Nennius^; mais, que ce soit à tort ou à raison, toujours est-il que la dénomination existait anciennement de l’autre côté du détroit, et qu’il est tout naturel de

penser quelle a été transportée dans l’Armorique en même temps que celles de Britaniiia, de Domnonia, de Cornubia, de Corisopitam , etc.

J’ai signalé, dans un précédent paragraphe, les antiquités romaines de la cité des Osismes, et, par ronséquent, celles du pays de Léon. Peut-être ce pagus était-il dès loi’s subdivisé en trois petits districts à peu près, correspondant aux archidiaconés postérieurs d’Ach, de Léon et de Kemenet-Ili. Mais, sur ce point, les textes nous font absolument défaut.

XX. Divisions ecclésiastiques. — Fondation du diocèse de Léon.

Les limites du diocèse de Léon étaient, avant la révolution française, les mêmes que celles de l’ancien comté de Léon , car la Vie de saint Paul-Aurélien nous apprend que les deux pagi Achmensis et Leonensis, entre lesquels était situé celui de Kemenet-Ili, formaient, dès le vf siècle, un petit état placé sous l’autorité d’un chef unique qui s’appelait Withur Ce fut sous le règne de ce prince que Paul-Aurélien , l’un de ses parents, vint, avec douze disciples et une suite assez nombreuse, prendre terre sur le continent armo-

ricain. Paulus Aurelianus était né, vers 490, dans le pays de Galles, d’un père nommé Porphius. Ayant manifesté, dès sa plus tendre enfance, un goût prononcé pour la vie religieuse, il fut placé par ses parents dans le mo- nastère de Saint-Iltud, où il eut pour condisciples sauit David, saint Samson et saint Gildas. On suit qu’à cette époque un grand relâchement s’était introduit parmi le clergé breton , et que les mœurs générales du pays s’en étaient ressenties^. Mais, au sein des monastères, dans des ermitages creuses dans le roc ou cachés au fond des bois, vivaient des hommes d’éhte dont la vie s’écoulait dans la pratique des plus austères vertus. Le fils de Porpliius appartenait à cette phalange de saints dont on peut suivre , dans

l’histoire, la trace lumineuse à travers les contrées les plus sauvages de l’ancienne Europe. Apôtre plein de zèle, missionnaire éloquent, Paul avait

prêché avec éclat l’Évangile où divers peuples de la Bretagne, et ceux-ci, dans leur reconnaissance, le demandèrent pour évêque. A cette nouvelle, le saint jeune homme, elTrayé d’un tel fardeau, résolut de s’expatrier. Et, en effet, vers 512 , il abordait dans l’île d’Ouessant où il se fit bâtir un oratoire [Lan-Paal^). Après avoir converti les habitants d’Heussa, où le druidisme était resté vivant, Paul, se sentant appelé à de plus importantes conquêtes, passa sur le continent avec ses compagnons. C’est dans le pacjus Achmensis, non loin d’un ploii nommé Thelmeduvia, que l’exilé fixa d’abord sa demeure. Mais là ne devait pas longtemps s’arrêter le pieux missionnaire. Une œuvre plus importante l’attendait. Averti, par une vision, d’aller trouver son pa- rent, le comte Withur, il prit son bâton et s’embarqua pour l’île de Batz, où le prince résidait en ce moment-là. De graves événements s’étaient accomplis, peu de temps auparavant, au nord-ouest de la Bretagne. Jonas, prince de Domnonée , était mort assassiné par Conmor, comte de Poher, et ce dernier, voulant recueillir tout le fruit de son crime, s’était hâté de se pla- cer sous la tutelle, disons mieux, sous la vassalité de Childebert roi de Paris. Ce fait entraîna naturellement de graves conséquences: d’une part, pour éviter le sort de son père, Jndiial, l’héritier de Jonas, alla demander un asile au roi des Francs ; et, d’autre part, Withur, par la force des choses,- devint le vassal du mérovingien. Ces événements, dont M. de la Borderie s’est efforcé de débrouiller le chaos, nous donnent la clef de certains faits qu’aucun historien n’avait jus[|u’alors expliqués, par exemple, l’intervention de Childebert, qu’on voit appelé, chose étrange, à confirmer l’érection du siège de saint Paul et à valider la consécration de saint Tugdual comme évêque régionnaire de Tréguer. «il est à remarquer, dit Dom Lobineau, «que, durant cette période, les prélats du pays élurent plusieurs évêques «à Léon, à Dol, à Tréguer, à Quimper, sans participation de l’évêque «de Tours, qu’ils ne se croyaient peut-être pas obligés de reconnaître pour « leur métropolitain. »

Quant au prétendu diocèse des Osismes , dont on veut faire remonter l’origine au commencement du V siècle, ni Dom Lobineau. ni les savants religieux, ses collaborateurs, n’en ont, bien entendu, découvert la moindre trace dans l’histoire.

Il est rapporté dans la Vie de saint Paul de Léon que, sentant sa fin approcher, il désigna lui-même, devant le peuple assemblé, celui de ses disciples qu’il jugeait digne de lui succéder. Il était là, en effet, un antique usage des nations bretonnes.

XXI. Subdivisions ecclésiastiques.

Cartulaire de l’Abbaye de Redon en Bretagne. Publié par Aurélien de Courson

Le diocèse de Léon paraît avoir été, dès la plus haute antiquité, partagé en trois archidiaconés, ceux de Léon, de Kemenet-Ili et d’Ach. M. J. Desnoyers, dans sa savante Topographie ecclésiastique de la France, parle d’un quatrième archidiaconé Léonais, dont il est fait mention en effet dans une charte du xf siècle- : «Je n’ai trouvé, dit-il, aucun texte qui pût aider à « déterminer la situation et à prouver l’existence, durable ou passagère, de « l’archidiaconé d’Audour. Ge nom n’aurait-il pas servi aussi à désigner «fun des archidiaconés connus?» La conjecture est parfaitement fondée. On nommait Daoïidour une ancienne et importante seigneurie située dans larchidiaconé de Léon, et qui, avec les fiels de Coetmeur et de Kermilin, forma plus tard ce qu’on appelait le comté de Coetmeur. Evidemment l’archidiaconé de Daoudour n’était autre que celui de Léon.

Voici quelles étaient les limites des trois archidiaconés :
I . L’archidiaconé de Léon, ou grand archidiaconé,s’étendait de la rivière

de Quelleut à celle de la Floche; il comptait vingt -six paroisses et vingt- trois trêves.

2. L’archidiaconéde Kemenet-Ili avait pour limites les deux cours d’eau de la Flèche et d’Abervrac’h ; il renfermait vingt et une paroisses et quatre trêves.

3. L’archidiaconé d’Ach était compris entre l’Abervrac’h et l’Elorn ; il se composait de quarante et une paroisses et de dix-sept trêves.

Rien n’indique que la subdivision par doyennés ait jamais existé dans i’évêché de Léon.

Le Minihi-Saint-Pol, ou asile de Saint-Pol-de-Léon , comprenait les sept paroisses qui entouraient la ville épiscopale.

🎯 Forum des associations 2025 de Questembert 🎯

Date et horaires du forum de Questembert

Le Forum des associations de la ville de Questembert aura lieu le samedi 6 septembre 2025 de 10h à 16h au complexe des Buttes.

L’association Andon participe au Forum des Associations de Questembert, un événement annuel incontournable pour découvrir la richesse du tissu associatif local. Venez rencontrer notre équipe, découvrir nos ateliers de chant breton, nos projets culturels et nos activités autour de la langue bretonne.

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💬 Échangez avec nous, posez vos questions, testez votre breton et rejoignez une dynamique conviviale et engagée.

👉 Rejoignez Andon et contribuez à faire vivre la culture bretonne à Questembert !

🔗 En savoir plus : Nos ateliers

Pour vous y rendre voici une carte des lieux :

Qu’est ce qu’un forum des associations ?

Le forum des associations est un événement qui se déroule sur une journée. Il est organisé localement dans toute la Bretagne, il y a donc forcément un forum dans votre commune, ou dans une commune proche ! Il permet de montrer au public toutes les associations qui œuvrent sur le territoire.

Pour les associations, c’est l’occasion d’échanger directement avec le public, car en dehors de cette journée il est rare de pouvoir montrer au public les actions faites.

  • Les adhésions aux associations : pour recruter directement de nouveaux adhérents ou des bénévoles,
  • La notoriété : communiquer pour faire connaitre son association à de potentiels pratiquants,
  • La sensibilisation : pour faire connaître au grand public la mission et la cause pour laquelle son association agit.

Fête de la musique 2025 Questembert Kistreberzh Qhitembé

« Fête de la musique » en Breton donne « Gouel Sonerezh » et en Gallo « Feyte de la muziqe »

Nous vous donnons rendez-vous le 27 juin sous les halles pour célébrer ensemble toutes les musiques ! Professionnels et musiciens amateurs de la région se produiront sur les 6 scènes installées dans le centre-ville de la commune. Cette programmation éclectique au cœur de Questembert ravira les amoureux de la musique et de la fête. Des buvettes seront tenues par des associations afin de faire de cette soirée populaire un moment convivial et festif !I

Il y aura 7 scènes dont 1 scène ouverte & des concerts dans les bars.

La programmation

  • 🎤 Scène Rock – Place Louis Herrou

7 & Co : clôture à 23 h

S’kuze my french : ouverture à 20 h, style punk/rock/hard métal

Flying Pils : à 21 h 30

  • 🎷 Scène Jazz / Passage des filles de l’école (nouvelle scène)

Trio Parenthèze : clôture à 23 h

Seis Por Ocho : jazz, dès 19 h inauguration (dans le jardin près de l’Iris Cinéma)

Mi‑fugue, mi‑raison : rock français, 20 h 30

Les Clarks : reprises, après Mi‑fugue

  • 🎻 Scène Acoustique – Jardin Belmont

Balthaze

École municipale de musique

Circelles

  • 🎼 Chorales & écoles – Chapelle Saint-Michel

Interventions des écoles de musique

Atalier Kan Kistreberzh

Chorale Mosaïque

  • 🎙️ Scène ouverte – Place de la Libération

Ouverture du micro aux artistes amateurs (inscription via l’asso Kalon)

  • 💃 Fest‑Noz – Sous les halles

Participation des enfants des classes bilingues breton‑français

Maela Hag Anouk

Ça Berouète

  • 🍻 Scènes dans les bars du centre-ville
  • Le Vincennes : Abdoul Kamal (reggae)
  • Le Tandem : The Customers (country blues)
  • Hop Session : Sheep Rebellion et XannaX (hard rock/grunge)
  • O’Baroque : DJ Max (anniversaire du bar, avec show pole-dance)

À partir de 19 h 00 des buvettes présentes dans la ville
Fin de la musique à 1h du matin.

Qu’est ce que la fête de la Musique ?

La Fête de la Musique a été fixée à une date unique et symbolique, jour du solstice d’été. Grand événement pop gratuit ouvert à tous les musiciens, amateurs ou professionnels de tous niveaux, il célèbre la musique live et met en lumière l’étendue et la diversité des pratiques musicales et de tous les genres musicaux. Il s’adresse à tous les publics et permet de familiariser petits et grands avec toutes les expressions musicales de toutes les conditions sociales.

Depuis sa fondation en 1982, les communautés rurales et les villes grandes, moyennes et petites ont investi pour faire de la journée un moment privilégié, expression de toute la vie musicale et reflet de sa vitalité intemporelle. Depuis 1982, de multiples réseaux ont été mobilisés.

En aidant à découvrir de nouvelles expressions musicales, des équipements sociaux et culturels et des associations locales. Scènes de musiques actuelles, succursales du grand magasin Printemps à Bourges, écoles de musique, conservatoires, institutions musicales, associations, musées, hôpitaux, communes, radio, télévision, salles de concert, café musique, entreprises publiques ou privées organisent leur propre rencontre musicale.

Les énergies des personnes mobilisées chaque année apportent une part fondamentale de spontanéité et l’attrait de la joyeuse transgression à cette journée si particulière.

40 ans de fête

2022 marque le 40e anniversaire de l’événement, qui a été bien accueilli par le public. Une date symbolique qui prouve sa pérennité, son ancrage dans le paysage culturel des mélomanes en France et dans le monde. Cette édition nous donne l’occasion de revenir sur l’essentiel du festival, en insistant sur les principes de sa création : un événement festif, populaire et spontané pour tous les publics, visant à mettre en lumière et à promouvoir la pratique amateur.

Histoire de cette fête

En octobre 1981, le ministre de la culture Jack Long nomme Maurice Fleury directeur du département musique et danse. Maurice Fleuret utilise ses réflexions sur la pratique musicale et son évolution pour jeter les bases d’un nouveau concept : « La musique est partout, le concert est partout » ! Il évoque une « révolution » dans le domaine de la musique, qui tend à réunir tous les genres – sans hiérarchie de genre ni d’origine – dans une recherche commune de ce qu’il appelle « un son plus authentique, intime et éloquent que l’art, libérateur , enivrant, étourdissements ».

En 1982, une grande enquête sur les pratiques culturelles françaises par la Direction de la recherche du ministère de la Culture révélait que 5 millions de personnes, dont un jeune sur deux, jouaient d’un instrument de musique, alors que les événements musicaux organisés jusqu’à présent ne concernaient qu’un petit nombre de Français. De ce fait, Jack Lang, Christian du Pavillon, l’architecte et scénographe, membres de son cabinet et Maurice Floret en ont déduit que le paysage de la pratique musicale française restait à découvrir. Ils ont donc imaginé un grand événement pop où tous les musiciens pourraient s’exprimer et se faire connaître. Le 21 juin 1982, jour symbolique du solstice d’été est le jour le plus long de l’année dans l’hémisphère nord, et c’est ainsi que la première Fête de la Musique est lancée.

Le résultat dépasse toutes les espérances. Des milliers d’initiatives ont lieu dans toute la France. Les musiciens s’installent partout dans les rues, les squares, les kiosques, les cours, les jardins, les gares, les places, etc., et des milliers de personnes déambulent dans la rue jusque tard dans la nuit, dans une atmosphère bon enfant.

affiche gouel sonerezh 2025

Communiqué de soutien à Mr Paul Molac

Questembert, le 27 mars 2025

C’est avec beaucoup d’incompréhension qu’Andon a découvert par voie de presse les dégradations commises sur la permanence de Ploërmel/Pllermè/Ploermael du député Paul Molac dans la nuit du 22 au 23 mars, avec pour explication de revendication le manque d’implication de Paul Molac.

Ces personnes osant même rappeler les origines de Paul Molac en mettant en concurrence la langue gallèse et la langue bretonne.

C’est mal connaître la personne qui est toujours à l’écoute peu importe le sujet. Il aurait été plus sage d’en venir discuter de vive voix au lieu d’essayer de diviser la population sur les langues.

Il est d’autant plus incompréhensible que de Ploërmel à la côte atlantique et jusqu’à Redon se mélange culture de Haute et Basse Bretagne sans aucun conflit, pour preuve, notre récent concours Kan ar Bobl de Questembert où se sont entendus des chants en gallo et en breton. Des séances de cinéma en gallo et bretons sont également proposés tout au long de l’année entre Redon et Questembert, une table ronde sur les langues organisée l’année passée pendant le festival de la Lune Rousse.

La haute Bretagne est une combinaison d’héritages variés et d’évolutions en cours, pourquoi les opposer ?

Que de temps et d’énergie perdus pour ces actes alors que du travail nous attend pour la sauvegarde et la transmission de nos langues.

Enfin nous tenons à saluer le travail de Paul Molac à la tête de l’office public de la langue bretonne et notons que la politique linguistique du conseil régional combine breton et gallo, où les moyens pour ce dernier sont en hausse.

ANDON

Festival de la Lune Rousse 2025

La Ville de Questembert organise le Festival de la Lune Rousse consacré à la Culture Celtique, il aura lieu du 23 au 27 avril prochain.


Le Festival de la Lune Rousse a désormais trouvé son identité en
explorant la culture bretonne et plus particulièrement la création
contemporaine qui en émerge. L’édition 2024 confirme que cet
axe de programmation permet de refléter la vivacité de la création
régionale.
Le fil rouge de l’année 2025 place les femmes dans cette culture
bretonne actuelle. En ouverture du festival, le ciné Caozerie
permettra d’aborder mille questions autour de l’égalité d’accès à
la scène ou aux structures culturelles ; les spécificités propres à
la Bretagne en matière d’égalité, en axant les réflexions dans une
perspective historique, avec la volonté de ne rien céder à la fatalité
et de contribuer à faire évoluer les pratiques.
Partis du constat que les femmes sont moins nombreuses que
les hommes sur les scènes, nous avons bâti une programmation
qui inverse la tendance. En faisant le pari que la vivacité de la
création va de pair avec l’égalité.
La Lune Rousse 2025 devrait vous éblouir alors venez goûter,
tester, danser, chanter, sourire… !

Boris Lemaire et Sylvaine Texier

Programme

Bilan Rencontres Kan ar Bobl Questembert 2025

Il y a eu une belle affluence dimanche à La salle l’Asphodèle, à Questembert, pour cette 10è édition de la rencontre locale du Kan ar Bobl, tant pour assister à la sélection que dans la salle du fest-deiz.

Avec plus de 23 passages sur scène (soit plus de 115 personnes sur scène sur l’après-midi), dont 5 classes de 4 écoles, une douzaine de solos, 2 groupes musicaux, quelques duos, un atelier chant adultes,… interprétant chants à écouter ou à danser dans diverses catégories. 3 conteurs étaient également sur les rangs.

Les Terroirs culturels du concours étaient : Le Pays d’A-Bas (Questembert-Muzillac, entre Haute et Basse-Bretagne), le Haut-vannetais (brittophone) et le Vannetais gallo. Il y a 21 rencontres locales sur les 5 départements bretons et à Paris cette année.

Le concours s’est déroulé sur la grande scène de la salle de spectacle de l’Asphodèle, en gradin.

Les chants ont résonné tant en breton, en gallo qu’en français ou bilingue français-breton, mettant en valeur du patrimoine collecté, des chants transmis en famille mais aussi plusieurs créations personnelles en breton et en gallo sur divers thèmes ! Ce qui fait écho au Mois des langues de Bretagne qui est durant le mois de mars (breton et gallo) !

Le jury était constitué de musiciens et chanteurs, connaissant les terroirs ou ayant de bonnes connaissances

musicales : Annick Bridier-Molac, Jean-Yves Corlay, Anne et Jean-Claude Capillon, et Elisabeth Courtillon.

La présentation ( dans les 3 langues) des candidats était faite par Thierry Jolivet.

Les sélectionnés pour la finale qui aura lieu le 5 et 6 avril 2025 à Pontivy sont:

Chant à danser : Vincent Bothua -Tugdual Jaffré

Chant accompagné : Maxime Lhermitte

Scolaires : école Ste Bernadette de Muzillac – classe CP CE1 CE2 bilingues, école beausoleil de

Questembert – classe cycles 2/3 bilingues.

Chant à écouter : Loeiza Gouret, interprétant une chanson en breton de son arrière-grand mère de la

Trinité-Surzur

Création : Jean-Paul Nizan, avec un chant en gallo sur un sujet d’actualité

conte : Yves Prime, Paul Paboeuf

Duo : duo d’aviau

groupe : Melayé

Nous remercions aussi les non primés qui font vivre le conte et le chant, tant patrimonial qu’ en

créant et nous ont partagé du plaisir d’écoute, des découvertes et de la culture !

Un stage de chant vannetais (en breton) organisé par Andon la veille, avec la chanteuse Elodie Jaffré a rassemblé 12 participants ( complet) du pays de Vannes durant la journée. Un stage qui fait écho à l’atelier bimensuel de chants en breton d’une douzaine de personnes depuis octobre 2022, de Andon.

Un Fest-deiz a eu lieu en parallèle du concours, dans la salle sur parquet avec les groupe ça Ribote, le duo Gargam Carrot, l’atelier chant Haute-Bretagne du Camber, et le stal Kan

kistreberzh (l’atelier chant en breton de Questembert de Andon), rassemblant plus de 120 danseurs.

L’ensemble de la manifestation (2 salles assez complêtes) a constitué un bel après-midi pour les danseurs, spectateurs, concurrents, musiciens et chanteurs. Nous remercions les bénévoles, les candidats, les 4 écoles ayant participé (classes, parents et enseignants), les associations partenaires, les musiciens et chanteurs du fest-deiz, les techniciens son, la salle Asphodèle, Questembert communauté et la ville de Questembert, le jury, les spectateurs et danseurs, et Laetitia Rouxel pour les photos ( à venir).

Dans le cadre du mois du breton et du gallo, Andon organise à l’iris cinéma (avec le soutien de Divaskell bro Kistreberzh et Div yezh Kistreberzh, les associations des filières bilingues catholiques et publiques de Questembert), une projection d’un film familial en breton le vendredi 21 mars à 18h (Heidi), et le vendredi 28 mars à 18h, un film en gallo (un conte peut en cacher un autre), à l’iris cinéma, participation libre.

(Rédaction : Thierry Jolivet 06 24 93 61 34/ 02 97 45 77 29 et bureau Andon).

légende photo (andon, libre de droit) une partie des primés, le jury et des organisateurs d’Andon.

Les photos des chanteuses, chanteurs, musiciens sont de Laetitia Rouxel.

Des photos peuvent être demandées gracieusement via we transfer à laetitiarouxel arobase wanadoo.fr ou

à Andon (Thierry, Gael ou Jérémy) .

Organisation Andon (association culturelle du pays de Questembert www.andon.bzh )

Contacts : Secrétariat, inscriptions, coordination de l’organisation générale: Gael Le Rallic et Jérémy Robin

(Assisté de Thierry Jolivet, de Séverine Varin et Pauline Plantard du bureau Andon, des bénévoles de l’association Andon, renforcés par ceux de Divaskell bro Kistreberzh/ parents de la filière bilingue de l’école Notre-Dame de Questembert).

07 80 45 62 69 (asso Andon) www.andon.bzh

le site de l’organisation générale du Kan ar bobl (finale de Pontivy et les 21 rencontres locales)

https://kan-ar-bobl.bzh/br

Chants du pays de Questembert

Voici une liste de chants collectés dans le pays de Questembert, dans certains cas vous pourrez retrouvez la mélodie et bien sur les paroles que les jeunes générations peuvent changer si elles veulent les rechanter, la culture et le chants en Bretagne sont vivants, la nouveauté d’aujourd’hui fait la tradition de demain.

📽 Cinéma en breton et gallo pour tous

Chaque année c’est Mizvezh ar brezhoneg et le Maiz du galo, Andon s’associe à la région pour organiser cette manifestation sur le pays de Questembert/Kistreberzh/Qhitembé. 📽

Cette année nous vous proposons le 21 mars 2025 et 28 mars 2025 deux séances de cinéma en breton à 18h à l’Iris Cinéma de Questembert/Kistreberzh.

Les séances sont à prix libre.

Cinéma en breton le 21 mars 2025 à 18h, Iris Cinéma de Questembert

Heidi (1h40)


recto

Heidi, une jeune orpheline, part vivre chez son grand-père dans les montagnes des Alpes suisses.
D’abord effrayée par ce vieil homme solitaire, elle apprend
vite à l’aimer et découvre la beauté des alpages avec Peter, son nouvel ami.
Mais la tante d’Heidi, estimant qu’il ne s’agit pas là d’une éducation convenable, place la fillette dans une riche famille de la ville.

Kaset eo Heidi, plac’hig yaouank emzivadez anezhi, da vevañ e menezioù Bro Suis gant he zad-kozh, un den outañ e-unan.
Spontet gantañ da gentañ, e krog buan he c’halon da dommañ outañ. Gant he mignon nevez, Peter,
he deus tro da welet pegen brav eo an alpenn.
Met o soñjal n’eo ket un doare a-feson da zesevel ur plac’hig, e tiviz moereb Heidi kas anezhi d’ur familh pinvidik, e kêr.

Cinéma en Gallo le 28 mars 2025 à l’Iris Cinéma de Questembert

Rimias en drao

Comment réinventer les contes de fées avec humour et intelligence…Imaginons que Le Petit Chaperon Rouge et Blanche-Neige soient de vieilles copines… Elles feraient alliance pour se débarasser de prédateurs ou d’une belle-mère meurtrière. Et que ferait Jacques (celui du haricot magique) si il avait Cendrillon pour charmante voisine?

Un loup aux allures de dandy raconte… Basé sur le livre de Roald Dahl
“Un conte peut en cacher un autre.




Stage de Chants en breton 2025

Stage-Kan-ar-bobl

Le stage est désormais complet

Vous pouvez nous envoyer un message avec vos coordonnées si vous êtes interessés par d’autres stages.

Venez rejoindre notre stage de chants en breton avec la talentueuse chanteuse Élodie Jaffré, qui se déroulera le samedi 08 mars 2025 à Questembert ! Plongez-vous dans l’univers envoûtant de la musique bretonne et découvrez la richesse de cette langue ancestrale à travers des chants traditionnels et contemporains.

À propos du stage :

  • Date : samedi 08 mars 2025
  • Lieu : Questembert, salle 1 Alan meur, Place de la mairie 56230 Questembert
  • Animatrice : Élodie Jaffré, une artiste passionnée et reconnue pour sa voix envoûtante et son attachement à la culture bretonne

Contenu du stage :

  • Apprentissage de chants traditionnels bretons vannetais : Explorez un répertoire authentique de chants bretons, des gwerzioù émouvantes aux danses entraînantes, en passant par les chants à danser.
  • Techniques vocales et interprétation : Bénéficiez des conseils avisés d’Élodie Jaffré pour améliorer votre technique vocale et maîtriser l’art de l’interprétation des chansons bretonnes.
  • Échange culturel : Plongez dans la culture bretonne à travers des discussions sur les traditions, l’histoire et les particularités de la musique bretonne.

Qui peut participer :

Ce stage est ouvert à tous, que vous soyez débutant ou déjà initié aux chants bretons. L’important est d’avoir la passion et l’envie de découvrir ou d’approfondir vos connaissances dans ce domaine.

Comment s’inscrire :

Pour participer à ce stage unique en son genre, veuillez remplir le formulaire d’inscription disponible ci : https://www.helloasso.com/associations/andon/evenements/stage-chants-en-breton-avec-elodie-jaffre ou nous contacter par téléphone/mail. Les places sont limitées, alors réservez vite votre place pour ne pas manquer cette expérience inoubliable.

Informations pratiques :

  • Date : samedi 08 mars 2025
  • Lieu : Questembert, salle Alan Meur 1, Place de la mairie 56230 Questembert
  • Frais de participation :

20€ Tarif normal

15€ tarif adhérents Andon

10€ pour les enfants de moins de 12 ans

Accès au Fest-deiz offert du Kan ar Bobl offert !

  • Matériel requis : Nous vous recommandons d’apporter un carnet de notes pour prendre des références pendant le stage.

Ne manquez pas cette occasion exceptionnelle de plonger dans l’univers magique de la musique bretonne et d’apprendre auprès d’Élodie Jaffré, une artiste passionnée et talentueuse. Rejoignez-nous le samedi 08 mars 2025 à Questembert et laissez la musique bretonne résonner en vous!

Redadeg 2024 Lauzach Laozag

Andon sera au départ du kilomètre 671 de la Redadeg 2024, qui cette année passe par Lauzach/Laozag,

La Redadeg ?

La Redadeg est une course de relais solidaire, festive et populaire, sans compétition, ouverte à tous. Les familles, jeunes et moins jeunes, enfants, parents et grands-parents courent ensemble. L’enjeu est de transporter un message en breton à travers la Bretagne, sans s’arrêter et le grand gagnant est la langue bretonne.
L’événement mobilise des milliers de personnes à travers les cinq départements bretons et génère un enthousiasme communicatif.

Les kilomètres sont vendus aux particuliers, aux collectivités, aux entreprises, aux associations… c’est à dire à toute personne privée ou morale souhaitant contribuer à l’événement et apporter son soutien à la langue bretonne. Les bénéfices sont redistribués à des projets qui favorisent l’usage de la langue au quotidien dans la vie sociale et familiale.

Le succès immédiat de l’évènement s’est confirmé au fil des éditions, générant une croissance continue et importante autant sur la distance du parcours que sur le montant des sommes collectées.

km1257
Redadeg

Venez célébrer le passage de la Redadeg à Lauzach pour une après-midi avec un tournoi de palets, des jeux bretons, suivi d’un Fest-noz à 18h. Le passage du bâton-relais de la Redadeg aura lieu à 22h40. Entrée libre. venez nombreux, Deuit niverus da redeg ganeomp.

Retrouvez nous au forum des associations de Questembert le 6 septembre prochain, vakañsou mat d'an holl =>Forum des associations